Le 17 juin 1972, dans le climat de tension et de paranoïa qui enveloppait l'époque de la guerre du Vietnam, cinq hommes sont appréhendés alors qu'ils entraient par effraction dans le quartier général du parti démocrate à l'Hotel Watergate de Washington. Le célèbre scandale du Watergate éclate et les journalistes Carl Bernstein et Bob Woodward, du Washington Post, mènent une enquête qui établira un lien entre ces hommes et les hautes instances de l'administration du président Richard Nixon (voir l'excellent All the President's Men d'Alan J. Pakula). Après de longues procédures judiciaires, Nixon se voit forcé de démissionner et s'adresse à la nation une dernière fois le 8 août 1974, dans un discours où il admet des erreurs de jugement, mais pas d'avoir enfreint la loi ou d'avoir participé à des activités criminelles. Le 8 septembre 1974, Gérald Ford soulève un tollé de protestations quand il donne le pardon présidentiel à Nixon, empêchant ainsi toutes poursuites criminelles.
Dans "Frost/Nixon", le réalisateur Ron Howard s'attarde à la série d'entrevues que l'ex-président a accordées au journaliste britannique David Frost en 1977. Frost, qui avait vu son émission de télé annulée à New York et qui était réduit à animer le segment de télé-réalité "Great Escapes" en Australie, voyait là un moyen de relancer sa carrière, alors que les proches de Nixon étaient convaincus que Frost ne ferait pas le poids et que Nixon pourrait facilement le manipuler et ainsi, rétablir son image. Les grands réseaux américains, qui ne prenaient pas Frost au sérieux, refusent de coopérer, accusant Frost de "journalisme de carnet de chèques", puisqu'il avait accepté de payer 600,000 dollars à Nixon pour les entrevues, une somme colossale à l'époque. Néanmoins, 28 heures et 45 minutes d'entrevues sont enregistrées et éditées en quatre segments de 90 minutes. Le dernier, portant sur le Watergate, se transforme en un fascinant duel entre les deux hommes qui forcera Nixon aux aveux.
Adapté pour le grand écran par Peter Morgan à partir de sa pièce de théâtre à succès, "Frost/Nixon" nous propose une dramatisation des fameuses entrevues et brosse le fascinant portrait d'un homme confiant, mais désabusé, rongé par ses démons intérieurs. Michael Sheen (Frost) et Frank Langella (Nixon) replongent aisément dans la peau des personnages qu'ils avaient campés sur les planches et nous offrent une joute intellectuelle intrigante entre deux hommes qui espèrent regagner le respect du public. Langella, qui n'a pas volé sa nomination aux Oscars, injecte une dose complexe d'humanité à Nixon, un homme peu charismatique et méprisé, souvent confiné par les médias et le public au rang de vilain stéréotypé. La réalisation de Ron Howard est efficace et effacée et il réussit à injecter un certain rythme au récit, en évitant de tout expliquer et de prendre le spectateur par la main, mauvaises habitudes qui ont marqué sa filmographie. Il faut également noter les prestations convaincantes de Kevin Bacon, Oliver Platt et Sam Rockwell dans des rôles de soutien.
Le transfert proposé sur cette édition propose une image claire et légèrement granuleuse, qui capture parfaitement le look des années 1970. Le niveau des contrastes et des détails est bon, même si plusieurs scènes sont tournées dans un environnement sombre. Un léger problème d'accentuation de contours apparaît à l'occasion, mais c'est à peine perceptible. La piste sonore est subtile et équilibrée, la séparation des canaux est nette et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. Les effets ambiophoniques sont utilisés avec parcimonie, et la trame musicale de Hans Zimmer bénéficie particulièrement de l'appui des enceintes arrière. Pour un film essentiellement basé sur les dialogues, difficile de demander mieux.
Les suppléments débutent avec une excellente piste audio de commentaires où le réalisateur Ron Howard mélange habilement anecdotes, détails du tournage, distribution, adaptation de la pièce de théâtre, etc. Howard est volubile et enthousiaste, et sa passion pour le cinéma est évidente et contagieuse. Des scènes coupées et les revuettes "The Making of Frost/Nixon", "The Real Interview" et "The Nixon Library" complètent les suppléments. Intéressant, mais il manque un peu de chair autour de l'os.
Malgré certaines libertés prises avec l'histoire et quelques soient vos convictions politiques, "Frost/Nixon" demeure une oeuvre fascinante sur l'abus de pouvoir, dominée par les prestations exemplaires de Michael Sheen et Frank Langella. Aux fins de comparaison, les curieux pourront mettre la main sur Frost/Nixon: Complete Interviews, qui vient tout juste de paraître en DVD, gracieuseté de Liberation Entertainment.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |