Dans les années 1940-1950, Darryl F. Zanuck était considéré comme le plus libéral (dans le sens américain du terme) de tous les dirigeants des grands studios hollywoodiens. Il s'était déjà attaqué à la discrimination et à l'intolérance avec Gentleman's Agreement et Pinky, tous deux du cinéaste Elia Kazan, mais jamais aussi directement que dans "No Way Out". Scénarisé et réalisé par Joseph L. Mankiewicz, le film était non seulement très audacieux dans son approche, mais avait également innové en devenant la première production où les personnages de couleur bénéficiaient d'un traitement dramatique égal à celui des protagonistes blancs. De plus, le stéréotype habituel d'Afro-Américains confinés à des rôles de serviteur ou de chauffeur avait volé en éclat puisque le personnage central était médecin. Ce rôle fut confié à un très jeune Sydney Poitier, dont c'était la première apparition à l'écran.
Blessés lors d'un vol à main armé, deux criminels sont amenés à l'hôpital et confiés aux soins du jeune médecin stagiaire Luther Brooks (Sydney Poitier). Lorsque son frère Johnny meurt alors que Luther lui administre une ponction lombaire, Ray Biddle (Richard Widmark) prétend qu'il s'agit d'un meurtre. Déterminé à avoir la peau de Luther, Ray réussit à convaincre Edie (Linda Darnell), l'ex-femme de son frère, que Luther est coupable. Alors que l'incident est relaté dans les journaux et que les tensions raciales montent de la ville, le superviseur de Luther, le Dr Dan Wharton (Stephen McNally), lui viendra en aide, mais une autopsie sur le corps de Johnny, que la famille refuse d'autoriser, demeure le seul espoir de prouver son innocence.
Considéré comme étant l'un des nombreux films sur la conscience sociale à naître sous la tutelle de Darryl F. Zanuck, "No Way Out" fait rarement partie des discussions sur le film noir. Bien que les éléments stylistiques propres au genre ne soient pas très présents, le film fonctionne parce que son message est véhiculé par une intrigue typique du noir. "No Way Out" est un thriller reposant sur un malentendu tragique qui déclenche une inévitable spirale de violence et où le racisme fanatique de Ray Biddle agit comme une force maléfique qui fait dérailler la vie d'un innocent. Les dialogues très crus ont dû choquer les auditoires de l'époque et Richard Widmark, habitué aux rôles de psychopathes, nous sert un vilain sinistre, aveuglé par la haine et les préjugés, qui rappelle parfois son célèbre Tommy Udo de Kiss of Death. Il semblerait qu'il n'arrêtait pas de s'excuser auprès de Sydney Poitier une fois les scènes terminées, parce que son personnage l'avait traité de "nègre" et de nombreuses autres épithètes racistes. Poitier paraît un peu jeune pour personnifier un médecin (il jouera un ado de 17 ans, cinq ans plus tard dans Blackboard Jungle!), mais sa prestation est convaincante et il nous donne un bon aperçu de son immense talent. Linda Darnell campe avec justesse le seul personnage ambivalent de la distribution, puisque Edie se verra confrontée au doute envers ses propres préjugés. La fin est prévisible et la scène où la violence explose entre les bandes rivales m'est apparue peu crédible, mais la réalisation de Joseph L. Mankiewicz est assurée et il mène l'action rondement sans excès de mélodrame et de sermons.
Le transfert de "No Way Out" est très propre pour un film de cet âge. L'image est claire et la pellicule est presque complètement exempte de taches et d'égratignures. Le niveau des contrastes et le rendu des noirs sont excellents, et laissent apparaître de nombreux détails même lors des scènes tournées dans des environnements plus sombres. Comme à l'habitude dans cette série Fox Film Noir, la piste audio en stéréo semble artificielle, ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est préférable et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard et le boîtier simple, orné de l'affiche du film, ne contient pas d'encart. Les menus sont statiques et accompagnés de musique. En guise de suppléments, on retrouve tout d'abord une piste audio de commentaires avec l'expert du film noir Eddie Muller. Le monsieur a écrit de nombreux livres sur le sujet et ça paraît. Son propos est divertissant et intelligent, sans être trop didactique. Par la suite, on a droit à deux galeries photo et à deux très courts "Movietone Newsreels" qui nous montrent Linda Darnell vendant des billets lors de la première du film à New York et Richard Widmark apposant l'empreinte de ses mains dans le ciment frais devant le célèbre "Sid Grauman's Chinese theater". Plusieurs bandes-annonces, dont celle de "No Way Out", viennent compléter les suppléments.
"No Way Out" n'est pas techniquement un noir classique, mais il demeure un drame audacieux et diablement efficace qui aborde un sujet délicat sans passer par quatre chemins. Pas étonnant que ce portrait réaliste de l'intolérance raciale n'ait pas connu beaucoup de succès à l'époque dans le sud des États-Unis! Il s'agit d'une excellente addition à la série Fox Film Noir et les amateurs s'en délecteront sûrement.
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |