Le milieu des années 1940 est considéré comme étant une période faste pour le film noir. Double Indemnity (1944) et Lost Weekend (1945), de Billy Wilder, et le classique Laura, d'Otto Preminger (1944), se partagèrent les faveurs des auditoires et connurent tous un succès d'estime considérable. Malheureusement pour Preminger, son film suivant, "Fallen Angel", tourné avec la même équipe technique sauf pour le monteur, fut qualifié de médiocre par la critique et boudé par le public. Et la pauvre Alice Faye, dont c'était le premier rôle dramatique, fut tellement affectée par les commentaires négatifs (entre autres) qu'elle quitta le monde du cinéma pour n'y revenir que 17 ans plus tard. Voyons voir si cette mauvaise réputation est méritée.
Eric Stanton (Dana Andrews), un beau parleur sans le sou, se fait virer d'un autobus parce qu'il ne peut payer son billet. Il se met à fréquenter un petit resto dont la seule attraction est une jolie serveuse prénommée Stella (Linda Darnell). Stanton lui fait la cour, mais Stella n'a que faire des avances d'un paumé. Convaincu que Stella s'intéresserait à lui s'il améliorait sa situation financière, il séduit June (Alice Faye) et l'épouse pour son argent, malgré les protestations de la soeur de cette dernière. Stanton planifie de quitter June après avoir mis la main sur le pognon, mais son plan échoue quand un meurtre survient et qu'il devient le principal suspect.
Techniquement, "Fallen Angel" est dans la plus pure tradition du noir. La direction précise de Preminger et la cinématographie fluide de Joseph LaShelle rendent à merveille cette atmosphère sombre faite d'éclairages contrastés typiques du genre. Le réalisateur excelle dans son utilisation des espaces restreints et la scène initiale dans le resto met rapidement en place les principaux personnages avec un minimum de coupures. La façon dont la caméra représente la sulfureuse Linda Darnell alors qu'elle fait son entrée souligne sa sensualité à fleur de peau et s'avère un véritable délice pour les yeux. Les prestations sont en général solides et Dana Andrews est parfait dans le rôle du séducteur qui devient obsédé par la femme fatale. Darnell joue la pétasse désintéressée avec assurance, mais Alice Faye est moins convaincante en femme naïve qui se laisse facilement manipuler, peut-être parce que son personnage est moins défini. Le principal problème du film est au niveau du scénario. Les invraisemblances et les revirements de situation font partie des conventions du genre, mais ici, certaines sont difficiles à avaler. En particulier, la relation entre Stanton et June qui passe de la rencontre, à l'amour et au mariage en un temps record. À partir de ce moment, l'intrigue perd en crédibilité et a du mal à maintenir le suspense, et la révélation finale n'a pas l'impact escompté.
La présentation vidéo est fort acceptable. L'image est claire, bien qu'un peu granuleuse, et la pellicule comporte un minimum de taches et d'égratignures. Le niveau des contrastes, des détails et l'étalement des noirs rendent justice à la superbe direction photo. Une fois de plus, la piste audio en stéréo semble artificielle, ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est préférable et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard et le boîtier simple, orné de l'affiche du film, ne contient pas d'encart. Les menus sont statiques et sans accompagnement musical. En guise de suppléments, on retrouve tout d'abord une excellente piste audio de commentaires avec l'expert du film noir Eddie Muller, cette fois-ci accompagné de Susan Andrews, la fille de Dana Andrews. Cette dernière nous parle de la carrière de son père et s'attarde à son style et à sa gestuelle, alors que Muller, toujours aussi à l'aise avec le sujet, nous entretient sur la politique derrière le film et nous offre une foule d'informations sur tous les aspects du tournage. Par la suite, on a droit à trois galeries photos, dont une qui nous montre plusieurs scènes coupées au montage, et à quelques bandes-annonces incluant celle de "Fallen Angel".
Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec le look distinctif du film noir, "Fallen Angel" nous en offre un excellent exemple. Malheureusement, malgré la qualité des aspects techniques et les prestations de Dana Andrews et de Linda Darnell, l'intrigue s'essouffle en seconde partie et le film a du mal à soutenir notre intérêt.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |