Je ne sais pourquoi l'Espagne des années soixante-dix nous donna tant de films d'horreur et de zombies. Était-ce une réaction aux décennies de répression et de censure du régime franquiste qui finalement faiblissait et devenait plus permissif? Était-ce un trait culturel de la littérature réaliste-fantastique espagnole qui finalement trouvait un nouveau moyen d'expression? Ou simplement un groupe de producteurs qui avait trouvé un filon peu coûteux et rentable? Qui sait! Toujours est-il que nous vinrent de ce pays sinon peu productif en exportations cinématographiques (à l'époque), pendant une courte période, des tonnes de films de zombies et d'horreur. Seuls les Italiens rivalisèrent à cette période en quantité de films de peur petit-budget.
Il y a bien sûr le grand Jess Franco qui est le plus connu de tous et de toutes, mais il y eut plusieurs autres réalisateurs qui, n'étant pas aussi productifs ou constants, ne marquèrent pas autant le public nord-américain. Un de ceux-ci fût Narciso Ibañez Serrador qui après plusieurs séries télé et quelques films nous donna un petit bijou en 1976 avec le film "¿Quien Puede Matar a un Niño?", c'est-à-dire "Who Can Kill a Child?" ou en bon français "Qui peut tuer un enfant?".
Comme pour tous les films d'horreur, l'histoire en est fort simple. Tout se joue donc dans l'ambiance et l'atmosphère, qui sont parfaitement maîtrisées. Un couple de jeunes touristes britanniques dont la femme porte leur troisième enfant se rend en vacances dans une petite île espagnole peu fréquentée par les touristes et difficile d'accès. Le mari y ayant séjourné douze ans auparavant, il croit que ce sera l'endroit idéal pour se reposer un peu avant le nouveau bébé. Malheureusement en arrivant sur place, le couple trouve le village désert si ce n'est la présence de quelques enfants qui semblent peu amicaux. Tout est encore fonctionnel -téléviseurs allumés, magasins ouverts, musique à la radio – mais semble avoir été abandonné précipitamment. Peu à peu l'étrangeté de la situation devient vraiment alarmante lorsqu'ils trouvent un adulte terrorisé, villageois se cachant depuis deux jours dans un grenier, qui leur apprend que les enfants du village se sont mis à tuer tous les adultes quarante-huit heures plus tôt. Comme personne n'osait le croire ni se venger des enfants (car ... "Qui peut tuer un enfant!!!?") tout le village y passa. Maintenant le couple tentera de s'évader de cet enfer, mais les bambins ne l'entendent pas ainsi...
Scénario étrange s'il en est pour un film d'horreur, le film fut violemment censuré à sa sortie pour son contenu dérangeant. Non pas qu'il n'y ait tant de scènes juteuses, mais plutôt moralement perturbantes comme celle de la petite fille battant son vieux grand-père à mort avec sa propre cane, ou celle de l'enfant assassiné d'une balle dans la tête par un adulte déterminé. Toujours est-il qu'on réussit le petit miracle de soutenir une ambiance épeurante constante même si la presque totalité du film se déroule en plein jour! Et malgré ses quelques longueurs, l'extrême lenteur du déroulement de l'histoire qui ne plaira pas aux amateurs avides d'action et son absence presque totale de jus giclant abondamment, "Who Can Kill a Child?" reste un film exceptionnel pour le genre.
Au niveau vidéo, bien qu'on ait pris la peine de trouver une copie de bonne qualité et de bien la nettoyer, l'âge vénérable du film ne peut être totalement masqué. Une surabondance de teintes rouges dans la copie aurait peut-être pu être travaillée pour rendre le visionnement plus agréable. Les variations de teinte dues au vieillissement des éléments chimiques de la pellicule pendant certaines séquences sont aussi un peu dérangeantes. Heureusement, il n'y a que très peu de déchirures ou de poussières sur la copie utilisée pour le transfert.
Au niveau audio, le fait que tout le film semble être refait en postproduction (comme pour les films de Fellini, même pour les versions italiennes!) enlève certainement un peu de réalisme au tout. Ou peut-être est-ce seulement un mixage raté qui rend le son un peu distant de l'image. Mais sinon, l'ensemble est très clair et la musique stressante est bien maîtrisée.
Pour les suppléments, on a inclus, en plus d'une galerie photo, deux entrevues fort intéressantes, une avec le réalisateur Ibañez Serrador et l'autre avec son directeur de la photographie José Luis Alcaine (qui éclaire maintenant les films d'Almodovar!). Les deux sont plutôt généreux en anecdotes et en détail sur le tournage du film.
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 6 |