Retour aux sources pour Robert Guediguian qui amène sa belle petite famille pour un périple presque inoubliable. "Le Voyage en Arménie" ensoleille, séduit et offre une occasion rêvée de faire découvrir un pays enchanteur.
Le cinéaste Robert Guediguian vieillit comme le bon vin. Cet homme né à Marseille confronte pour la première fois ses origines arméniennes en faisant de ce lieu unique le sujet de son nouveau film. Pour cette aventure riche en réminiscences, il collabore pour la treizième fois avec sa muse et épouse Ariane Ascaride, tout en donnant un petit rôle à leur fille et aux éternels complices que sont Jean-Pierre Darroussin et son alter ego Gérard Meylan.
Anna (Ascaride) est une médecin qui fonde sa vie sur la raison. Elle apprend que son père a quitté précipitamment la France pour l'Arménie et elle décide d'aller le rejoindre. Sur cette terre qui lui évoque maintes sensations, difficile de retrouver la trace d'un être cher. Cette femme débrouillarde trouvera néanmoins sa route par le destin de différentes personnes, des individus qui ne pensent qu'à partir vers des lieux plus prometteurs et d'autres qui reviennent au bercail pour se ressourcer.
"Le Voyage en Arménie" débute un peu là où Le Promeneur du champ de Mars se terminait. Une vieille âme qui voit tant de changements décide de se retirer avant son invariable déclin tout en offrant ses connaissances à un digne "successeur". Cette marque indélébile de ne pas avoir existé pour rien se retrouve chez les êtres humains, mais également au cœur d'une nation. Pour exprimer cette identité trouble, l'Arménie est une terre rêvée. Un génocide, l'influence soviétique, un tremblement de terre: tous les éléments sont présents pour rajouter un nouveau jalon après les œuvres de Charles Aznavour et d'Atom Egoyan.
Au lieu d'être une simple carte de visite vide et superficielle, cet opus accompli cherche à parler d'une région en la dessinant simplement, avec ses forces et ses faiblesses. Des paysages majestueux, des danses rythmées, le Mont Ararat et une nourriture incroyablement appétissante sont au menu, mais également la violence, la pauvreté, des institutions désuètes et des rêves enjolivés. La religion cimente les relations en expliquant le passé qui est supposé éclairer sur l'avenir, alors que le présent n'est pas prometteur dans les esprits de tout un chacun.
Les images font voyager et le désir d'acheter un billet d'avion se fait rapidement ressentir. La facture réaliste fait resplendir les couleurs de plusieurs détails. La qualité des contrastes est appréciable, hormis peut-être cette luminosité un peu trop présente. La trame sonore, éclatante, offre un dépaysement total. Alors que les différentes enceintes font resurgir les pièces avec beaucoup d'éclat, elles ne nuisent jamais à la compréhension des voix. Tant mieux, les sous-titres blancs en anglais et en français ne sont pas toujours visibles.
Cette odyssée non dénuée d'humour porte la marque de son auteur. Le ton de gauche n'est jamais très éloigné (c'est un peu normal chez un homme qui a eu sa carte du parti communiste), des figures expliquent les enjeux rhétoriques et la réalisation ne casse rien. La quête du père et des racines n'est pourtant pas linéaire. Les personnages reviennent constamment dans l'histoire avec de nouveaux éléments et l'interprétation est souvent exquise. D'Ariane Ascaride en femme obsédante à Jalil Lespert en médecin convaincant, la distribution est rarement prise en défaut.
La pochette du film est resplendissante. Il y a une vieille voiture avec de la verdure et le Mont Ararat en arrière-plan. Sublime! Une fois l'insertion du DVD, un premier menu qui est baigné par une mélodie opulente apparaît. Il faut choisir la langue. Ensuite, des publicités de Jean-Phillipe, L'ivresse du pouvoir et Selon Charlie défilent à l'écran. Le menu principal fait son entrée, accompagné d'un montage efficace de scènes et une chanson environnante. Les suppléments, peu nombreux, font figure de curiosité. Il y a l'honnête bande-annonce originale qui en raconte un peu trop et 27 minutes de scènes inédites ou incomplètes, accompagnées de notes musicales très appropriées. De quoi passer le temps en ressassant l'œuvre qui vient de se terminer.
Des intrigues secondaires relâchent un peu trop la tension dans la dernière droite et des destins se soldent parfois facilement, mais "Le Voyage en Arménie" réussit l'exploit de jongler avec des thèmes difficiles comme l'identité et la politique en donnant le goût de partir et d'explorer. Après ce succulent hors-d'œuvre, le vrai périple peut commencer.
| Film | 8 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 3 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |