Star Trek nous a montré les limites des mondes étranges issus de l'imagination de son génie créateur Gene Roddenberry. "Fantastic Voyage" reprend un peu la même idée en inversant le concept: au lieu de visiter la galaxie et rendre visite à des peuples de créatures inconnues, l'équipage composé de Stephen Boyd, Raquel Welch (considéré à l'époque comme sex-symbol), Donald Pleasence et Arthur Kennedy s'attarde à la miniaturisation et à rendre visite à ce que l'humain possède d'aussi âgé que lui-même: son corps.
L'idée est on ne peut plus intéressante et novatrice dans le domaine: un homme d'une importance capitale subit un accident suite à une tentative d'assassinat. Comble de malheur, ce dernier détient un secret qu'il risque d'emporter dans la tombe si rien n'est fait au plus vite: le sauver à l'aide d'une technologie classée ultra-secrète. Dès lors, une équipe est mise sur pied pour trouver le moyen d'opérer l'accidenté. Ce sont donc cinq personnes sélectionnées qui devront affronter les périples de la miniaturisation et de l'insertion dans le corps humain. Voyageant dans les différentes artères et veines le composant, les camarades de ce voyage auront fort à faire alors qu'il feront face à maints défis impensables dont: le courant du sang, des attaques d'anti-parasites, la présence d'un présumé saboteur à bord et le retrait d'un caillot de sang dans le cerveau du principal intéressé. L'équipage devra faire tout cela en moins de 60 minutes chrono, temps maximum de la miniaturisation, avant de graduellement reprendre leur forme initiale humaine.
La direction d'acteurs de Richard Fleischer ne loupe pas, ici. Les interprètes offrent le plus qu'il leur est possible, livrant tour à tour de beaux moments de sincérité, dont un Donald Pleasence à l'humanité et aux failles crédibles. Les effets spéciaux datent énormément aujourd'hui et la plupart des câbles de suspension peuvent être vus durant le métrage. Ce qui est toujours aussi impressionnant est la grandeur de certains décors (allant parfois jusqu'à 100 pieds), l'ingéniosité du responsable des effets spéciaux (gagnant à l'époque de l'Oscar des meilleurs effets visuels) et l'idée de mettre en scène un film dans lequel une bande de scientifiques s'unit dans le bien commun de sauver une vie. Peu importe le secret ou l'idéologie probable, ce qui prime ici est que tous se sont mis d'accord afin de donner le meilleur d'eux-mêmes pour éviter la mort d'une personne. Le rythme lent du film convie à un suspense mordant, dont on peut sentir la tension sur certains personnages, avec des résultats inquiétants. Ce film a été tourné en cinémascope (le ratio à l'écran de 2.35:1, dont le studio Fox est l'inventeur) et mérite d'être regardé comme tel. La télévision ne présente que trop peu souvent un film dans son format d'exploitation en salle, ce qui est fâcheux considérant justement les paysages présentés époustouflants et les décors scientifiques de l'époque.
Qui parle de vieux classiques du cinéma provenant de Fox dit souvent "Cinema Classics Collection", ce qui veut dire que les studios ont tâché de mettre le paquet sur cette édition DVD. Commençant par la piste de commentaire de l'historien en film et musique Jeff Bond, qui offre un discours intéressant, pourvu d'anecdotes inconnues jusqu'à ce jour, concernant le tournage, la musique et les effets spéciaux. Il y en a une autre, toujours avec Jeff Bond, mais cette fois il est accompagné de Jon Burlingame et de Nick Redman, alors qu'ils discutent sur un fond de trame sonore uniquement. Leurs propos sont justes, pertinents et montrent que ces historiens ont fait leurs devoirs, car les renseignements (surtout intéressants) pullulent dans leurs commentaires. Une revuette intitulée "Lava Lamps & Celluloid" traite des effets visuels ainsi que des défis encourus par les responsables sur le film. On retrouve une comparaison scénarimage à scène, des images des maquettes d'origines utilisées pour le film, des galeries d'images et des bandes-annonces. Le tout tient sur un disque, ce qui est un peu mince. On se serait attendu à un ensemble impressionnant tel que l'ont été ceux de Patton et Tora Tora Tora (co-réalisé justement par Richard Fleischer). Néanmoins, les suppléments proposés sont nombreux et les pistes de commentaires valent à elles seules le prix d'achat.
Transfert irréprochable de la part de Fox, le film resplendit d'une scène à l'autre. La bande-son originale en anglais estampillée Dolby Surround 2.0 utilise bien les seuls haut-parleurs de devant avec efficacité. Il n'y a pas d'artefacts de compression sur l'image pas plus que dans le son, ce qui en fait un DVD visuellement et auditivement de qualité. Le menu principal présente le vaisseau du film miniaturisé en animation 3-D tandis que les autres menus sont statiques, quoique pourvus d'une partie de la musique de Leonard Rosenman.
"Fantastic Voyage" est un classique de la science-fiction, à placer tout près de vos copies de Star Trek et Star Wars (Hé oui, je suis un de ces hybrides qui apprécient l'un comme l'autre sans parti pris). Cette édition DVD contient suffisamment d'extras ainsi qu'un superbe travail de numérisation qui rend justice à la version en salle d'origine. Si vous parvenez à trouver l'adaptation romanesque du film, ne vous surprenez pas d'y lire le nom de l'auteur comme étant: Isaac Asimov. "Fantastic Voyage" n'est ni plus ni moins que l'hommage du cinéma envers la science par le biais d'un service rendu empli d'une humanité profonde. Quand le passé avait foi (naïvement?) en l'avenir, autrement dit.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |