Kiss of Death
Fox Film Noir
20th Century Fox

Réalisateur: Henry Hathaway
Année: 1947
Classification: NR
Durée: 99 minutes
Ratio: 1.33:1
Anamorphique: Non
Langue: Anglais (DDST, Mono), Espagnol (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 20
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
7 janvier 2006

Un an après The Dark Corner, le cinéaste Henry Hathaway poursuit son incursion dans le film noir avec "Kiss of Death", le onzième titre de la série "Fox Film Noir". Le film a un peu vieilli, mais demeure mémorable à cause de la performance de Richard Widmark, dont c'était la première apparition à l'écran, dans le rôle du gangster psychopathe Tommy Udo. La scène où il attache la mère de Rizzo à son fauteuil roulant et la pousse en bas de l'escalier en poussant un rire démoniaque est une véritable scène d'anthologie qui, à l'époque, avait choqué les spectateurs à l'échelle nationale. La prestation de Widmark lui avait d'ailleurs valu une nomination aux Oscars et il eut bien du mal par la suite à convaincre ses patrons de la 20th Century Fox qu'il pouvait jouer autre chose que des tueurs déséquilibrés. Mis à part le truand fou furieux (Cody Jarrett) incarné par James Cagney dans "White Heat" en 1949, il faudra attendre plus de quarante ans avant de revoir un acteur incarner avec autant d'aplomb un criminel aussi sadique. Il s'agit bien sûr du sinistre Tommy De Vito, brillamment interprété par Joe Pesci dans GoodFellas.

Sorti de prison, Nick Bianco (Victor Mature) voudrait bien se trouver un travail honnête, mais toutes les portes se referment devant lui à cause de son dossier criminel. À l'approche de Noël, n'ayant pas d'argent pour acheter des cadeaux à ses deux jeunes enfants, il participe à un vol de bijoux, mais se fait épingler par la police. Voyant que Nick n'est pas un si mauvais gars, l'assistant au procureur de la couronne Louie Di Angelo (Brian Donlevy) lui offre une sentence réduite en échange d'informations sur ses acolytes. Nick refuse, convaincu que le bien-être de sa femme et de ses enfants est assuré. Mais lorsque son épouse dépressive se suicide et que ses enfants sont confiés à un orphelinat, Nick décide de devenir informateur et est libéré sur parole. Il se remarie, trouve du travail et mène une existence heureuse, mais il apprend que le dangereux criminel Tommy Udo, sur lequel il avait fourni des renseignements à la police, est libéré et qu'il cherche à se venger.

"Kiss of Death" privilégie une approche simple et directe qui relève du réalisme documentaire et évacue la complexité de l'intrigue pour nous offrir un "gangster noir" solide et divertissant. Si on oublie l'invraisemblance de la scène finale agrémentée d'un "happy ending" probablement imposé par les bonzes du studio, le cinéaste Henry Hathaway parvient à développer le suspense de façon fluide et assurée. Le réalisme est accentué par l'utilisation de décors naturels où la géométrie rigide des murs de brique, des barreaux des cellules et du cadre des portes, baignés des éclairages contrastés typiques du noir, accentue le sentiment d'isolation ou d'exclusion, ainsi que la tension dramatique. Certaines scènes clefs, d'où les dialogues sont absents (la scène dans l'ascenseur et celle où Nick attend Udo tapi derrière la porte de sa demeure), ayant un impact émotionnel considérable. La critique sociale est également au rendez-vous puisque Nick, qui adore ses enfants et voudrait changer de vie, se bute à une société indifférente qui refuse de lui donner du travail. La ville, à la fois impressionnante et sinistre, devient le symbole déshumanisé de l'industrialisation effrénée axée sur le profit qui rejette les individus jugés indésirables ou non productifs. Victor Mature, plus connu pour sa carrure de footballeur que pour ses talents d'acteur, est crédible dans la peau du truand sympathique, mais c'est Richard Widmark qui vole le show en créant un personnage cynique et démoniaque qui donne froid dans le dos.

"Kiss of Death" jouit d'un excellent transfert qui rend justice à la riche cinématographie en noir et blanc de Norbert Brodine. L'image est claire et propre et ne comporte qu'un minimum de taches et d'égratignures. Le niveau des contrastes et le rendu des noirs sont à point et seules quelques scènes tournées dans des environnements plus sombres comportent une légère perte de détails. Encore une fois, la piste audio en stéréo semble artificielle, ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est meilleure et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard. Le boîtier simple, qui utilise l'affiche du film, ne contient pas d'encart et les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Parmi les suppléments, on retrouve tout d'abord les historiens du film noir Alain Silver et James Ursini sur une excellente piste audio de commentaires. Mélangeant les faits, l'analyse détaillée et les anecdotes, leur propos est toujours aussi intéressant et informatif. La bande-annonce originale du film et une galerie photo complètent les suppléments.

"Kiss of Death" est un très bon film noir qui mérite d'être vu, en particulier à cause de la performance exceptionnelle de Richard Widmark. Joey Gallo, un célèbre membre de la pègre new-yorkaise de l'époque, aurait visionné le film à plusieurs reprises et par la suite imité le style de Tommy Udo dans le but de parfaire ses aptitudes à intimider ses ennemis.


Cotes

Film8
Présentation4
Suppléments5
Vidéo8
Audio7