Selon Robert Bélanger
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| Film | 6 |
Au Nevada, Sam Wilde (Lawrence Tierney) tue une femme et son petit ami par simple jalousie. Helen Brent (Claire Trevor) découvre les corps, mais décide de n'en dire mot à personne parce qu'elle doit quitter la ville et ne veut pas d'emmerdements. Sam et Helen se rencontreront par hasard sur le train qui les amène à San Francisco et tomberont amoureux, sans savoir quel lien morbide les unit. Sam épousera par la suite la demi-soeur d'Helen pour l'argent et le statut social, mais continuera sa liaison avec cette dernière. Lorsque l'étau se resserre autour de Sam, Helen tentera tout de même de le protéger, mais ses efforts ne feront qu'empirer les choses.
Décidément, Robert Wise a un sacré talent. Parce qu'avec "Born to Kill" on est loin de The Sound of Music et de West Side Story! Le versatile réalisateur nous a concocté un film dans la plus pure tradition du film noir, autant par le style que par le contenu. Il nous amène dans un monde sombre et morose où règnent la corruption et l'appétit pour l'auto-destruction. Lawrence Tierney reprend avec conviction son rôle de psychopathe immoral du film précédent et Claire Trevor nous offre le portrait complexe d'une femme déchirée entre son besoin d'appartenance à ce monde de la haute société dans lequel elle se sent mal à l'aise, et son désir viscéral pour l'aventure et le danger, représenté par Sam. Wise nous entraîne avec aplomb dans cette spirale descendante vers la fatalité, mais le film manque un peu de rythme en seconde moitié alors que l'intrigue piétine entre les revirements de situations. De plus, le personnage du détective privé, bien que brillamment interprété par Walter Slezak, m'a semblé inutile. Le reste de la distribution est exemplaire avec une mention spéciale à Esther Howard, en tenancière de maison de chambres salace qui cherche à venger son amie assassinée. J'ai préféré The Setup (inclut dans le premier coffret), du même réalisateur, mais "Born to Kill" demeure un classique mineur du film noir.
| Film | 7 |
Alors qu'il enquête sur le meurtre de Joseph Samuels, le capitaine de police Finlay (Robert Young) accumule les preuves impliquant plusieurs soldats démobilisés. Des interrogatoires nous font revivre les évènements de la soirée fatidique du point de vue de plusieurs des soldats. Le sergent Keely (Robert Mitchum) poursuit sa propre enquête et tente de disculper son ami Mitchell (George Cooper), dont la culpabilité semble de plus en plus évidente. Le soldat Montgomery (Robert Ryan), présent sur les lieux du crime, essaie lui aussi de prouver son innocence et celle de Mitchell. Le coupable sera finalement appréhendé et le véritable motif du crime sera révélé.
"Crossfire" fait partie de cette vague de films à message qui s'attaquaient aux problèmes sociaux de l'Amérique d'après-guerre. La cible choisie ici étant l'antisémitisme, cible que visait également Gentleman's Agreement d'Elia Kazan, produit la même année. Adapté d'un roman de Richard Brooks (bien que dans son livre la victime n'est pas juive, mais homosexuelle), "Crossfire" explore aussi la difficulté pour les soldats de réintégrer la société après leur retour de la guerre. Désorientés et souvent incapables de mettre leurs expériences traumatisantes derrière eux, ils luttent désespérément pour essayer de se redéfinir en tant qu'individus dans un monde ou "l'ennemi" n'existe plus. Certains n'y parviennent pas et s'inventeront de nouveaux ennemis à combattre. "Crossfire" va bien au-delà du simple thriller meurtre et mystère, car la force du film se situe dans la caractérisation très forte de ses personnages de vétérans qui réagissent tous différemment face à leurs perspectives d'avenir et à leurs démons intérieurs. Les trois Robert (Young, Mitchum et Ryan) sont excellents, mais la palme va à Ryan qui campe avec assurance un homme instable et sinistre qui essaie d'imposer sa propre vision tourmentée de la réalité. Edward Dmytryk enrobe son film de l'atmosphère oppressante classique du noir, et ce, dès la scène initiale où l'on peut "voir" le meurtre par l'entremise des ombres qui se meuvent sur les murs de l'appartement. En dépit d'une finale qui en beurre épais côté moral, "Crossfire" utilise toutes les conventions du film noir pour nous offrir un suspense troublant et captivant.
| Film | 8 |
Mae Doyle (Barbara Stanwick) retourne dans son patelin natal habiter avec son frère Joe (Keith Andes) après avoir passé 10 ans dans la grande ville. Elle est courtisée par Jerry D'Amato (Paul Douglas), un pêcheur sincère et sympathique, mais terriblement ennuyeux. Par besoin de sécurité, elle finira par l'épouser et aura un enfant avec lui. Mais cette vie routinière l'emmerde et elle est attirée par le meilleur ami de Jerry, le charismatique et cynique Earl Pfeiffer (Robert Ryan).
Bien qu'il possède plusieurs des caractéristiques du film noir (éclairages contrastés, scènes de nuit, femme fatale) "Clash by Night" demeure avant tout un mélodrame qui explore l'éternel triangle amoureux. L'intérêt du film, adapté d'une pièce de théâtre de Clifford Odets, reposant essentiellement sur la relation trouble entre Mae, Jerry et Earl. La caractérisation de ces trois personnages est très forte, mais l'intrigue manque de rythme et de mordant, et évacue la finale tragique typique du noir au profit d'un banal "happy ending" hollywoodien. Le film introduit également des personnages secondaires (le père et l'oncle de Earl) qui s'intègrent mal à l'ensemble et la présence de Marilyn Monroe (la copine de Joe) fait surtout office de distraction. Stanwick, Douglas et Ryan offrent d'excellentes prestations, et parviennent à rendre de façon naturelle des dialogues stylisés qui passeraient mal dans la vie de tous les jours. La réalisation de Fritz Lang est solide et il fait preuve d'une grande maîtrise technique qui rappelle son passé dans le cinéma muet. Le film s'ouvre sur une longue séquence en forme de documentaire et par la suite, pas un mot n'est prononcé alors que Stanwick descend du train et déambule au travers du village jusqu'à la maison familiale. Du grand art bien appuyé par la superbe cinématographie en noir et blanc de Nicholas Musuraca. Malgré son cadre théâtral parfois statique et verbeux, "Clash by Night" reste un film à voir pour les performances d'acteurs et la réalisation habile de Fritz Lang.
| Film | 7 |
Le détective Walter Brown (Charles McGraw) se voit confier la mission d'escorter la femme d'un gangster assassiné de Chicago à Los Angeles, où elle doit témoigner devant un grand jury. Mais Mme Frankie Neal (Marie Windsor) a un sale caractère et le voyage en train ne sera pas de tout repos, car deux tueurs sont à bord, déterminés à avoir la peau de Mme Neal. De plus, un homme mystérieux et obèse semble s'intéresser d'un peu trop près aux allées et venues de Brown. Les choses se compliquent davantage lorsque ce dernier se lie d'amitié avec la séduisante Ann Sinclair (Jacqueline White) et que les bandits la prennent pour cible.
