À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, des milliers de soldats souffrant de troubles mentaux et émotionnels occupent les sanatoriums de l'Amérique. La psychiatrie devient un sujet à la mode et une sorte de sous-genre du film noir fait son apparition, le thriller psychanalytique. À cette époque, Alfred Hitchcock était déjà considéré comme le maître du suspense et Spellbound (1945), qui abordait ce thème, connut un succès mondial. "Shock", réalisé par Alfred L. Werker un an plus tard, est clairement une tentative de capitaliser sur le succès de Spellbound en utilisant le même décor du sanatorium, un meurtre mystérieux et une patiente avec de vagues souvenirs du crime. Malheureusement, alors que le film d'Hitchcock explorait avec ingéniosité les labyrinthes de la pensée freudienne, "Shock", malgré quelques scènes efficaces, n'est pas très inspiré et supporte mal la comparaison.
Janet (Anabel Shaw) attend avec impatience dans une chambre d'hôtel le retour de son époux (Frank Latimore), un militaire qui était prisonnier de guerre, qu'elle croyait mort et qu'elle n'a pas vu depuis deux ans. En allant prendre l'air sur le balcon, elle entend une querelle provenant d'un appartement voisin et voit un homme assassiner sa femme. Lorsque son mari arrive, elle est affalée sur le divan en état de choc dans un état quasi comateux. Le Dr Cross (Vincent Price), le psychiatre de l'hôtel, vient à son aide, mais il s'aperçoit qu'elle a été témoin du meurtre qu'il vient de commettre. Il s'arrange pour la faire transférer à son sanatorium privé où, avec l'aide de sa maîtresse (Lynn Bari), il s'assure de la soumettre à assez de traitements pour la faire passer pour une folle que personne ne croira. Pendant ce temps, son mari, un policier et un autre psychiatre se rendent compte qu'il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire...
"Shock" ne fait que 70 minutes, mais il y a peu de suspense après la scène initiale puisque l'on sait déjà qui est le meurtrier. Le décor du sanatorium aurait dû être utilisé pour créer une atmosphère trouble et oppressante, mais malgré les efforts louables du directeur photo Joe MacDonald, ce n'est pas le cas, sauf pour une séquence presque surréaliste où un autre patient, pendant un orage, se retrouve dans la chambre de Janet et a maille à partir avec la complice du Dr Cross. Il ne reste donc qu'à attendre pour savoir qui, du docteur ou de la femme fatale, tentera de tuer Janet et quand le bon docteur se fera pincer.
Encore une fois, on se rend compte que la définition de film noir est passablement élastique puisque "Shock" est plus un drame avec des éléments de film d'horreur de série B qu'un véritable film noir. Vincent Price offre une bonne prestation dans le rôle du Dr Cross, un personnage louche et suave qui se laisse manipuler par sa maîtresse, mais qui devient torturé par ce qu'il lui reste de conscience. Lynn Bari est également convaincante en femme fatale, froide, séductrice et manipulatrice. Malheureusement, le scénario est déficient et la réalisation de Werker manque de mordant, car il a du mal à soutenir le suspense. On sent parfois la tension monter, mais ça ne va souvent nulle part. Werker fera beaucoup mieux deux ans plus tard avec l'excellent He Walked by Night.
Puisque "Shock" n'a longtemps été disponible qu'en copies en 16mm en fort mauvais état, le transfert proposé sur cette édition est une agréable surprise. L'image est claire et propre avec un minimum de taches et d'égratignures. Le niveau des contrastes et des détails est excellent, même lors des scènes tournées dans des environnements plus sombres. Comme pour les autres titres de cette collection Fox Film Noir, la piste audio en stéréo semble artificielle, ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est préférable et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard. Le boîtier simple, qui utilise l'affiche du film, contient un encart de quatre pages avec le chapitrage et des notes de production. Les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Comme supplément principal, on retrouve une très bonne piste audio de commentaires, gracieuseté de l'auteur et historien du cinéma John Stanley. Le ton est enjoué et enthousiaste et il mélange analyse du film avec des anecdotes et y va même d'une imitation de Peter Lorre! Plusieurs bandes-annonces sont également au menu.
Ce thriller est plus gris que noir, mais mérite un visionnement, surtout pour les fans de Vincent Price et l'excellente prestation de Lynn Bari.
| Film | 6 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |