Assurément l'un des plus grands dramaturges de son pays, Tennessee Williams a révolutionné le théâtre américain en proposant des tranches provocantes "d'Americana", souvent basées sur ses expériences familiales. L'impact bouleversant de pièces telles A Streetcar Named Desire et Cat On a Hot Tin Roof pouvant littéralement souffler le spectateur de son siège. Moins connue, Orpheus Descending est en réalité une relecture de Battle of Angels qu'il avait écrite en 1940. Williams y avait soustrait certains éléments du mythe ancien d'Orphée et d'Euridyce pour explorer le sadisme de l'emprise patriarcale sur une petite ville du sud des États-Unis. "The Fugitive Kind", réalisé par Sydney Lumet et dont le scénario a été coécrit par Williams, constitue l'adaptation de cette pièce à l'écran.
Après avoir eu des ennuis avec la justice à la Nouvelle-Orléans où il travaillait comme musicien, le séduisant Valentine "Snakeskin" Xavier (Marlon Brando) jure qu'il en a fini avec la vie de débauche et qu'il est prêt à recommencer une nouvelle vie ailleurs. Prenant la route, il tombe en panne dans le patelin de Two Rivers au Mississippi où il décide de demeurer. Il trouvera du travail dans un magasin général, mais son allure de beau gosse silencieux attirera non seulement Carol (Joanne Woodward), une femme frivole un peu fêlée, mais aussi Lady (Anna Magnani), la femme du patron, qui gère la boutique depuis la sortie de l'hôpital de son époux abusif. Alors que des évènements douloureux du passé de Lady refont surface, le triangle amoureux explosif menace la tranquillité apparente du village.
Malgré des dialogues parfois pompeux et un scénario où le symbolisme prend le dessus sur le réalisme des thèmes explorés, "The Fugitive Kind" demeure un film intéressant à cause des prestations remarquables des acteurs. La réalisation fade et décontractée de Sydney Lumet ne fait rien pour apporter du dynamisme à l'intrigue ou pour supporter le jeu des protagonistes, mais Brando, Magnani, Woodward et Victor Jory (Jabe, l'époux de Lady) sont tellement impressionnants qu'on en arrive à oublier les problèmes de rythme et l'absence de cette simplicité qui fait que l'on s'attache aisément aux personnages. Magnani est criante de vérité en femme à la sensualité refoulée qui cache sa vulnérabilité et son besoin d'amour derrière une façade de rancoeur et de haine envers son mari et Brando, bien qu'il nous paraisse un peu maniéré, possède suffisamment de magnétisme pour transcender un personnage qui nous semble de prime abord plus prétentieux et arrogant qu'énigmatique. Jory, grotesque et dégoulinant de sueurs, est parfait en mari brutal, oppressif et raciste, et Woodward joue la cinglée de service avec conviction, même si son personnage prend trop de place. Il faut également noter l'excellente cinématographie de Boris Kaufman qui empreint le film d'un look sombre et morose qui sied admirablement à l'intrigue. Dommage que Lumet n'ait pas su en tirer profit pour réussir à capturer tout le désir et la passion animale que sont supposés ressentir les principaux protagonistes.
Le transfert non anamorphosé préservant le ratio original de 1.66:1 a été débarrassé de la plupart de ses imperfections et l'image et claire et propre. L'étalage des noirs et le niveau des contrastes sont excellents. Les scènes les plus sombres ont un aspect un peu plus sale et granuleux, mais en général il s'agit d'une très bonne présentation vidéo. La piste stéréo concentre son activité dans les enceintes avant et elle supporte agréablement la musique et les dialogues. La présentation est standard et les menus sont statiques et sans accompagnement musical. Aucun supplément n'est offert.
En dépit d'une surdose de lyrisme et de métaphores, "The Fugitive Kind" demeure un film intéressant grâce à la qualité de l'interprétation d'ensemble. Donc, si vous êtes friands de dialogues théâtraux et de performances d'acteurs, ce film mérite au moins une location.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | - |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |