Dans son troisième film, Judd Apatow fait appel à de gros calibres comme Adam Sandler et Seth Rogen pour faire rire en traitant à nouveau de l'amitié masculine. Ce n'est pas parce que cela s'appelle "Funny People" que c'est nécessairement toujours drôle.
George Simmons (Sandler) est un populaire humoriste qui apprend que son corps est malade et qu'il devra tester un nouveau médicament. Il décide alors d'embaucher Ira Wright (Rogen), un apprenti comique qui cherche à faire sa place dans ce difficile domaine. Ensemble, ils vivront de multiples aventures à la limite de la vraisemblance, surtout lorsque George fera l'impossible pour reconquérir son ancienne flamme (Leslie Mann).
L'effet Judd Apatow est tellement grand et omniprésent qu'il est aisé d'oublier que l'homme n'a seulement réalisé que deux longs-métrages: The 40-Year-Old Virgin et Knocked Up. Pour son plus ambitieux "Funny People", ses admirateurs espèrent rien de moins que la comédie de l'année, alors que ses détracteurs l'attendent avec une brique et un fanal. Et si la réalité se trouvait entre ces deux extrêmes?
Sur papier, le projet a tout pour succéder à The Hangover sur le plan de la folie généralisée. Il y a de gros gags à la fois hilarants et vulgaires, des situations parfois surprenantes, une pléiade de références cinématographiques, de nombreuses mises en abyme et une distribution cinq étoiles. Dans le lot, difficile de résister au pince-sans-rire Jason Schwartzman, aux répliques de Jonah Hill et à l'accent de la mort d'Eric Bana. Adam Sandler ne multiplie pas les grimaces en vain et il s'avère nettement plus supportable que dans ses autres productions plus grand public. Et il y a Seth Rogen, peut-être le comédien humoristique le plus flamboyant des dernières années, qui arrive à toucher par sa vulnérabilité et sa sincérité. Car le récit désire ardemment être plus qu'une grosse farce sans conséquence. Il y a la roue de la mort qui tourne inexorablement, la quête perpétuelle de rédemption, l'amitié masculine qui n'est pas toujours aisée à obtenir et ces élans de l'existence qui rappellent que l'être humain change difficilement.
Malgré ces quelques réussites et le désir du cinéaste d'amener une certaine profondeur à son histoire, le résultat n'est pas toujours probant. L'ouvrage, qui s'étire sur près de deux heures et demie (!), manque singulièrement de rythme et de souffle. L'humour tourne constamment autour des mêmes sujets (sexe, copulation, testicules...) et la répétition aura généralement le dernier mot. À l'instar de ses héros qui gravitent dans l'univers des "stand-up comic", l'ensemble ressemble à une succession de sketchs. Ces numéros peuvent faire rire, sauf que la ligne dramaturgique qui lie le tout est tellement faible et inconséquente qu'elle s'oublie en quelques instants. Surtout lors de la dernière partie, beaucoup plus attendue et moralisatrice, où l'échappatoire féminine sèmera la zizanie chez les garçons.
La musique sympathique incluant un tube de Wilco, ce qui est toujours intéressant à entendre. Les pistes sonores décident de recourir aux nombreux haut-parleurs lorsque c'est le moment de faire ressortir des sons d'instruments, des sifflements d'oiseaux, des applaudissements ou des rugissements d'avion. Les nombreux et importants dialogues s'entendent sans difficulté, et devant une décevante traduction francophone, il ne faut pas hésiter à insérer de très visibles sous-titres blancs afin de ne rien manquer. Les images, au demeurant peu extravagantes, mais détaillées, compensent l'abus de blocage par une agréable palette de couleurs et des blocages imparfaits quoique suffisamment homogènes.
La pochette d'une simplicité déconcertante montre Sandler, Rogen et Mann devant un fond blanc. Le menu principal du DVD met l'accent sur les deux héros. Rien ne bouge, sauf qu'une mélodie drôle et pétillante se fait entendre. Il est possible de regarder la version normale (146 minutes) ou la version longue (153 minutes). La différence se limite à quelques gags salaces supplémentaires. Les autres suppléments regroupent un court bêtisier assez cocasse et une désopilante piste de commentaires des deux protagonistes masculins et du metteur en scène. Les trois amis discutent de tout et de rien, les fous rires sont nombreux et si l'ensemble ne lève pas très haut, la bonne humeur et les anecdotes croustillantes sont de mise.
Avec son illustre réputation qui le précède depuis déjà plusieurs années, ce n'est certainement pas ce nouveau Apatow qui convaincra le public que tout va pour le mieux au rayon de la comédie américaine. Mieux fignolé, moins répétitif et raccourci d'au moins 45 minutes, "Funny People" aurait passé comme une lettre explosive à la poste. Ce n'est pas le cas ici où la joie et la déception se côtoient jusqu'à la toute fin. Un autre artiste surévalué?
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |