Tout ce qui semble émaner du Danemark semble être produit par la compagnie Zentropa. Après les Lars von Trier et autres Susanne Bier, place à un récit simple et touchant de Niels Arden Oplev intitulé "We Shall Overcome" ("Prommer" ou "Le Rêve" en version française).
L'année 1969 semble être marquée par les manifestations contre le Vietnam. Jusqu'au Danemark où un jeune élève de sixième année, Frits (Janus Dissing Rathke), puise son inspiration dans les discours fleuves de Martin Luther King où l'espoir et le rêve prennent toute la place et même de son nouveau professeur Freddie (Anders W. Berthelsen), un hippie qui lui fait découvrir la musique. Pendant que son père fragile psychologiquement et que sa mère infirmière tiennent les rennes familiaux, le jeune homme subit la fougue du directeur de l'école (Bent Mejding). Un jour, il revient même l'oreille en sang. Ses parents, fous de rage, décident de porter plainte. Mais personne ne veut les entendre et déroger à l'ordre en place...
Il faut garder ses appréhensions avec soi en abordant ce nouveau film scandinave. La pochette, particulièrement hideuse, multiplie les visages, avec un père qui serre son fils dans ses bras. Le menu principal, aussi inintéressant, garde cette structure sans y superposer de mouvements. Il n'y a qu'une chanson triste et émotive au rendez-vous. C'est maigre, car il n'y a aucun supplément de présent. Et ce départ dans le sirop donne une bonne idée de l'introduction qui nage dans le mélo le plus collant, combinant larmes et déchirement de piano et de violons. De quoi vouloir arrêter le visionnement.
Il ne faudrait surtout pas. Lentement, le récit - que l'on dit basé sur un fait véridique - se replace, abandonnant la souffrance pour l'espoir. L'époque, fortement inspirée par la culture américaine, se dessine méticuleusement, un peu à la façon de l'irrésistible Histoires d'hiver de François Bouvier. Il y a des injustices et il faudra les changer. Le nouveau monde affronte les valeurs conservatrices, n'épargnant que très peu de gens au passage. Il y a ce maître d'école qui inflige des sévices physiques à ses élèves. À partir de là, le long métrage épouse presque les tangentes du suspense, à savoir si les parents du blessé auront réparation ou non. Pourtant, c'est le climat d'une décennie précise et les enjeux familiaux qui sont beaucoup plus importants. Les personnages, sympathiques et généralement attachants, captent l'attention, et c'est leur présence inspirante qui donne un cachet particulier au résultat final.
Les mélodies sont puisées à plusieurs sources disparates dont le gospel afro-américain, le rock britannique, le piano plus classique et des chorales des fjords scandinaves. La piste sonore en Dolby Digital 2.0 en danois est de bonne facture, énergisant souvent les différentes enceintes de portes qui claquent, d'applaudissements et de gens qui chantent. Les voix, très audibles, sont appuyées par d'excellents sous-titres blancs en anglais et en français.
Les images en demi-teintes savent être réalistes aux moments opportuns, offrant des détails savoureux qui se répercutent au niveau des paysages et des décors. Une luminosité plus flagrante finit toutefois par apparaître, nuisant quelque peu à l'intensité des contrastes. Néanmoins, quelques scènes évoquent le rêve et le fantasme, une échappée vers le soleil plombant. La plupart du temps, les couleurs sont jolies, se gardant toutefois bien d'être éclatantes ou purement décoratives.
Résistant à son horrible boîtier et à sa façon de souvent tout verser dans l'émotion un peu trop facilement, "We Shall Overcome" réussit même l'exploit d'intéresser. Quelle chance que l'époque est décrite finement et que les personnages ont plus de profondeur qu'à l'accoutumée, car il aurait été si facile de décrocher. Un bon film qui prouve que le Danemark ne se résume pas seulement aux mêmes deux ou trois réalisateurs connus.
| Film | 7 |
| Présentation | 2 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |