When Father Was Away On Business
Koch Lorber Films

Réalisateur: Emir Kusturica
Année: 1985
Classification: NR
Durée: 135 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Non
Langue: Serbo-Croate (Mono)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 32
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon François Langevin
1er mai 2005

Émir Kusturica, ce génie du cinéma, demeure encore très inconnu en Amérique du Nord. Je profiterai donc de cette critique pour vous glisser un mot sur le cheminement de vie de ce visionnaire surréaliste. Formé à l'Académie du cinéma de Prague, il se distingue du lot en remportant le premier prix d'un festival étudiant et se voit offrir de réaliser des émissions de télévision qui ne tarderont pas à semer la controverse à la fin des années 1970. En 1981, il signe son premier film, ode à la vie intitulée Do You Remember Dolly Bell. Plébiscité par la critique et récompensé au Festival de Venise, il revient en force quelques années plus tard en signant "When Father Was Away on Business", chronique familiale se passant dans les années 1950, film qui décroche la palme d'or au Festival de Cannes. Puis, il se fait remarquer avec l'intimiste Temps des gitans, véritable poème baroque sur fonds surréaliste qui décroche le prix de la mise en scène à Cannes. Exilé aux États-Unis pendant la guerre en Yougoslavie, il signe l'indescriptible Arizona Dreams, film qui est demeuré sur nos grands écrans aussi longtemps qu'un spasme. Ensuite c'est Underground, fascinante fresque sur la Yougoslavie à travers une fausse amitié. Il décroche une deuxième palme d'or à Cannes pour ce chef-d'œuvre en 1995. Puis, il emprunte les sentiers de la farce et de l'humour et signe l'éclaté Chat noir, chat blanc et il annonce sa retraite du cinéma. Sept années plus tard, il revient à l'improviste avec La vie est un miracle, nouvelle tranche de vie yougoslave servie à la sauce aigre-douce dont il est le seul à connaître les ingrédients. Cette année, Cannes lui rend encore hommage, mais cette fois c'est à titre de président du jury. Aujourd'hui, j'ai l'immense privilège de vous parler du film qui lui permit de décrocher sa première palme d'or à Cannes en 1985, le très touchant "When Father Was Away on Business".

Ce film prend racine dans la tourmente yougoslave au tournant des années 1950, au moment où le maréchal Tito dénonçait le stalinisme et cherchait une nouvelle avenue politique et économique pour son pays sans pour autant s'appuyer sur une idéologie axée sur l'impérialisme américain. Mesha, père de famille et intraitable coureur de jupons, doit un jour quitter le foyer familial, étant dénoncé par sa maîtresse pour avoir tenu des propos antistaliniens en comparant la Yougoslavie à un asile. Pour cette remarque, il sera envoyé aux travaux forcés dans une mine, et ce, pour une durée indéterminée. Pendant ce temps, sa femme et ses enfants tenteront de survivre en attendant son improbable retour. Mesha sera finalement envoyé à Sarajevo pour rééducation et sa famille ira le rejoindre. Cette tranche de vie familiale et celle qui en découlera nous sont racontées à travers les yeux de Malik, le jeune bambin de six ans qui souffre de somnambulisme qui est convaincu que son père est parti en voyage d'affaires.

Émir Kusturica nous livre une œuvre complexe et mémorable qui nous permet au passage de visiter son Sarajevo et de constater que chrétiens, islamistes et juifs peuvent cohabiter sans pour autant faire couler l'encre de la vie. Il réussit à faire ressortir les paradoxes de l'essence même des sentiments en désamorçant la douleur à travers un savoureux assemblage d'humour et en faisant imploser le bonheur par des clins d'œil. Entre autre, les sublimes moments de cinéma qu'il nous offre lors de la circoncision des enfants, lors d'une tentative de pendaison (thématique qui lui est chère) et des retrouvailles entre Mesha et sa femme sont de purs délices visuels que l'on voit malheureusement trop peu souvent dans le cinéma d'aujourd'hui. La distribution est exceptionnelle en commençant par la performance que nous livre Moreno D'E Bartolli dans la peau du jeune Malik. Miki Manojlovic dans le rôle de Mesha, Mirjana Karanovic dans celui de la mère et Mira Furlan dans le rôle d'Ankica, la sulfureuse maîtresse, signent également des performances plus que convaincantes. J'aimerais souligner l'intérêt porté à la comédienne Mira Furlan par l'éditeur en chef du "Coin du DVD". En effet, bien avant que le site que vous lisez présentement existe, Martin maintenait un site web très complet à propos de cette actrice au public nord-américain de mieux connaître cette très talentueuse comédienne qui jouait à ce moment-là dans la série télévisée Babylon 5.

Le rendu visuel de ce film n'a malheureusement pas pu profiter d'une cure de rajeunissement et montre des signes évidents de fatigue. Quelques égratignures et saletés sont apparentes ici et là tout au long du visionnement. De plus, les scènes sombres souffrent énormément de manque de contraste et de granularité. Disons, qu'après un début chancelant, l'image de ce film s'améliore pour atteindre un niveau de qualité acceptable. La trame sonore manque de vigueur et de profondeur, mais étant donné le caractère très volubile du film, on n'en souffre pas trop. Les dialogues demeurent justes et clairs en tout temps et aucun bruit de fond ne vient se glisser dans cette piste sonore. Même si Koch fait mention d'une piste Dolby Digital 5.1, les canaux arrière ne font que reproduire le signal des canaux avant.

Un menu simple et original où l'on voit une tranche de vie familiale à travers la mallette du père qui est en voyage d'affaires est un clin d'œil incitatif au lancement de la projection du film. Une entrevue faite avec le réalisateur se veut la pièce maîtresse des suppléments. D'une fraîcheur indéniable et d'une pertinence absolue, ce documentaire nous permet de connaître les états d'âme d'Émir Kusturica sur le cinéma en général, sur l'importance de raconter des histoires en tenant compte du contexte économique, politique et économique et en trouvant le recul nécessaire pour éviter les pièges de la subjectivité. Il dresse un parallèle entre sa famille et celle qui est décrite dans son film en prenant soin de départager la réalité de la fiction. Le poids des mots prend toute sa signification dans cette entrevue. Du vrai bonbon pour cinéphile! Une galerie de photos, composée d'une dizaine d'images, et quelques bandes-annonces, dont celle du film, complètent cette section.

"When Father Was Away on Business" est un merveilleux exemple de ce qu'on peut faire avec un budget impécunieux et du talent. Ce fabuleux raconteur nous propose une remarquable tranche de vie sur la Yougoslavie des années 1950 sans prendre position sur les enjeux politiques et économiques. Nous devenons captifs et voyeurs devant ce festin éclaté, savoureux et très attendrissant. Je recommande fortement aux amateurs de cinéma international et de répertoire de se procurer cette édition convenable que nous offre Koch et j'espère seulement avoir suscité assez d'intérêt chez les autres pour faire germer la curiosité en vous.


Cotes

Film9
Présentation4
Suppléments5
Vidéo6
Audio6