Godfather Trilogy
The Coppola Restoration
Paramount Home Entertainment

Réalisateur: Francis Ford Coppola
Année: 1972 / 1974 / 1990
Classification: 18A / 14A / 14A
Durée: 177 / 202 / 170 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, Mono, Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 5 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Martin Gignac
22 octobre 2008

Hormis Citizen Kane, aucun film américain ne peut se vanter d'avoir le même aura et le même prestige que "The Godfather" qui est sorti en 1972. Le passage du temps et deux suites de qualité très inégales n'ont fait que renforcer la légende et le prestige de cette œuvre culte qui continue à fasciner une horde de cinéphiles. Quelques années après la sortie d'un populaire premier coffret, voilà qu'une seconde édition coiffée du nom "The Coppola Restoration" voit le jour avec une image améliorée, un son plus développée et quelques nouveaux suppléments.

À la fin des années 1940 à New York, Vito Corleone (Marlon Brando) est presque un Dieu, le parrain le plus respecté de la ville. En compagnie de ses hommes de main, il assure la protection de la population. S'il peut notamment compter sur ses fils Sonny (James Caan), Michael (Al Pacino) et le fidèle Tom (Robert Duvall), la compétition est forte et les gens se bousculent pour obtenir son marché. Très souvent, le pouvoir et la famille ne font pas bon ménage, et c'est dans la violence que se régleront les intempéries. "The Godfather" n'est pas une histoire qui se raconte, c'est plutôt un récit qui se vit. Ce premier volet, plus classique et traditionnelle dans son approche, est la parfaite description d'un clan qui traverse vent et marrée pour toucher le bonheur, avant qu'une tempête vienne tout balayer sur son passage. Par ses nombreux Oscars, l'œuvre a fait revivre la carrière du tourmenté Marlon Brando, tout en rendant célèbre Al Pacino et le réalisateur Francis Ford Coppola. Ce dernier, qui a brillamment transposé les écrits de Mario Puzo, recrée dans les moindres détails les soubresauts de communautés italiennes en prenant bien soin de dessiner parfaitement les desseins de ses personnages. Un titre phare qui n'a pratiquement aucun équivalent...

... si ce n'est peut-être le deuxième tome (présenté en 1974), plus difficile à suivre, moins immédiat et en constante rupture chronologique. La trame narrative s'intéresse cette fois aux premiers pas criminels d'un jeune Vito (Robert De Niro) tout en continuant de suivre l'ascension du paranoïaque Michael (Al Pacino), dont le mariage commence sérieusement à battre de l'aile. Ces destins, qui forment une symbiose totale par un montage expert, représentent les côtés sombres du rêve américain, la désillusion après tant de sacrifices. En ralentissant son rythme, en créant des parallèles et des séquences qui se répondent, le père de The Conversation offre peut-être bien son meilleur effort en carrière. La grande noirceur n'est jamais très loin, tout comme l'émotion qui noue régulièrement la gorge. À près de 3h30, il s'agit de l'ouvrage le plus volumineux, mais il ne faut pas hésiter à se laisser immerger par ces conflits moraux qui prennent parfois des proportions shakespeariennes.

Le dernier volume, qui a pris l'affiche en 1990, est pratiquement une copie carbone du premier film, avec une progression dramatique similaire et la fermeture attendue d'un mythe à la dérive. C'est également, et de loin, le long-métrage le plus faible de la saga. Parrain prestigieux qui ne s'en laisse pas imposer, Michael (Pacino) a maille à partir avec Vincent (Andy Garcia), un neveu fougueux rapide sur la gâchette, et avec Zaza (Joe Mantegna), un ancien allié à la loyauté bien éphémère. Entre les traditionnelles réceptions et séances de carnage, il y aura un long détour en Italie où des alliances et des trahisons se tiendront. Sans surprise, mais avec beaucoup de talent, le créateur dApocalypse Now se plaît à filmer un faste milieu en s'intéressant aux conséquences de la violence chez les enfants. Bien pâle à côté de ses prédécesseurs, cette troisième aventure souffre d'une interprétation inégale, où la belle gueule de Garcia ne sied pas nécessairement à l'entreprise et où le talent d'actrice très limité de Sofia Coppola mine cette histoire d'amour des plus romancées.

