L'assassinat de l'archiduc Francis Ferdinand, héritier de l'empire austro-hongrois, commis à Sarajevo par un nationaliste serbe faisant partie de l'organisation "Narodna Obrana" plongea l'Europe et rapidement le monde entier dans la Première Guerre mondiale. Si ce conflit était surtout centralisé en Europe, plusieurs efforts furent faits pour contrôler certains accès importants autour de l'Europe et en 1915, les forces britanniques ordonnèrent à ses forces ANZAC (Australian and New Zealand Armed Forces) d'attaquer la Turquie, plus précisément Gallipoli dans le but d'ouvrir un accès sur la mer Noire et de permettre aux forces de l'empire britannique et aux forces françaises de ravitailler la Russie. C'est par un 25 avril 1915, que les forces de l'ANZAC débarquèrent dans la péninsule de Gallipoli et ils y furent accueillis par un redoutable ennemi turc qui les entraîna dans des guerres de tranchées qui durèrent plus de huit mois. Plus de 8 000 australiens y laissèrent leurs vies. Aujourd'hui, une fête nationale connue comme "Anzac Day" est célébrée le 25e jour du mois d'avril en Australie. En 1981, le cinéaste Peter Weir décida de faire un film sur cette page d'histoire si importante au peuple australien. Intitulé "Gallipoli", son film épique devint rapidement un classique dans son pays et révéla ce cinéaste d'exception à la face de la planète.
"Gallipoli" est une œuvre en deux actes. La première portion du film nous présente deux jeunes athlètes australiens qui s'adonnent à l'athlétisme. Il y a le jeune et innocent Archie (Mark Lee) qui coure aussi vite qu'un léopard et qui ne cesse d'accumuler les victoires lors des compétitions de sprint. Puis il y a Frank (Mel Gibson), rapide sprinter qui est beaucoup plus cynique face à la vie. Lors d'une rencontre sportive régionale, Archie vaincra Frank dans quelques épreuves gagnant par le fait même son respect. Alors que les campagnes de recrutements vont bons train pour rejoindre les rangs de l'armée, le jeune Archie ne rêve que de s'enrôler alors que Frank, qui n'a pas la graine patriotique, ne voit pas ça d'un très bon œil. Après quelques péripéties entourant leur adhésion dans l'armée, les deux amis s'embarqueront pour Gallipoli. C'est là que commence le second acte, où le désespoir côtoie le courage et dans lequel un seul coup de sifflet suffit à faire basculer des centaines de vies.
Ce film anti guerre brille par sa cinématographie (Russell Boyd) à couper le souffle et par son script vraisemblable (David Williamson) où l'amitié, le courage et le patriotisme sont tour à tour exposés d'une magnifique façon. Comme si ce n'était pas assez, la trame musicale faite en partie par Brian May et rehaussée entre autre par l'"Adagio" en G mineur d'Albinoni et par la pièce "Oxygène" de Jean-Michel Jarre vient cimenter tous les éléments ensembles pour donner une œuvre dense et accessible devant laquelle on reste pantois d'admiration. Mel Gibson profita de ce film pour se défaire de l'image de Mad Max et démontrer le grand talent qui l'habite. Ce crescendo cinématographique atteint son point culminant alors qu'une finale grandiose vous fera dresser sur votre chaise de colère et d'indignation face au commandement militaire.
Les transferts vidéo et audio sont les mêmes que ceux de la réédition de la première édition parue en 2004. (La première édition parue en 1999 offrait une image "letterbox" alors que la réédition offrait une version panoramique anamorphique). La section des suppléments et la construction du menu sont les seuls aspects qui diffèrent. L'image est très acceptable et propose une texture légèrement granuleuse. Les couleurs possèdent un léger fini délavé donnant un aspect vieillot qui va bien au film. Le tintamarre de la guerre est surtout projeté vers les canaux avant. D'ailleurs, il y a bien peu de différence entre la piste sonore Dolby Digital 5.1 et celle qui est stéréo. Les dialogues sont précis et l'impressionnant support musical s'intègre merveilleusement bien à la trame sonore.
Un menu très agréable à l'œil montre le chemin parcouru par les forces Anzac sur une carte géographique alors que des segments vidéo du film sont projetés. La section des suppléments comporte un documentaire intitulé "Entrenched - The Making of Gallipoli" lequel se subdivise en six sections. "The Call to Adventure" nous explique comment l'Australie en est venue à s'embarquer dans l'aventure de la WWI. "Touching History" parle de la grande influence qu'a eue Path of Glory pour Peter Weir et du choc qu'il reçut quand il visita la péninsule de Gallipoli. "The Theatre of War" parle de l'éternel problème de financement que connut Peter Weir pour faire le film et des péripéties de casting. "Into the Trenches" nous informe des défis entourant le tournage du film. "Moments in Time" dissèque certains moments forts du film alors que "Reflexions" nous parle de l'immense succès qu'a eu le film auprès du peuple australien. Toutes ces sections offrent un habile mélange d'entrevues faites par les principaux artisans du film y compris Mel Gibson avec de nombreux segments vidéo du film. Les cinéphiles qui ont adoré ce film seront heureux de trouver un tel documentaire qui se veut extrêmement enrichissant, divertissant et intelligent. La bande-annonce du film ainsi que quelques autres bandes promotionnelles complètent le tout. L'ancienne édition comprenait une petite entrevue de sept minutes de peu d'intérêt faite avec le réalisateur Peter Weir, document qui a été remplacé par le monumental documentaire dont je viens de vous faire l'éloge.
"Gallipoli" confirma Peter Weir comme le chef de file du nouveau cinéma australien. Ce film fut en nomination pour douze récompenses lors de la cérémonie des "Australian Film Award" en 1981 et il en récolta l'impressionnant nombre de huit. Ce drame épique construit autour de l'effort de guerre australien et néo-zélandais pendant la Première Guerre mondiale a été perçu comme un héritage que léguait le réalisateur au peuple australien. Pour les gens qui possèdent l'édition antérieure anamorphique, je ne vous recommande pas de vous procurer cette nouvelle mouture qui offre les mêmes transferts vidéo et audio, mais pour ceux qui ont en main l'édition originale ou qui n'ont toujours pas ce film dans leur vidéothèque, le moment est propice pour vous le procurer.
| Film | 9 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |