La deuxième vague de titres de la série Fox Film Noir débute avec "House of Bamboo", un film de gangsters de série B un peu incongru, réalisé par l'imprévisible Samuel Fuller. Premier film américain à être tourné au Japon après la guerre, "House of Bamboo" est en fait un remake de The Street With No Name de William Keighley, sauf que l'emphase lors de la planification des crimes est mise sur la stratégie militaire plutôt que sur la technologie. L'intrigue est prévisible et on a droit à un Japon stéréotypé, mais la réalisation de Fuller est assurée et, malgré certains excès, il parvient à créer assez de tension pour maintenir l'intérêt.
À Tokyo, un gang de criminels américains formé d'anciens militaires dévalise un train de munitions qui serviront plus tard à commettre des vols. Hyper organisés et ne prenant aucune chance, ils préfèrent abattre sur place ceux des leurs qui seront blessés au lieu de les laisser derrière. Quand Eddie Spanier (Robert Stack) arrive des États-Unis pour rencontrer un ami, il apprend que celui-ci est mort assassiné. Il réussit à entrer en contact avec Sandy Dawson (Robert Ryan), le présumé chef du gang, et à se faire admettre au sein de la bande. Avec l'aide de Mariko (Shirley Yamaguchi), l'épouse japonaise du défunt, il tentera de faire la lumière sur les activités du groupe. Mais Spanier jouerait-il un double jeu?
Il aurait évidemment été impossible pour un groupe de criminels américains de sévir à Tokyo dans les années 1950 sans se faire immédiatement exterminer par les yakuza locaux. Si on passe outre à cette invraisemblance, on pourrait penser que Fuller a voulu nous offrir une métaphore sur la nature abusive et parasitique de l'occupation au Japon. Heureusement, Fuller a choisi de ne pas insister sur cet aspect et nous offre plutôt un thriller singulier réalisé vers la fin du cycle du film noir. Tourné en couleur et utilisant le même scénariste (Harry Kleiner) et le même directeur photo (Joe MacDonald) que le film original, "House of Bamboo" dépeint Tokyo comme une ville dont l'aspect gris et sale contraste avec les couleurs vives des kimonos portés par les femmes déambulant dans la rue. Le dépaysement est apparent malgré les stéréotypes, mais a bien peu d'impact sur une intrigue qui aurait pu tout aussi bien se dérouler à Chicago. Les dialogues ont ce qu'il faut de punch pour dépeindre ce monde de durs essentiellement masculin, mais les scènes entre Spanier et Mariko détonnent et sont parfois dignes d'un mauvais feuilleton de l'après-midi. Fuller est à son meilleur lors des scènes d'action alors qu'il utilise plusieurs mouvements de caméra inventifs et qu'on le sent plus à l'aise avec la composition d'images. Robert Stack est un acteur moyen qui se tire assez bien d'affaire dans le rôle de Spanier, malgré qu'il semble toujours avoir la même expression sur le visage et qu'il ait du mal à transmettre la complexité d'un personnage qui nous apparaît unidimensionnel. Robert Ryan par contre, est excellent en chef de gang en apparence relax et en contrôle qui cache un homme brutal, froid et obsessif. Shirley Yamaguchi n'est pas très convaincante, mais le reste de la distribution est adéquate. Les amateurs de Star Trek reconnaîtront "Bones McCoy" (DeForrest Kelly) dans le rôle d'un gangster dont l'utilité semble réduite à la distribution des cigares!
La présentation vidéo offre une image claire et détaillée et un excellent rendu des couleurs et des contrastes. Le niveau des détails est très bon même si on remarque parfois un léger problème d'accentuation des contours. En dépit d'une certaine granularité lors de quelques scènes, il s'agit d'un excellent transfert. Encodée en Dolby Digital 4.0, la piste sonore offre une très bonne spatialité et la directionalité des effets, quoique peu nombreux, est nette. La musique est bien répartie à travers les canaux et procure une ambiance propice au déroulement de l'intrigue. Les dialogues sont clairs, mais manquent de focus puisqu'ils paraissent parfois venir d'un endroit où l'acteur ne se trouve plus. La présentation est standard, le boîtier simple qui utilise l'affiche du film ne contient pas d'encart et les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Le principal supplément est une excellente piste audio commentaires avec les historiens du cinéma Alain Silver et James Ursini. Experts du film noir, leur propos est très informatif et, en plus de nous parler en détail du film, ils s'attardent en particulier à la carrière du réalisateur Samuel Fuller. L'écoute de cette piste aide grandement à nous faire apprécier davantage le film. On retrouve également un court segment "Fox Movietone News", essentiellement des nouvelles de l'époque, ainsi qu'une courte revuette muette qui nous amène dans les coulisses du tournage et nous fait assister à l'arrivée de quelques membres de l'équipe au Japon. Pour conclure, nous avons droit à la bande-annonce du film et à celles d'autres titres de la collection Fox Film Noir.
Personnellement, je préfère le film original, mais "House of Bamboo" demeure un bon film de gangsters qui, même s'il ne fait pas très bon usage des lieux de tournage exotiques, parvient à nous divertir grâce à la réalisation de Samuel Fuller lors des scènes d'action et à la présence de Robert Ryan.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |