Dr. Strangelove
Or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb

40th Anniversary Edition
Columbia TriStar Home Entertainment

Réalisateur: Stanley Kubrick
Année: 1963
Classification: PG
Durée: 95 minutes
Ratio: 1.66:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DTS51, DD51, Mono), Français (Mono)
Sous-titres: Anglais, Français, Chinois, Coréen, Thaïlandais
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 2 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon François Langevin
3 novembre 2004

L'appellation chef-d'œuvre est une apothéose qu'une infime poignée de films ont eu le privilège de se mériter dans l'histoire du cinéma. Pour décrocher pareil hommage, tout doit y être, il vous faut une histoire unique et originale, une adaptation caustique, un contexte économique, politique ou social propice au film, une distribution de première et un visionnaire à la direction du projet en lequel les producteurs donneront toute la latitude voulue pour qu'il puisse exprimer son génie artistique. En 1964, un pareil accomplissement se produisit quand le film intitulé "Dr. Strangelove or: How I learned to Stop Worrying and Love the Bomb" explosa littéralement au grand écran et confirma le génie du réalisateur Stanley Kubrick. Quelque 40 ans plus tard, ce chef-d'œuvre est toujours d'actualité et nous expose avec magnificence le machisme militaire dans toute sa virilité, et ce, à travers un habile mélange d'humour noir et de satire. Bref, un sujet main de fer enrobé d'une enveloppe gant de velours pour le délice du spectateur. Simplement grandiose!

Suite à un code rouge déclenché par le général Jack D. Ripper (Sterling Hayden), plusieurs bombardiers de type B-52 armés de bombes à hydrogène se dirigent vers la Russie dans le but de l'arroser d'un cocktail nucléaire qui la radiera de la planète. Mis au courant de l'opération, le président Merkin Muffley (Peter Sellers) réunira le haut commandement des forces américaines dans la chambre de guerre "War Room" pour gérer cette crise qui peut être fatale à la planète. Il demandera des explications au commandant Buck Turgidson (George C. Scott) dans le but de savoir comment pareille opération a pu être déclenchée sans son autorisation et de connaître les options qu'il lui reste. Pendant ce temps, le bras droit du général Ripper, Lionel Mandrake (Peter Sellers) tentera désespérément d'obtenir le code secret permettant de mettre fin à cette alerte en essayant de le raisonner. Le président informera son homologue russe de la situation et lui demandera de détruire les bombardiers au besoin. Endommagé par un missile lors d'une attaque russe, un des B-52 sous le commandement du major T.J. Kong (Slim Pickens) continuera son parcours apocalyptique et étant informé de ce fait et du fait que les Russes possèdent une arme appelée "Doom's Day Machine", il se tournera vers son conseiller scientifique, le docteur Strangelove (Peter Sellers) pour connaître le sort réservé au monde suite à un conflit nucléaire.

Stanley Kubrick réussit l'incroyable tour de force d'aborder un sujet aussi délicat (il faut se rappeler que le film fut fait en pleine guerre froide) de façon si habile en l'aspergeant d'humour à doses contrôlées. Pour arriver à pareil résultat ce perfectionniste obnubilé par la menace nucléaire à la fin des années 1950 se mit à lire abondamment sur le sujet et suite à la lecture du livre Red Alert de Peter George, il décida d'acquérir les droits d'auteur du livre et de demander à Terry Southern d'en faire une adaptation cinématographique. Il confia à Peter Sellers quatre des rôles principaux (il en fît finalement trois) lui donnant la pleine liberté de jongler avec le script au besoin. Ce film regorge de plusieurs moments forts où le propos corrosif et le message véhiculé sont une véritable gifle aux militaires et à certains égards aux politiciens de ce monde. À entendre le général Ripper reprendre une citation de Georges Clemenceau qui mentionnait que "... la guerre est une chose trop importante pour la confier aux généraux", de voir le major T.J. Kong chevaucher un phallus atomique pour le mener à l'orgasme nucléaire et de voir l'impuissant Dr Strangelove reprendre vie suite au sort atroce réservé aux hommes qui devront repopuler la planète en se voyant confier l'horrible mandat de féconder au moins dix femmes sélectionnées pour leurs attraits sexuels, il est évident qu'on est devant une œuvre unique, atypique qui dépasse presque l'entendement.

Le film est présenté dans un ratio 1.66:1, soit le compromis fait Stanley Kubrick lors de sa sortie originale en salles. Rappelons que Kubrick avait tourné son film avait à la fois en format 1.33:1, 1.66:1 et 1.85:1. (Le disque laser de ce film de la compagnie Criterion tient compte de cette subtilité) et étant donné que les conventions de l'époque ne permettaient pas une projection en plusieurs formats, Kubrick monta le film dans un ratio 1.66:1 cache, ce qui permettait de masquer une partie de la pellicule fait en 1.85:1 pour la ramener vers le ratio 1.66:1. Ceci dit, comment est-il ce transfert? Nous avons droit à un excellent transfert qui a été nettoyé de la très grande majorité de ses impuretés. Des noirs profonds et des blancs immaculés nous donnent une grande palette de tons de gris rendant hommage aux images aériennes et aux scènes d'intérieur spécialement celles de la chambre de guerre. Plusieurs trames sonores sont au rendez-vous, dont une trame DTS. Si l'appellation DTS est souvent synonyme d'une trame sonore dynamique et expressive, dans le cas présent cette trame est l'aboutissement d'un transfert fait à partir d'une trame mono et elle n'est pas plus probante que la trame Dolby Digital 5.1 et à peine plus que la trame mono. Les dialogues sont précis (sauf au moment où le major T.J.Kong en explorant sa trousse de survie imagine combien elle serait utile à Dallas. Le nom Dallas a dû être "dubbé" par Vegas, car au moment de la sortie du film, le président John F. Kennedy venait d'être assassiné) et facilement perceptibles et nous permettent d'apprécier le talent de Peter Sellers, l'homme aux mille voix. Les thèmes musicaux répétitifs s'intègrent habilement au film et au mixage sonore. Un splendide menu nous montrant la fameuse chambre de guerre et un président délibérant avec ses conseillers est accompagné d'une musique de circonstance et nous invite à amorcer ce film de belle manière. La navigation entre les différentes options est simple et l'option choisie est indiquée par une petite bombe.

Les suppléments occupent la totalité du deuxième disque de cette édition spéciale commémorant le 40e anniversaire de "Dr. Strangelove or: How I learned to Stop Worrying and Love the Bomb". Une section de documentaires renferme cinq revuettes et peut être visionnée en cascade. "No Fighting in The War Zone" ouvre le bal et nous informe de l'importance et de la pertinence de ce film dans le contexte politique de l'époque. Renforcé par les dires de Robert McNamara (Sécrétaire de la défense américaine à cette époque). On y traite également de l'approche préconisée par Kubrick qui avait décidé d'en faire une comédie. "Inside Dr. Strangelove" est certes le plus intéressant du groupe. On y explique comment ce projet est devenu un film et des efforts faits par Stanley Kubrick pour convaincre quelques acteurs d'y prendre part et de la façon particulière qu'il a maté Georges C. Scott. Certains collaborateurs de l'époque relatent certaines anecdotes dont certaines sont assez incroyables et on y relate une poursuite pour plagiat qu'intenta Kubrick à Sydney Lumet pour son film Fail-Safe, action qui lui permit de sortir son film avant celui de Lumet. On nous parle également de la scène finale qui a été retirée à la dernière minute, scène où l'on voit tous les membres de la chambre de guerre engagés dans un combat de tartes à la crème. Il est dommage que ce supplément n'ait pas été inclus comme scène retranchée. "Best Sellers" est un hommage fait à Peter Sellers et on couvre la carrière de ce grand du cinéma britannique qui avait un humour incisif et de qui Stanley Kubrick a dit qu'il était l'un des acteurs les plus challengeants qu'il a eu à diriger. "The Art of Stanley Kubrick" retrace le parcours de ce génie jusqu'au moment où le film fut tourné. Retraçant ses origines, sa passion pour la cinématographie, on y parle de ses courts métrages, de ses premiers longs métrages et de "Spartacus" véritable calvaire cinématographique qui a vu Stanley Kubrick le réalisateur et Kirk Douglas, le producteur argumenter sur la façon de faire un film. Suite à cet effort, Kubrick décida que s'il n'avait pas carte blanche pour faire un film, il n'en ferait plus. "An Interview with Robert McNamara" nous permet de mieux comprendre la tension politique entourant la guerre froide. En tout et partout, on en a pour plus de deux heures. Comme autres suppléments, on trouve un segment d'entrevues intitulé "Split Screen Interviews" où l'on y voit George C. Scott et Peter Sellers parlant au téléphone. La prestation de M. Sellers est de première et il donne tout un aperçu des différents accents que la langue de Shakespeare peut revêtir. "Filmographies" nous présente la biographie écrite des comédiens de ce film et du réalisateur. "Theatrical Advertising Gallery" nous présente les différentes affiches et images utilisées (environ 10) lors de la campagne publicitaire précédant le film. Finalement, "Previews" nous présente une série de bandes-annonces dont celle du film dont je vous recommande le visionnement. Le concept signé Pablo Ferro est merveilleux et l'effet stroboscopique du montage donne à cette bande une saveur unique. C'est à se demander si Gerry Anderson s'en est inspiré pour faire le générique de Thunderbirds. Un livret de 16 pages contenant une préface de Roger Ebert et de nombreuses photos glacées sur le film, son tournage et sa venue en salles complète cette merveilleuse édition spéciale.

"Dr. Strangelove or: How I learned to Stop Worrying and Love the Bomb" est un film unique et intemporel dont tout amateur de cinéma devrait avoir vu. La pertinence du propos, son traitement unique, son humour caustique, ses répliques d'anthologie et sa distribution de première en font une œuvre qui se retrouve dans le palmarès des meilleurs films de tous les temps de toutes les maisons spécialisées par exemple l'"American Film Institute". Columbia/Tristar a mis le paquet pour nous donner une édition spéciale rendant hommage à ce monument du 7e art. À noter que cette édition est à peu de choses près la même que l'édition précédente, mais bonifiée d'un nouveau transfert vidéo à haute définition, de quelques nouveaux bonis (entrevue avec Robert McNamara, l'hommage à Peter Sellers et la revuette "No Fighting in the War Room") en plus du splendide livret.


Cotes

Film10
Menu8
Suppléments8
Vidéo8
Audio7