Après son touchant Man Push Cart et son fabuleux Chop Shop, le cinéaste Ramin Bahrani continue de traiter du sens de la vie en donnant de grands rôles à ses acteurs. "Goodbye Solo" ne le fera peut-être pas connaître du grand public, mais quelle œuvre sensible et émouvante!
Solo (Souléymane Sy Savané) est un chauffeur qui étudie afin de trouver un meilleur emploi pour sa famille. Un soir, il accueille dans son taxi William (Red West) qui projette bientôt visiter une montagne et ne plus jamais en redescendre. Désirant lui faire abandonner cette idée de suicide, Solo cherche ardemment à s'immiscer dans l'intimité du vieil homme. Une drôle d'amitié naîtra au fil des rencontres entre ces deux destins à la croisée des chemins.
Ce drame réalisé avec un budget modeste n'a rien à voir avec les superficiels Suzie et Collateral. Il s'agit plutôt d'une éloquente exploration d'individus déchirés, ce qui permet d'en dire beaucoup sur leur milieu de vie. Il est question de pauvreté et de racisme, de la nécessité d'être présent pour la famille et de subvenir à leurs besoins. Au fil des nombreux dialogues - dont le tout débute magnifiquement avec un exquis plan-séquence - apparaît ce rêve américain en filigrane, des désirs relégués aux oubliettes face à la difficile réalité. Pour s'en sortir, il faudra faire des choix et les assumer, ce qui ne sera pas toujours évident.
La mise en scène de Bahrani rappelle cette liberté que procure la nuit. Que les personnages soient arrêtés ou en mouvements, ils stagnent, rappelant comment l'évolution est de plus en plus difficile à obtenir. Le récit est vécu par les yeux de Solo, dont Souléymane Sy Savané offre une prestation d'une belle intensité, véhiculant aisément de la joie, de l'émotion et des frissons. À ses côtés se trouve Red West qui campe le parfait ours mal léché, et une multitude de comédiens non professionnels toujours justes.
La superbe photographie exploite convenablement cette lumière nocturne (qui est accompagnée de solides contrastes) et ces très beaux paysages, dont la séquence finale donne instantanément le goût de voyager. Les images sont dotées de couleurs précises, mais également d'un peu de grain, ce qui donne une impression un peu rugueuse. La musique variée, entre country, hip-hop, airs africains, latinos et jamaïcains, se veut généralement descriptive. Les pistes sonores anglophones sont concentrées à l'avant (sauf pour des bruits de sonneries téléphoniques et le souffle du vent à la fin), sur les dialogues. Ces derniers s'échappent de voix possédant parfois de forts accents, alors cela peut être une bonne idée d'insérer de très visibles sous-titres jaunes en anglais ou en espagnol.
L'agréable pochette montre deux personnages, la tête dans les nuages avec le soleil en arrière-plan. Le menu principal du DVD s'approprie cette idée en y superposant une mélodie douce et intrigante. Outre la bande-annonce originale et quelques publicités, les suppléments proposent une captivante piste de commentaires. Le cinéaste et co-scénariste Ramin Bahrani et le directeur de la photographie Michael Simmonds discutent de l'ouvrage, des thèmes, du choix des protagonistes et des lieux du tournage, à la fois avec humour et sérieux, en ne lésinant pas sur les détails en place.
"Goodbye Solo" est une nouvelle démonstration du talent du réalisateur qui, après trois projets de qualité supérieure, est prêt pour la gloire et la renommée. En attendant, il a pondu une étonnante histoire d'amitié, traitant de sujets douloureux et universels sans chuter dans le pathos, faisant découvrir des acteurs talentueux d'un naturel confondant.
| Film | 7 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 6 |