Avec Laura, le cinéaste Otto Preminger nous avait offert un des grands classiques du film noir. Cette oeuvre, remplie de personnages fascinants et savamment enveloppée de l'atmosphère typique du genre, proposait une intrigue entourant le crime et la passion amoureuse pour souligner la culture superficielle de la célébrité et de son obsession pour l'image. "Whirlpool", réalisé cinq ans plus tard, n'a ni la réputation ni le panache de Laura, mais fourmille des idées et de thèmes sombres que l'on retrouve souvent dans les films à suspense de l'époque.
Astrologue, faux psychologue et séducteur, David Korvo (Jose Ferrer) vient à la rescousse d'Ann Sutton (Gene Tiernay) alors qu'elle est accusée de vol à l'étalage dans un grand magasin. Ann se méfie du charme et du cynisme de Korvo, mais elle est terrifiée par le fait que les évènements puissent être rapportés à son mari, le réputé psychiatre Dr William Sutton (Richard Conte). Ann finit par faire confiance à Korvo et accepte son aide quand il réussit à la convaincre qu'il n'est pas intéressé au chantage. Mais elle ne se doute pas que le diabolique Korvo tentera de l'impliquer dans un étrange complot.
Drame psychologique sur fond noir, "Whirlpool" utilise l'hypnose comme élément clef du suspense. Souvent utilisé dans les thrillers de série B pour pallier à la pauvreté du scénario, cet aspect fonctionne plutôt bien ici malgré quelques invraisemblances. Le fait que Jose Ferrer interprète le sophistiqué mégalomaniaque avec une telle assurance aide grandement à nous faire avaler les quelques incongruités qui parsèment l'intrigue. La superbe Gene Tiernay est très à l'aise dans le rôle de la femme tourmentée et vulnérable qui se sent étouffée par une vie de couple sans éclat et se rebelle en invoquant les démons qui ont marqué son enfance. Intéressant dilemme, on finit d'ailleurs par se demander qui de l'époux psychiatre ou du charlatan est le plus en mesure d'aider Ann. Richard Conte, plus habitué à jouer les durs, n'est cependant pas très convaincant dans la peau du mari dévoué. La réalisation d'Otto Preminger est solide et, comme à son habitude, il utilise peu de mouvements de caméra et laisse les personnages évoluer à l'intérieur du cadre. L'ambiance sombre aux éclairages contrastés typiques du film noir est par contre peu présente et il faut s'en remettre à une définition assez élastique pour pouvoir inclure ce film dans le genre.
Côté technique, l'image est claire et presque complètement exempte de taches et égratignures. Le niveau des contrastes et le rendu des noirs sont excellents et l'image laisse apparaître les moindres détails. "Whirlpool" n'ayant pas bénéficié d'une grande diffusion, le matériel source devait être en excellent état. La piste audio en stéréo semble artificielle ce qui se traduit par un manque de focus des effets sonores et des dialogues. La piste originale mono est meilleure et les dialogues et la musique sont clairs et exempts de distorsion. La présentation est standard. Le boîtier simple, qui utilise l'affiche du film, ne contient pas d'encart et les menus sont statiques et sans accompagnement musical. À part la bande-annonce du film, le seul supplément est une piste audio commentaire du critique de cinéma Richard Schickel. Il connaît bien les films de cette époque, mais il se contente d'analyser le film en surface sans entrer dans les détails. Cela pourra satisfaire l'amateur occasionnel, mais les fans du genre resteront sur leur faim.
Pendant les années 1940, le thriller psychanalytique devint très populaire dans la foulée de films comme Spellbound d'Alfred Hitchcock. Puisque "Whirlpool" utilise le même scénariste (Ben Hecht), il n'est pas étonnant que les deux films comportent à peu près les mêmes failles. Mais le film demeure divertissant, en particulier à cause des excellentes prestations de Gene Tiernay et de Jose Ferrer.
| Film | 6 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |