En 1982, le cinéaste Richard Attenborough a réalisé le très long film "Gandhi" qui a réussi à fracasser le box-office tout en rapportant huit Oscars. Vingt-cinq années plus tard, une version aux nombreux suppléments faramineux voit le jour. Ça serait vraiment injuste de s'en passer.
Comme son nom l'indique, cette œuvre s'intéresse à la vie tumultueuse de Mahatma Gandhi (Ben Kingsley), disciple de la non-violence. De son assassinat en 1948, la chronologie retourne dans le temps pour présenter ses faits et gestes les plus importants. Pendant près de 191 minutes, l'existence de cet homme plus grand que nature est dévoilée, présentant au passage un pan important de l'histoire de la Grande-Bretagne et de l'indépendance de l'Inde. La violence et les alliances politiques pouvaient embrouiller le destin d'une nation, mais les mots et les actions d'un chef spirituel ont réussi à soulever et à inspirer des millions d'hommes et de femmes.
Cet opus de plus de trois heures aurait pu être ampoulé et redondant. Heureusement, il ne l'est jamais. Malgré sa durée, le rythme est incroyablement rapide, accumulant les dates et les exemples de courage. Un peu comme le brillant JFK, l'efficacité du montage tient en haleine sans toutefois fatiguer le spectateur. Et contrairement à l'essai d'Oliver Stone, les théories incendiaires ne sont pas de mise. Conscient que les critiques allaient l'attendre avec une brique et un fanal pour sa nationalité britannique, Richard Attenborough n'a pas pris de chance. Il a recréé les évènements connus avec beaucoup de tonus, arpentant allègrement les biographies et les manuels d'histoire sans trop sombrer dans les anecdotes. Sa mise en scène est sans doute un peu trop académique et classique, sauf que la classe de l'ensemble est indéniable. La prestance exemplaire et mémorable de Ben Kingsley amène beaucoup à la réussite. Pour ce rôle gigantesque, l'acteur a été récompensé de l'Oscar du meilleur acteur et ce n'est pas un hasard. Il séduit par ses mimiques, sa constance, sa prestance et son humour. Il sait être fébrile pour ensuite amener une part de fermeté à son jeu. C'est son Gandhi qui marque les esprits.
Cette production à grand déploiement a bénéficié d'un budget conséquent lui permettant des explosions de décors variés et de séquences onéreuses. À cet effet, les images demeurent belles sans atteindre la perfection. Le ton réaliste est adopté... mais il y a aussi des segments plus flous ornés de taches noires et un léger blocage qui peuvent apparaître. Les couleurs, plus que correctes, décrivent aisément un milieu donné, alors que l'utilisation des contrastes surprend par sa profondeur. Des séquences sombres primordiales sont toujours riches et sans défaut, alors que des instants plus blancs suivent sans déroger à la qualité finale. Les dialogues, essentiels à l'exercice, demeurent audibles. Les accents pourraient en amener certains à utiliser les très beaux sous-titres jaunes en option. La musique, porteuse des émotions, est suffisamment subtile pour ne pas prendre le dessus et il y a une honnête piste sonore anglophone en Dolby Digital 5.1 qui laisse échapper les sons des trains, des oiseaux, des applaudissements, de la pluie, des chants et des prières. La pochette est pourtant incomplète. Il y a bien une piste sonore en Dolby Digital 2.0 en espagnol et en portugais, mais il y en a également une en français! Et les sous-titres ne se limitent pas seulement à l'anglais, à l'espagnol, au portugais et au coréen. La langue de Molière est également représentée. Deux oublis majeurs qui laissent songeur...
La pochette sobre et la jolie jaquette de carton sont dans le ton. Elles montrent Ben Kingsley, tête baissée, avec une horde de gens derrière lui. En insérant le DVD, des scènes rapides se succèdent, jusqu'à un menu principal statique à l'effigie de Gandhi. Une musique solennelle berce la navigation. Le premier disque donne accès au long-métrage (qui comporte une intermission), mais également à une introduction un peu trop appuyée de son cinéaste. Il y a également une piste de commentaires vivante et fascinante du réalisateur de Cry Freedom. Avec son ton si unique, il lève le voile sur des détails, racontant comment il a construit des scènes tout en mentionnant ce qui l'a inspiré.
La vraie bagatelle de suppléments se retrouve sur le second disque. Dans le désordre, il y a deux galeries de photos évocatrices, la bande-annonce originale et un site électronique qui permet d'en savoir davantage. Il y a surtout une échelle chronologique qui permet de mettre les évènements en perspective. En navigant sur une carte de l'Inde, il est possible d'en apprendre beaucoup sur l'histoire et le milieu. Trois entrevues sont également disponibles. Ben Kingsley discute de son processus de sélection et de la façon dont il a abordé le rôle. Le réalisateur rappelle comment il a déterminé le reste de sa distribution en mentionnant tous les éléments à respecter. Ce même cinéaste traite des choix musicaux qui pouvaient faire toute la différence. Tout cela est bien beau, mais il y a tellement plus. Pourquoi ne pas rajouter neuf longs documentaires sur le tournage qui dépassent largement une heure? Des archives montrent des discours de Gandhi, plusieurs de ses écrits se retrouvent en musique, la scène des funérailles est décortiquée, le périple parfois ardu en Inde est abordé, tout comme les réflexions de l'équipe technique sur le choix de Kingsley (le nom d'Alec Guiness avait préalablement été mentionné) et sur les quelques rôles féminins. Les artisans se rappellent le tournage sur "Looking Back", Attenborough explique ses nombreuses recherches sur le personnage et les gens qui ont travaillé sur les costumes traitent du souci des détails qui était immense.
"Gandhi" est une odyssée extraordinaire d'une vie qui l'était tout autant. C'est surtout pour le vénérable Richard Attenborough son effort le plus convaincant en carrière, ce qui lui a permis de décrocher les Oscars du meilleur film et du meilleur réalisateur. Même si ce Sir a offert l'horrible In Love and War en 1996, il sera éternellement associé à son œuvre phare de 1982. Un constat qui se répète pour le toujours excellent Ben Kingsley. Surtout que le DVD, riche et complet, ne peut qu'assouvir l'admirateur tout en apprenant des informations au néophyte. Enfin une nouvelle édition qui est vraiment nécessaire.
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 10 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |