"Love Is a Many-Splendored Thing" est un long titre qui vient du thème musical composé par Sammy Fain et Paul Francis Webster, dont les arrangements sont composés Alfred Newman (celui même qui a composé le fameux jingle de 20th Century Fox - celui que nous pouvons entendre au début de chacun de leurs films), nous berce tout le long du film. Cette chanson et les arrangements ont remporté deux des trois Oscars qu'a obtenus ce film (d'une possibilité de huit!).
Dans un film (basé sur le livre à succès du même titre - une histoire soi-disant vraie) où il ne se passe presque rien, Dr. Han Suyin (Jennifer Jones), une docteure eurasienne (père anglais, mère asiatique) pratiquant à Hong Kong, rencontre Mark Elliott, un journaliste correspondant américain, marié. Il la trouve de son goût et se fout des langues sales qui n'aiment pas les voir ensemble. Elle dit qu'ils ne peuvent être ensemble, mais tombe amoureuse de lui. Il va chercher son divorce de sa femme qui lui refuse. Suyin se fait reprocher ses sorties avec un homme marié. Il est demandé par son employeur d'aller couvrir la guerre de Corée. Il meurt. Elle l'aime éternellement. "The End", c'est tout! Parlez-moi d'une finale des années 50!
Mais qu'est-ce qui fait de ce film un vainqueur? Les beaux costumes asiatiques. La décoration des plateaux? Sa superbe cinématographie? Son enregistrement sonore? La nomination aux Oscars dans tous ces domaines? Ses acteurs? William Holden, je connaissais de par plusieurs rôles ici et là, mais Jennifer Jones (nominée pour un Oscar pour ce rôle) était une nouveauté pour moi. Je vais probablement essayer de la voir dans d'autres films dont The Man in the Gray Flannel Suit (avec Gregory Peck) , mais aussi en rôle de méchante dans Duel in the Sun et Ruby Gentry et Gone to Earth sans oublier la version de 1949 de Madame Bovary et son rôle oscarisé de The Song of Bernadette (le prochain titre dans la collection "Studio Classic"). Malgré qu'elle semble lire son texte qui contient énormément de sagesse chinoise, elle sait faire passer des émotions à travers son personnage, que ce soit l'indifférence, l'inquiétude, la joie ou la peine. Peine que l'on ressent plus de ses yeux encore stupéfaits de la mauvaise nouvelle que de ses cris de deuil. Et que dire des dialogues intelligents (pour une fois) qui disent beaucoup plus de ce que les personnages ressentent. Le seul personnage qui ne sonne pas intelligent est Adeline Palmer-Jones (Isobel Elsom), la femme hautaine du propriétaire de l'hôpital où Suyin travaille. Mais il fallait bien qu'il y ait un personnage qui représente la norme de l'époque où il n'était pas bien vu de voir un couple de différentes nationalités et encore plus une femme docteur… une femme docteur eurasienne. Bien la madame Palmer-Jones est vraiment le seul personnage que vous allez détester dans tout le film.
L'image de la présentation est très bien à part les fondus d'une scène à l'autre qui sont très décolorés. Ce film Cinémascope a un ratio assez large (2.55:1) qui vous fera sûrement souhaiter d'avoir un écran panoramique pour avoir moins de barres noires (et vous en aurez quand même!). Le film ne montre pas beaucoup son âge, mais la coloration rappelle bien les films de cette époque dont Summertime. Le son quant à lui est très bizarre. Il a été traité dans une piste Dolby Digital 4.0 ce qui donne une certaine direction aux personnages qui parlent. Mais lorsque ce personnage est plus d'un côté ou de l'autre, sa voix ne sort que du haut-parleur du même côté, ce qui m'a un peu dérangé. Le menu du DVD est très bien présenté avec de belles images de fond.
Comme suppléments, nous avons pour débuter une piste de commentaires avec Sylvia Stoddard (historienne des films asiatiques et auteur de livres sur la télévision), John Burlingame (professeur d'histoire de musique de film, et auteur du livre The Newmans of Hollywood) et Michael Lonzo (directeur de la photographie de métier). Burlingame parle beaucoup de la musique du film et du travail de Newman en général alors que Lonzo parle de la photographie du film, car ce dernier connaissait personnellement celui qui a photographié toutes les scènes du film à Hong Kong. Stoddard nous met vraiment en situation historiquement dans le recit et le fait que la plupart des situations sont très réalistes quant à l'époque. Les commentaires sont très bien organisés, car les commentateurs ont l'air d'être ensemble, mais sont clairement enregistrés séparément.
Suite à cette discussion, nous pouvons visionner le documentaire biographique "William Holden : An Untaimed Spirit" qui avait été présenté sur le canal A&E à la télévision. Ils parlent de sa naissance de parents riches (un chimiste et une enseignante). Lors de ses études (en chimie), il joint le club de théâtre de l'école. Un agent de Paramount fut tellement impressionné de sa personnalité sur scène qu'il lui offrit de venir faire une audition au studio qui résulta en un contrat de sept ans à $50 par semaine. De là, il sauta d'un rôle à l'autre. Ils parlent aussi dans le documentaire que sa famille, avec sa femme Brenda Marshall, était très importante pour lui, mais plus il devenait populaire, moins souvent il était à la maison. De plus, il tomba amoureux d'Audrey Hepburn durant le tournage de Sabrina pour être déçu quelques mois plus tard lors qu'elle se maria. Mais ce ne sera pas sa dernière romance. Son fils Scott Holden, A.C. Lyles (un exécutif de Paramount), James Bacon (journaliste), les actrices Patricia Morison, Nancy Olson-Livingston et Stefanie Power ainsi que les acteurs Cliff Robertson, Ernest Bognine et Rick Schroder nous racontent plusieurs moments de la vie de l'acteur, dont ses investissements à travers le monde, ses problèmes de boisson et ses plans de protection des animaux d'Afrique. Plusieurs extraits de films et des photos viennent complémenter les commentaires des gens.
Ensuite, nous avons des suppléments ayant un peu plus de rapport avec le film, soit la bande-annonce du film, des newsreels du "Audience Award" remis à Jennifer Jones et du "Photoplay Award" (où nous pouvons voir bien de jeunes vedettes dont Joan Collins!) et une démonstration de la restauration. Le fait que la nouvelle restauration nous soit comparée à l'ancienne bande maître pour le VHS de 1993 nous permet aussi d'apprécier le panorama d'une scène et ainsi éviter des "pan & scan" disgracieux pour centrer l'image plein écran sur l'action. (Yark!).
Malgré la présence d'une courte histoire facile à deviner, j'ai tout de même bien apprécié le visionnement de ce film, surtout pour l'incarnation du personnage de Jennifer Jones. Ce gagnant de 1955 a une très belle place dans la collection "Studio Classic", une collection que je vous recommande fortement si vous appréciez les vieux films tout comme moi.
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