"The Narrow Margin" est un thriller astucieux qui vous agrippe dès les premières minutes et ne vous lâche pas une seconde. Malgré les contraintes de budget d'un film de série 'B', le réalisateur Richard Fleischer parvient à créer et à soutenir la tension grâce à une caméra inventive, un montage serré, une trame sonore où les sons provenant du train se substituent à la musique et l'utilisation de l'atmosphère claustrophobe des lieux. Fait plutôt inusité à une époque où on enlevait différents murs des décors pour faciliter le tournage dans les endroits exigus, Fleischer avait décidé d'utiliser une caméra légère et portable pour suivre l'action, ce qui ajoute au suspense et au sentiment d'urgence. Cependant, les scènes à bord du train paraissent parfois trop éclairées et l'ambiance aurait bénéficié du même look sombre, granuleux et contrasté que l'on retrouve lors des scènes de nuit au début du film. Par ailleurs, la chimie entre Charles McGraw et Marie Windsor est parfaite. Leurs personnages ne peuvent pas se sentir, ce qui donne lieu à des échanges aussi savoureux qu'incisifs. McGraw est un dur qui ne fait pas dans la dentelle et on le sent toujours à deux doigts de gifler celle qu'il doit protéger, alors que Windsor le nargue constamment et ne s'en laisse pas imposer. Le film est rempli de rebondissements et, même si la surprise finale nous laisse songeurs quant au comportement de certains personnages pendant les évènements qui ont précédé, ce jeu palpitant du chat et de la souris demeure d'une efficacité redoutable. "The Narrow Margin" est un excellent film noir.
| Film | 8 |
Comme pour le coffret précédent, tous les films présentés ici jouissent d'une excellente qualité visuelle et sonore. L'image apparaît claire et nette et le niveau des contrastes et des détails est toujours adéquat. On note parfois quelques taches, débris et égratignures, mais rien de majeur ou de dérangeant. Chaque film comporte une piste audio Dolby Digital mono très efficace. Les dialogues sont clairs et la distorsion est réduite au minimum. Cependant, la musique est parfois trop forte et quelques effets comme le crissement des pneus et le bruit des armes ont quelquefois un aspect discordant. Évidemment, l'activité est concentrée dans les haut-parleurs avant, ce qui est normal pour des productions de cette époque. La présentation est standard et les DVD simples, sans encart, sont insérés dans un boîtier cartonné. Les menus sont simples, statiques et accompagnés de musique.
Côté suppléments, chacun des films comporte une piste de commentaires dont la qualité varie grandement. John Milius (qui a réalisé la version de 1973 du film), sur "Dillinger" et William Friedkin, sur "The Narrow Margin" n'ont pas fait leurs devoirs et se contentent de commentaires la plupart du temps banals sur ce qui se passe à l'écran. Friedkin compense un peu par son enthousiasme, mais son propos demeure peu informatif. L'écrivain et expert du film noir Eddie Muller s'en tire beaucoup mieux sur "Born to Kill". Il a le verbe facile, beaucoup d'humour et il explore en détail les thèmes typiques du noir en plus d'offrir plusieurs anecdotes intéressantes. Sur "Crossfire", on retrouve avec plaisir les experts du film noir Alain Silver et James Ursini. Les deux comparses nous offrent une foule d'informations pertinentes sur le film, le genre, ainsi que sur l'infâme "blacklist" qui avait ruiné la carrière de nombreux artisans du cinéma de l'époque. "Crossfire" nous offre aussi la revuette "Crossfire: Hate is Like a Gun" qui aborde les parallèles entre le livre de Richard Brooks et le film, et s'attarde sur différents aspects du tournage et sur les problèmes avec la censure. Le commentaire de Peter Bogdanovitch sur "Clash by Night" est également excellent, les segments d'entrevues enregistrés en 1965 avec le réalisateur Fritz Lang étant particulièrement intéressants. Rien d'autre à signaler à part la bande-annonce du film sur "Dillinger", "Clash by Night" et "The Narrow Margin".
Vu la popularité du premier coffret, il n'est pas surprenant que la sortie de celui-ci, prévue à l'origine pour 2006, ait été devancée. Cela a probablement eu pour effet de réduire le nombre de titres restaurés disponibles, mais dans l'ensemble, les sélections sont solides et diversifiées. Les amateurs de films noirs y trouveront leur compte, même si on avait pu se passer de "Dillinger". De plus, comme ce ne sont pas les titres qui manquent dans les voûtes de Warner, on aura sûrement droit à un troisième coffret, rempli de femmes fatales, d'ombres sur les murs et de personnages corrompus et immoraux. Parfait, on en veut encore!
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |