Water
Mongrel Media

Réalisateur: Deepa Mehta
Année: 2005
Classification: PG
Durée: 115 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Hindou (DTS51, DD51, DD20), Français (DD51) / Anglais
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
26 février 2006

La femme soumise aux conventions est à l'honneur dans "Water", le dernier volet de la trilogie de la réalisatrice Deepa Metha. Bien fait, mais terriblement convenu.

Âgée d'une dizaine d'années, la jeune Chuyia (Sarala) apprend la mort de son mari qu'elle n'a jamais vu. Lorsque le mari meurt, c'est une partie de son épouse qui disparaît également. Comme plusieurs femmes avant elle, Chuyia est amené dans un lieu clos où habitent pour le restant de leurs jours des veuves, éplorées ou non. Entre des personnes qui adorent ce lieu et les autres qui aimeraient s'en échapper, elle fait la connaissance d'âmes tels Shakuntula (Seema Biswas) et Kalyani (Lisa Ray) qui feront n'importe quoi pour l'aider. Lorsque le noble prétendant Narayan (John Abraham) apparaît dans le décor, le vent risque de tourner.

Même si l'action de ce long métrage se déroule principalement dans les années 1940, de telles maisons existent toujours en 2006. Au départ, les veuves y sont placées pour ne pas causer de tort à la réputation de leur famille et pour économiser de l'argent. La nourriture est rare, la liberté est contrôlée, mais cela n'a pas d'importance. Ces personnes sont endoctrinées par les aînées et se convainquent que c'est ce qui pouvait leur arriver de mieux. À l'occasion, lorsque les besoins se font ressentir, elles vont se purifier dans l'eau qui les entoure, ce qui donne le titre au film et succède aux précédents Fire et Earth de la cinéaste canadienne Deepa Metha.

Même si ce volet n'est pas le plus troublant, "Water" brille par sa recréation parfaite de l'époque. Les lieux, les coutumes, les habits: le soin apporté est partout et cela se fait ressentir dans les sublimes images aux couleurs éclatantes. Les teintes sont splendides, les reflets sont nombreux. Les sous-titres blancs sont visibles et ils ne nuisent jamais à l'action. Les écritures au tout début sont sans doute extrêmement difficiles à déchiffrer, mais c'est facilement le seul défaut au niveau du rendu vidéo. Encore plus saisissante est l'utilisation du son. La musique puissante arrive au bon moment et elle va chercher les émotions refoulées. Les haut-parleurs situés sur le côté retransmettent très bien tous les bruits d'eau, de vent, de criquets et d'agitations. Les nombreuses pistes audio demeurent très audibles. Elle ne sont jamais enterrées par une quelconque trame sonore dégoulinante. Difficile de demander mieux.

La réalisation maîtrisée de Metha, sobre et classique, demeure très professionnelle. Les plans de caméra, toujours aux bons endroits, laissent peu de répit aux héroïnes qui cherchent des moyens pour échapper à leur destin. Quant aux interprètes, beaux et généralement talentueux, ils s'avèrent très crédibles à défaut de briller totalement. Surtout la jeune Sarala qui offre une franche authenticité en jeune témoin de la défection de la société envers une parcelle de sa population. Cette fille est d'un naturel déconcertant et sa carrière pourrait vraiment être extraordinaire.

Malgré toutes ces réussites, il n'y a rien de très surprenant qui ressort de cette production. Le sujet est révoltant, mais son traitement s'avère assez attendu. La notion politique est proposée et devient même salvatrice, sauf qu'elle aurait pu être encore plus importante. Les actions, les dialogues, le sort des différents personnages: les eaux sont connues et ne changent guère. À un tel point qu'il est difficile de rester attentif jusqu'à la fin tant les répétitions sont aussi nombreuses qu'insidieuses.

Comme Mongrel Media semble réellement croire au potentiel de "Water", elle a offert une édition spéciale de deux DVD de ce long métrage. À l'intérieur d'une pochette ornée d'un montage réussi de trois protagonistes se situent deux disques dotés de menus principaux attrayants et simples. Des scènes du film flottent tranquillement sur une musique très relaxante. Sur le premier se retrouve l'œuvre originale, des informations sur la compagnie de distribution ainsi que quatre bandes-annonces de leurs prochaines productions. Une icône permet d'écouter les six chansons du récit et il y a une piste de commentaires de la réalisatrice. Les mots de cette dernière sont abondants et réfléchis. Elle parle du projet qui a avorté au début du 21e sicle à cause de protestations virulentes, qu'il a été mis sur la glace et qu'il a pu être tourné au Sri Lanka quelques années plus tard. Sa passion envers son bébé est véridique et même contagieuse. Des propos qui demeurent au moins aussi intéressants que l'objet cinématographique lui-même.

Le deuxième DVD comporte les autres suppléments. Il y a deux scènes coupées sans grand intérêt, 34 photos et une bande-annonce. Les sections plus passionnantes se situent au niveau d'une analyse du film dans le cadre de deux émissions de "Scanning the Movies". Pendant 50 minutes, l'animateur John Pungente interroge les membres de la production pour raconter les difficultés au niveau de la réalisation, de la production, de l'interprétation, etc. Le ton est souvent trop partisan, mais les réponses des différents artisans amènent des pistes de réflexion sur la censure, les différentes coutumes et la vision de l'Occident sur l'Orient. À travers un "Making Off" de 16 minutes et d'un "Behind the Scenes Featurette" de 20 minutes, les gens qui ont travaillé sur "Water" parlent de leurs expériences en s'exprimant sur les enjeux de l'histoire et en disant quelques mots sur les différents personnages. Des sections un peu superflues, car les répétitions sont légions. Surtout que des gros segments du long-métrage sont souvent montrés, ce qui alourdit considérablement le rythme. La seule autre pièce de résistance (et non la moindre) sur ce DVD est une version filmée en anglais du dernier film de Deepa Mehta! Sur le premier disque, il y a le récit original ainsi qu'une traduction francophone, alors que sur le deuxième, les différents protagonistes s'exprimaient dans la langue de Shakespeare. Dans 95% du temps, l'action est identique. Quelques dialogues ont été adaptés, mais c'est pas mal tout. Voilà une très grande curiosité qui ne remplit pas toutes ses promesses. En effet, la plupart des acteurs s'expriment difficilement, et il y a plusieurs sections où les sous-titres sont également utilisés.

Loin d'être superficiel, "Water" demeure une curiosité non négligeable afin d'en savoir davantage sur des pratiques et des coutumes encore utilisées qui heurtent de nombreuses femmes et leur entourage. Ce n'est sans doute pas un grand film, mais indéniablement un bon long-métrage qui se trouve dans une édition de deux disques des plus réussies.


Cotes

Film6
Présentation6
Suppléments9
Vidéo9
Audio10