Bien que l'on retrouve "House on Telegraph Hill" du réalisateur Robert Wise dans les encyclopédies du film noir, il s'agit d'un autre de ces films qui mélangent les genres et les influences. Mi-noir, mi-thriller hitchcockien, il débute sur une usurpation d'identité pour s'installer ensuite dans une intrigue sur le thème de la femme en péril, thème que le maître du suspense affectionnait particulièrement. Dès l'arrivée dans la maison à laquelle le titre fait référence, on pense tout de suite à Rebecca et à Suspicion puisque, malgré l'atmosphère empreinte des éclairages contrastés typiques du noir, le film possède un rythme et une élégance qui rappelle ces productions des années 1930.
Prisonnière dans un camp de concentration nazi, Victoria Kowelska (Valentina Cortese) prend l'identité d'une amie qui vient de mourir en espérant pouvoir émigrer plus tard aux États-Unis. Libérée, Victoria est devenue Karin et se rend à San Francisco prétendant être la mère du jeune garçon que son amie avait confié à une vieille tante avant la guerre. La tante récemment décédée avait laissé une fortune considérable, administrée par Alan Spender (Richard Basehart), qui occupe la somptueuse demeure avec le garçon et sa gouvernante Margaret (Fay Baker). Amoureuse d'Alan, Karin l'épousera et emménagera avec eux. Mais il se passe des choses étranges dans la maison sur la colline et Karin soupçonne Alan et Margaret de vouloir se débarrasser d'elle dans le but de mettre la main sur l'héritage.
"House on Telegraph Hill" peut paraître inhabituel en comparaison avec le cinéma moderne et son emphase sur l'effet de surprise à la M. Night Shyamalan, puisqu'on attend pendant presque tout le film ce revirement de situation inattendu qui ne se matérialise jamais. Cette absence d'entourloupettes, loin de nuire au développement de l'intrigue, sert à maintenir le suspense et devient, ironiquement, la surprise la plus efficace de toutes. En composant des plans simples et efficaces, le cinéaste Robert Wise imprime à son film une allure délibérée et, puisqu'il a fait ses classes chez RKO avec Val Lewton dans la production de films d'horreur de série B, il n'a aucun mal à envelopper la maison d'une ambiance menaçante appuyée par les éclairages dramatiques du directeur photo Lucien Ballard. La présence de l'actrice italienne Valentina Cortese n'est pas un hasard, car Darryl F. Zanuck l'avait spécialement choisie dans le but d'en faire une vedette aux yeux des Américains en leur offrant une "beauté continentale". Dotée d'un charisme certain, l'actrice a également un visage qui possède la rare qualité de paraître ordinaire par moments et sublime lorsqu'elle se tourne d'une certaine façon. Et malgré son anglais parfois approximatif (bien qu'elle joue une immigrante polonaise), ce mélange de peur et de culpabilité qui habite son personnage passe de façon convaincante par ses yeux très expressifs. Le reste de la distribution est solide bien que le jeune Gordon Gebert (Chris, le fils de Karin) me soit un peu tombé sur les nerfs.
Côté technique, la présentation vidéo est très bonne. L'image est claire et propre et la pellicule présente un minimum de granularité et de poussières. Les éclairages contrastés typiques du genre révèlent un étalement des noirs distinctif et un excellent niveau de détails autant en avant qu'en arrière-plan. L'histoire se répète côté sonore, puisque la piste audio remasterisée en stéréo semble artificielle, ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est préférable et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard et le boîtier simple, orné de l'affiche du film, ne contient pas d'encart. Les menus sont statiques et accompagnés de musique. Pour amorcer les suppléments, l'expert du film noir Eddie Muller est de retour sur une excellente piste audio de commentaires. Il multiplie les anecdotes et nous offre une foule d'informations sur tous les aspects du tournage. Natif de San Francisco, il s'attarde en particulier aux scènes tournées dans les décors naturels de la ville. Encore une fois, son propos est informatif et divertissant sans être trop didactique. On retrouve également quatre galeries de photos, ainsi que de nombreuses bandes-annonces incluant celle du film.
"House on Telegraph Hill" mélange certains aspects du film noir avec le style et le rythme propre aux productions de la décennie antérieure. Malgré son aspect un peu vieillot, le résultat est efficace, mais plaira davantage aux amateurs de suspense hitchcockien qu'aux fans du noir classique.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |