Doux comme l'ombre un jour de soleil, sensuel tel le vent, mais ultimement ravageur à l'image de vagues destructrices, "Wonderful Town" est une splendide percée au sein d'un microsystème qui a peur du changement.
La vie reprend son cours normal après le passage du Tsunami. L'architecte Ton (Supphasit Kansen) déménage quelques mois dans un petit village du sud de la Thaïlande afin de superviser la construction d'un immeuble. Il loge dans un hôtel où il se lie d'amitié avec Na (Anchalee Saisoontorn). Leur attirance mutuelle ne fait pas que des heureux, et rapidement les deux jeunes gens sentent qu'ils doivent cacher leur amour naissant.
Ce délicat film d'Aditya Assarat qui a fait la route des festivals pendant plusieurs années plaira aux cinéphiles avertis. Par son rythme lent, sa tendance à s'intéresser aux moindres petits détails (regards, sourires, respirations, etc.) et sa caméra particulièrement contemplative, plusieurs personnes pourront décrocher si elles ne cherchent qu'un simple et banal divertissant. En revanche, les plus patients seront récompensés par une œuvre juste et unique, interprétée avec conviction et qui sent fortement la liberté. Les nombreux thèmes enracinent le récit dans le réel, confrontant la faune des villes à la tranquillité des villages, s'intéressant au deuil à faire d'une population et à sa peur des étrangers. Un processus de reconstruction fortement dépaysant où les fantômes d'hier et la nature humaine sont sans pitié.
La superbe photographie et les magnifiques paysages ne se répercutent pas nécessairement sur les images, trop sombres et granuleuses, dont les contrastes ordinaires et les couleurs sans éclat ne rendent pas justice à la beauté de l'endroit. En revanche, le soin apporté à la piste sonore thaïlandaise en Dolby Digital 2.0 est appréciable, alors que des bruits de vagues, d'oiseaux et de chantiers de construction créent une splendide ambiance. Afin de bien saisir les dialogues, d'irréprochables sous-titres blancs en français apparaissent automatiquement. L'harmonieuse musique vaporeuse à la guitare sèche se veut paradisiaque, avant de laisser plus de latitude à un succès local un peu trop sucré, et même à un air lourd et stressant qui tient en haleine.
L'admirable pochette (il ne faut surtout pas manquer les citations au verso...) résume le propos avec ses corps furtifs et ses ombres omniprésentes qui dominent les lieux. Beaucoup plus terne, le menu principal du DVD reprend simplement une scène statique du long-métrage. En faisant abstraction des quelques bandes-annonces qui apparaissent une fois l'insertion du disque, aucun supplément ne dote cette édition.
Par son parfum rafraîchissant qui se termine pourtant amèrement, "Wonderful Town" n'évoque pas nécessairement le voyage. Plutôt une introspection intérieure, une quête de rebâtir des fondations à des êtres - et à une société - qui en ont bien besoin. Un opus impressionnant, à la fois simple et complexe, errant et essentiel, qui mérite l'investissement du spectateur.
| Film | 7 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 5 |
| Audio | 7 |