L'image n'aura jamais été aussi jolie. Les couleurs sont rehaussées (l'orangé y prédomine), les teintes demeurent fidèles et il faut louanger cette nouvelle restauration qui améliore conséquemment le résultat final, rendant la superbe photographie et les beaux paysages encore plus éclatants que jamais. Le tout sert parfaitement aux contrastes. Le jeu sur les noirs et l'obscurité est de tous les instants, rendant très homogène ce qui aurait pu facilement se perdre dans la pénombre. Le grain, tout de même présent, se fait sans cesse éclipser par l'incroyable définition des contours.

Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 sont présentées en français et en anglais. Subtilement, les enceintes sont prises d'assaut par des éléments musicaux, des instruments divers, des bribes de voix et des balles qui font sursauter. L'élégante musique de Nino Rota et de Carmine Coppola s'inscrivent parmi les thèmes les plus légendaires du septième art, des mélodies d'atmosphère qui accompagnent fidèlement le récit sans jamais prendre le dessus sur les dialogues, toujours claires et audibles. Il y a même de très beaux sous-titres qui satisferont ceux et celles qui en ressentent le besoin.

Ces pièces d'orfèvres sont présentées dans un élégant coffret noir avec une tache de sang rouge et une signature du metteur en scène. Les boîtiers en plastiques des différents opus résument l'histoire tout en vulgarisant les bonus. Les menus principaux des DVD s'ouvrent sur une musique grave, presque solennelle. Il y a ensuite un plan fixe d'une importante scène. La simplicité est donc de mise, ce qui est normal pour un classique indémodable qui ne finit plus de passionner.

Chacun des trois films est coiffé d'une excellente piste de commentaires de Coppola qui parle pratiquement du début à la fin. Voilà de la salive qui n'est pas dépensée en rien, car elle offre le point de vue d'un important créateur sur un opus qui a marqué son art. Les autres suppléments se retrouvent sur les quatrième et cinquième disques. Il y a cependant une erreur d'impression. Les descriptions qui se retrouvent au dos du boîtier de bonus sont inversées. Ainsi, c'est le quatrième disque totalisant 87 minutes qui offrent du nouveau matériel, alors que le cinquième DVD reprend plutôt le contenu déjà inséré dans le coffret qui est sorti en 2001.

Au niveau de l'inédit, le quatrième disque comporte un intéressant segment où des réalisateurs et des comédiens discutent de l'influence indélébile de l'œuvre sur la culture populaire, allant des Sopranos aux Simpsons. Il y a ensuite une demi-heure d'informations expliquant les problèmes de Coppola avec le studio Paramount qui cherchait ardemment à le remplacer par un cinéaste de second ordre. Fascinant. Deux autres documents abordent l'importance du montage (c'est ce qui a pratiquement sauvé le deuxième film) et les soins apportés à la restauration du négatif qui s'était abîmé avec le temps. Le tout se termine avec une récente séance de tapis rouge où des comédiens des nouvelles générations traitent de leur amour envers ce chef-d'œuvre, ainsi qu'une série de quatre courts-métrages inégaux entourant certains mythes qui monopolisent toujours l'attention (par exemple lequel des deux premiers longs-métrages est le meilleur).

Pour sa part, le cinquième DVD est riche en détails que les cinéphiles connaissent déjà. Un énorme documentaire de plus d'une heure permet à Coppola, Puzo et à plusieurs comédiens de discuter du tournage et de l'époque, revenant sur les thèmes traités et la manière d'être le plus crédible possible. Il y a ensuite une visite des lieux de tournage, une exploration du journal de bord du cinéaste, quelques entrevues avec les compositeurs de la trame sonore, des explications sur les changements entre la version définitive et le livre original, une courte plongée auprès du directeur de la photographie, des comparaisons entre les images et les croquis, des archive datant du début des années 1970, des biographies (qui sont malheureusement difficiles à déchiffrer) des principaux artisans, 44 scènes additionnelles par toujours nécessaires, l'arbre chronologique de la famille Corleone, des bandes-annonces, de multiples photographies et même un montage présentant les Oscars remportés! De quoi rester occupé pendant toute la journée.

Il est présentement impossible de trouver une meilleure édition que "The Godfather: The Coppola Restoration". Les deux premiers films sont essentiels à toutes les collections et ils sont finalement présentés dans une version où l'image et le son ont été restaurés, ce qui ne fait qu'améliorer la satisfaction totale qui est déjà si grande, surtout en contact de ces nombreux bonus fascinants. Même les personnes qui possèdent la précédente version voudront jeter un coup d'œil, car les modifications ne sont pas négligeables. Voilà le nirvana pour n'importe quel cinéphile et le cadeau de Noël par excellence en cette année 2008.


Cotes

Film10/10/7
Présentation8
Suppléments10
Vidéo9
Audio8