Goya's Ghosts
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Milos Forman
Année: 2006
Classification: 14A
Durée: 114 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
23 février 2008

Le cinéaste Milos Forman adore réaliser des biographies romancées. Son meilleur film à ce jour, Amadeus, suivait magistralement cette voie en y superposant un rythme enviable, un scénario fascinant, des interprètes extraordinaires et des répliques vivantes. Monsieur One Flew Over the Cuckoo's Nest cherche à recréer cette magie si unique par l'entremise de "Goya's Ghosts".

En s'intéressant au destin du peintre Goya (Stellan Skarsgard), le créateur de l'excellente adaptation cinématographique de "Hair" (mettre un lien vers mon texte) se permet de jeter un regard sur l'Espagne du 18e siècle, entre tensions, hérésie, quêtes de pouvoir et rôle insidieux de la religion. À un tel point que l'histoire y est un peu accessoire. En effet, la tragédie entourant la manipulation totale et irrévocable de la martyre Inés (Natalie Portman) par le Frère Lorenzo (Javier Bardem) est loin d'être le nœud du récit. Il s'agit d'évènements déclencheurs, des éléments introducteurs qui amènent les personnages à se dévoiler et à s'affirmer. Mais par la suite, le sort de l'Histoire annule les enjeux et la prémisse préfère suivre ces régimes turbulents plutôt que de revenir à ses bons et à ses méchants.

"Goya's Ghosts" est donc tiraillé entre deux rives et très souvent, il n'arrive pas à s'en sortir indemne. D'un côté, il y a les intempéries personnelles de la sphère privée. Une Inés en deux dimensions campée par une Natalie Portman qui joue parfois trop. Un personnage qui souffre sans retenue, comme ces mélos si populaires dans les années 1940. Face à elle, il y a un Javier Bardem presque aussi terrifiant que dans l'excellent No Country for Old Men. Il est à la fois angélique et démoniaque, habité d'une puissante rébellion face au régime en place. Son interprétation, pas toujours nuancée, offre toutefois les meilleures scènes au film. Ironiquement, malgré le titre du long-métrage, Goya n'y joue qu'un rôle très secondaire et Stellan Skarsgard s'acquitte de la tâche avec succès.

Ces touches intimes et plus introspectives rencontrent toutefois une masse d'air froide, une sphère publique mélangeant histoire et politique. Pour la reconstitution d'époque, de combats multiples, de l'entrée des foules et bien plus encore, il faut souvent un budget conséquent. Cet élément est loin d'être présent ici. À un tel point que la réalisation de Forman sent souvent le téléfilm à plein nez, avec ces gros plans pour cacher l'absence de moyens et ces climats ombrageux pour voiler la vue. Bien entendu, l'œuvre n'a pas besoin de grosses dépenses pour toucher les esprits et l'opus le fait par moments, mais jamais assez longtemps pour rester accroché jusqu'à la fin. Entre les nombreux symboles, sous-entendus et clins d'oeils contemporains, il manque une ligne directrice pour sortir le canevas de son marasme, pour éviter qu'il soit trop conventionnel et académique.

Cela n'empêche pas les décors d'être généralement dans le ton. La photographie un peu poussiéreuse multiplie les couleurs sombres (surtout le noir et le brun), mais cela ne se fait jamais au détriment des belles images et des contrastes plus que précis. En introduction, il y a même de splendides dessins imprimés. Les pistes sonores anglophones et francophones en Dolby Digital 5.1 sont à la hauteur. Pendant que les haut-parleurs diffusent quelques soubresauts de mélodies, de chants d'oiseaux et d'explosions soudaines, les voix demeurent parfaitement calibrées et de superbes sous-titres jaunes sont de la partie en cas de besoin. La musique, d'un classicisme assumé, sait être à la fois impériale et très dramatique, n'hésitant pas à verser dans les extrêmes pour rendre les sentiments les plus évidents possible.

Cette technique très solide est un peu gâchée par une pochette plus qu'ordinaire. Montrer le visage des deux principaux protagonistes et d'une armée en révolte n'est guère édifiant, surtout que le menu principal du DVD reprend exactement la même pose. Étrangement, il n'y a ni mouvement ni mélodie pour agrémenter la navigation. Les bonus sont tout aussi désolants. Il y a 13 bandes-annonces de futures productions de Sony Pictures (une marque de commerce qui est toujours appréciée) et un documentaire où le réalisateur, les producteurs et les acteurs discutent du film, revenant sur l'époque et le contexte. Voilà un segment qui aurait pu être fascinant. Sauf qu'il ne s'échelonne que sur deux petites minutes! L'information détaillée y est donc pratiquement inexistante.

"Goya's Ghosts" ne doit surtout pas être mélangé avec toutes ces biographies romancées qui sont sorties presque au même moment, Klimt et Copying Beethoven en tête. L'œuvre de l'homme et de l'artiste n'y est presque jamais explorée. C'est plutôt l'époque qui est scrutée à la lettre. Une idée ingénieuse qui ne bénéficie pas toujours des moyens financiers nécessaires. Au lieu d'un nouvel Amadeus, Milos Forman doit se contenter d'un sous-produit généralement intéressant, mais rarement pleinement satisfaisant.


Cotes

Film6
Présentation3
Suppléments1
Vidéo7
Audio7