The Graduate
40th Anniversary Edition
MGM Home Entertainment

Réalisateur: Mikes Nichols
Année: 1967
Classification: 14A
Durée: 106 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DTS51, DD51, Mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
29 septembre 2007

"The Graduate" trône en septième position du palmarès des 100 meilleurs films américains de l'AFI (American Film Institute). Je ne suis pas a priori un grand fan de ces "listes des meilleurs", invariablement dominées par Citizen Kane, Casablanca, The Godfather, Gone With the Wind et Lawrence of Arabia, mais dans ce cas-ci, il est important de noter la présence de cette comédie (genre que les critiques ont plutôt tendance à bouder) parmi ces grands classiques. Le film a lancé les carrières de Dustin Hoffman, du réalisateur Mike Nichols et du scénariste Buck Henry, et a obtenu sept nominations aux Oscars (Nichols se voyant décerner celui du meilleur réalisateur), mais il en faut beaucoup plus pour qu'un film puisse passer l'épreuve du temps et arriver à se bâtir une telle réputation. Alors, pourquoi "The Graduate" est-il un grand film?

Benjamin Braddock (Dustin Hoffman) a 21 ans et vient de terminer ses études universitaires. Pour célébrer l'occasion et son retour à la maison, ses parents invitent leurs amis de la haute société et organisent une fête en son honneur. Mais Ben a la tête ailleurs. Confus, il se questionne sur son avenir et se sent emprisonné par les valeurs matérialistes véhiculées par la société. Sentant son désarroi, Mme Robinson (Anne Bancroft), la femme du partenaire d'affaires de son père, entreprend de le séduire et de lui faire perdre son innocence. Mais les choses se compliquent pour Ben quand il s'éprend d'Elaine (Katharine Ross), la fille de Mme Robinson.

"The Graduate" brosse un brillant portrait du doute, de l'aliénation, du désenchantement, des pressions et des attentes qui assaillent un jeune homme fraîchement sorti de l'université. Alors que le roman de Charles Webb dépeignait Ben comme étant l'archétype du beau gosse blond californien, on ne pourrait aujourd'hui imaginer un autre acteur que Dustin Hoffman dans ce rôle. Anne Bancroft est tout aussi percutante dans la peau de Mme Robinson et les deux protagonistes nous offrent plusieurs moments d'anthologie, comme cette scène chargée de tension sexuelle où l'espace sous la jambe repliée de Mme Robinson encadre Ben en arrière-plan qui balbutiera: "Mrs Robinson, are you trying to seduce me?". Les dialogues sont drôles et incisifs, et la réalisation de Mike Nichols atteint un parfait équilibre entre le traditionnel et l'innovateur. La caméra est souvent tenue à distance des protagonistes et permet au spectateur de s'imbiber de l'univers qui entoure Ben, mais elle s'approche de lui et le montage devient plus frénétique (voir la scène d'ouverture) pour souligner son isolement et le tourbillon d'émotions qui le rongent. Certaines scènes paraissent carrément étranges, comme celle où Ben, vêtu d'un équipement de plongée sous-marine, se retrouve seul au fond de la piscine. Mais malgré un mélange parfois peu orthodoxe de styles, "The Graduate" possède un rythme qui lui sied parfaitement et que bien peu de comédies ont réussi à imiter par la suite. Pas étonnant que l'influence du film se fasse sentir chez Wes Anderson par exemple, puisque certains éléments font tout de suite penser à Rushmore.

Cette édition 40e anniversaire nous arrive sept ans après l'édition originale. Elle nous propose un excellent transfert remastérisé et la pellicule est presque complètement exempte de taches et d'égratignures. L'image est claire, les couleurs sont vibrantes, et le niveau des contrastes et des détails est excellent. Aucune trace d'artefacts de compression ou d'accentuation des contours. De nouvelles pistes audio Dolby Digital 5.1 et DTS sont offertes, et bien que le film soit centré sur les dialogues, elles offrent un environnement sonore enveloppant et équilibré. L'excellente trame musicale composée de chansons de Simon et Garfunkel en bénéficie largement et les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. Pour les puristes, la piste originale mono est également incluse. Le boîtier est inséré dans une jaquette cartonnée et contient un encart de plusieurs pages (que l'on retrouvait également dans l'édition originale) avec des commentaires sur le film et des notes sur la production. Les menus, animés d'extraits du film et accompagnés de musique, sont de navigation aisée.

Les suppléments de la version précédente ayant été reportés sur celle-ci, on retrouve donc les deux revuettes "The Graduate at 25" et "One on One with Dustin Hoffman". De plus, on a droit à deux excellentes pistes audio de commentaires. La première, avec Dustin Hoffman et Katharine Ross, est plus conviviale et les deux acteurs y vont d'une multitude d'anecdotes intéressantes sur le tournage. Hoffman est le plus bavard des deux et semble doté d'une mémoire phénoménale, puisqu'il se remémore une foule de détails. Par exemple, le nombre d'effeuilleuses auxquelles on a dû faire appel pour obtenir les plans des seins nus (non, ce ne sont pas ceux de Mme Bancroft). La seconde, avec Mike Nichols et le réalisateur Steven Sodebergh, est presque une leçon de cinéma. Le second fait office d'intervieweur et amène Nichols à parler de sa carrière, des cinéastes qui l'ont influencé, des thèmes abordés, ainsi que des éléments techniques. Le dialogue entre les deux hommes est fascinant. Deux nouvelles revuettes sont également au programme. Dans "Students of The Graduate", des cinéastes contemporains (Harold Ramis, Marc Foster, etc.), des critiques et des historiens du cinéma, ainsi que le producteur Lawrence Turman et le scénariste Buck Henry, nous entretiennent de l'impact du film sur leur travail, de sa place dans l'histoire du cinéma et de plusieurs aspects du tournage. Le propos est aussi captivant qu'informatif. On retrouve plusieurs des mêmes intervenants sur "The Seduction", un segment qui s'attarde évidemment au processus de séduction et aux motivations des personnages.

Le second disque inclus dans cette édition (apparemment une offre limitée) est en fait un CD qui comporte quatre chansons de Simon et Garfunkel: "The Sound of Silence", "Mrs Robinson", "Scarborough Fair" et "April Come She Will". Cette musique est non seulement indissociable du film et de son caractère distinctif, mais il faut souligner que Mike Nichols a innové en étant l'un des premiers réalisateurs à utiliser une trame musicale composée exclusivement de musique populaire.

À la mort du président John F. Kennedy en 1963, l'Amérique a perdu son innocence. Assis inconfortablement entre les valeurs traditionnelles des années 1950 et la révolution sexe/drogues/rock'n'roll des années 1970, nos voisins du Sud se questionnaient sur leur avenir, tout comme Benjamin Braddock. "The Graduate", autant dans le fond que dans la forme, est le reflet d'une époque, un pont entre le passé et le futur, entre les traditions et la modernité. Voilà pourquoi cette comédie satirique est considérée comme un grand film, un incontournable.


Cotes

Film9
Présentation6
Suppléments9
Vidéo8
Audio8