Drôle de film que ce "Flash Gordon" de 1980. Film culte pour certains, navet fini pour d'autres, excellente parodie pour ceux-ci, film de science-fiction raté pour ceux-là, il semble que ce long–métrage de Mike Hodges oscille entre le génial et le ridicule dépendamment de quel côté de la planète science-fiction on se situe. Le sujet est tiré d'une bande dessinée du début du vingtième siècle, mettant en vedette un trio de terriens (le beau bonhomme musclé Flash, la pitoune de service Dale Arden et le brillant savant Professeur Zarkov) qui, par accident, se retrouvent sur la planète Mongo et doivent sauver la Terre des dessins criminels de Ming le terrible.
Tout comme son comparse Buck Rogers, Flash Gordon est un peu l'ancêtre des bandes dessinées de super héros qui devaient naître dans les années quarante et cinquante comme Batman, Superman et les autres. D'abord adapté au cinéma en feuilleton à épisodes d'une quinzaine de minutes présenté chaque semaine en salle avant le programme principal (avec Buster Crabbe dans le rôle de Flash Gordon), notre héros connut ensuite une carrière télévisuelle dans les années cinquante avec Steve Holland dans le rôle titre mais il fallut attendre 1980 pour le voir réapparaître au cinéma, dans le long-métrage qui vient de sortir en DVD chez Universal.
Il faut d'abord savoir qu'après la sortie de Star Wars en 1977, la science-fiction au cinéma prit un virage définitivement réaliste où soudainement les héros en bobettes moulantes maniant des pisto-lasers, les princesses sexys et hystériques, les monstres en latex et les méchants machiavéliques ne devaient plus faire sourire, mais devaient au contraire être pris très au sérieux. Là où auparavant on pouvait s'enthousiasmer et se passionner tout en restant amusé par les diverses aventures galactiques de héros improbables, on dut maintenant regarder ces aventures fantastiques religieusement et les prendre au pied de la lettre. C'est aussi à cette époque que naquît le concept de fanatiques se regroupant en clubs pour discuter du principe de moteur à photons positroniques inversés du dernier vaisseau de la flotte de Tara le prince d'Eussilox ou encore pour apprendre le Zpipilien, langue parlée comme chacun le sait par les Pipilanurs, habitants de la planète Zarcolos dans la constellation de Madil. Bref, on se mit à y croire et on oublia que c'était des histoires inventées pour nous amuser et nous divertir!
Le film "Flash Gordon" souffre donc de n'avoir pas été tourné plus tôt. C'est-à-dire que malgré son côté divertissant et bouffon, il tente de passer pour une grande épopée et ainsi compétitionner avec le film de George Lucas. Il fut donc reçu avec dédain par une grande partie des cinéphiles qui n'y virent que bouffonnerie et kétainerie et ne surent apprécier son côté enfant et son look bande dessinée. Il va sans dire que le choix du quart arrière des Jets de New York (une équipe de football américain pour ceux et celles qui l'ignoreraient), Sam J. Jones, pour jouer le rôle de Flash ne fait rien pour relever le niveau du film, mais on se demande tout de même si au contraire ça n'aide pas à garder le ton général au niveau du divertissement pur plutôt que de l'élever à celui de fresque spatiale.
Au niveau visuel, les magnifiques décors et costumes, encore là très bédéesques, tout en couleurs et extravagances sont plutôt bien rendus. Malheureusement, on peut voir les limitations de la pellicule de l'époque à capter la vivacité de ces couleurs. Peut-être le procédé cinématographique Todd-AO 65mm y joue-t-il un rôle? Sinon, la copie utilisée pour le transfert est très belle avec peu de défauts ou d'imperfections. Au niveau du son, encore là un bon travail de numérisation nous donne un son de qualité. La musique du groupe rock Queen ponctue bien les actions héroïques et tragiques de Flash et de ses amis et les excellents (!!!) dialogues sont très clairs et précis. Le seul petit défaut serait les séquences qu'on a dû reprendre en post-production, c'est-à-dire là où le son direct n'était pas utilisable pour cause de bruits ambiants trop élevés, qui souffrent d'une mauvaise calibration par rapport à celles en son direct. On entend donc tout de suite la différence entre les deux et on décroche ainsi temporairement du récit pour se questionner sur le processus cinématographique. Mais bon, comme la plupart des gens ne feront pas nécessairement la différence, il n'y a pas lieu de s'énerver...
En suppléments, deux entrevues, une excellente avec le scénariste Lorenzo Semple Jr. et une moins intéressante avec un dessinateur de bandes dessinées et fan de Flash Gordon, Alex Ross. On retrouve aussi le premier épisode du feuilleton de 1936 avec Buster Crabbe et une première bande-annonce mystérieuse sur une nouvelle adaptation télévisuelle du héros qui devrait sortir sous peu sur le Sci-Fi Channel aux États-Unis. Comme on ne voit aucune image, mais seulement des titres, on ne peut savoir quoi que ce soit de ces nouvelles aventures, mais parions qu'on aura opté pour le côté sérieux plus que pour celui amusant du héros.
Fait intéressant à noter, pour la sortie sur DVD, on a pris la peine de faire un superbe boîtier en carton s'ouvrant verticalement et contenant une illustration au crayon originale d'Alex Ross spécialement conçue pour ce DVD.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |