Téléfilm qui a remporté son lot d'Emmy et de Golden Globe en 1997 et en 1998, "George Wallace" est édité en format DVD pour profiter de l'élection récente de Barack Obama et pour rappeler que l'histoire récente des États-Unis a souvent été teintée d'injustice et de racisme.
La vie et la carrière politique de George Wallace (Gary Sinise), le controversé gouverneur de l'Alabama qui a été populaire pour ses prises de positions contre les afro-américains. De ses débuts en 1955 en compagnie de sa douce femme (Mare Winningham) à l'attentat qui l'a paralysé en 1972, privant peut-être du même coup les États-Unis d'un prochain président, jusqu'à sa réhabilitation sommaire, son désir de changer son image et de réparer les erreurs du passé.
Trois heures. C'est la durée de ce colossal ouvrage fabriqué pour la télévision il y a de cela plus d'une décennie. L'objet rappelle le mésestimé Nixon d'Oliver Stone. Les scénaristes tentent de lever le voile sur la figure largement décriée de George Wallace en multipliant les ellipses chronologiques et en se tenant bien de prendre position. Le politicien est décrié comme un simple homme avec ses qualités, ses défauts et sa propension à écouter les mauvaises langues. Celles qui lui ouvrent la porte de la popularité en divisant et en alimentant un climat de haine et de division.
Le résultat n'est toutefois pas à la hauteur de la biographie romancée du créateur de JFK. Malgré quelques bons dialogues et de la tension qui apparaît à des endroits insoupçonnés, le récit verbeux traîne en longueur. L'ensemble manque parfois d'impact, de sensibilité et d'émotion. La démonstration s'opère sans aucune surprise au fil d'un montage qui aurait bénéficié d'être resserré. Pourtant, c'est nul autre que l'influent John Frankenheimer qui se trouve derrière la caméra. Fidèle à son style précis, le metteur en scène du classique The Manchurian Candidate (la version de 1962 et non son tiède remake) reste collé aux faits et aux évènements en désirant parfois plaire à tout le monde, et principalement aux cérémonies de prix.
Son choix de confier le rôle titre à Gary Sinise, un acteur chevronné qu'il allait diriger quelques années plus tard dans son décevant The Reindeer Games, s'avère cependant sa plus belle réussite. Le comédien est criant de vérité et il n'appuie jamais trop son jeu. Il EST George Wallace, jusque dans sa façon de mâcher ses mots et de recourber l'échine. Sa performance est tellement truculente que Mare Winningham fait rarement le poids en épouse de plus en plus délaissée. La jolie distribution propre également une surprise de taille. La nouvelle copine du gouverneur est incarnée par Angelina Jolie alors inconnue qui livre une agréable prestation.
La mise en scène élaborée a recourt à un très joli noir et blanc et à une utilisation astucieuse de différentes archives. Cela donne un peu d'impact à une image parfois sombre dotée de grain et de couleurs peu éclatantes. La musique patriotique et dramatique tend à exacerber inutilement le propos. La piste sonore anglophone est d'honnête facture, utilisant les multiples haut-parleurs pour faire ressortir des sirènes de police, des sonnettes de portes et des applaudissements d'une foule en délire, tout cela sans jamais entraver les dialogues. Les sous-titres blancs très visibles n'offrent pas nécessairement les choix escomptés. Il y a de l'anglais (ce qui est normal), mais au lieu de l'espagnol et du français, il faudra se contenter du portugais et du thaïlandais!
La banale pochette sépare l'image en carreaux, jetant ses projecteurs sur les visages de Sinise, de Jolie et de moments importants de l'intrigue. Le menu principal du DVD s'avère encore moins inspiré. Le protagoniste se tient devant un fond rouge inanimé et une mélodie solennelle. Difficile d'être plus statique. Le boîtier annonçant une édition spéciale de deux disques ne comporte presque pas de suppléments. En fait, il faudra changer de DVD pour avoir accès à la fin du long-métrage! Après 185 minutes de discours parfois animés, les bonus proposent un simple documentaire de 21 minutes. Celui-ci permet à Sinise de parler de son personnage et de sa collaboration avec John Frankenheimer. La femme de ce dernier est de la partie pour montrer l'engagement de son mari pour le film. Ce segment, aussi intéressant soit-il, s'avère un peu superficiel, surtout à côté d'une production qui proposait de nombreux points de discussion.
"George Wallace" est un honnête portrait d'une figure contestée des États-Unis: celle évoquant le racisme et la peur de la différence. Même si le traitement est beaucoup trop long, verbeux et fastueux par endroits, cela n'enlève en rien le brio de Gary Sinise qui arrive presque à faire aimer un homme aux idées ancrées dans les traditions heureusement désuètes. Voilà un acteur talentueux qui mérite d'autres projets à sa hauteur.
| Film | 6 |
| Présentation | 3 |
| Suppléments | 2 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 7 |