Hotel Rwanda
MGM Home Entertainment

Réalisateur: Terry George
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 122 minutes
Ratio: 2.35:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD20)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 24
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Robert Bélanger
10 avril 2005

Il aura fallu moins de 100 jours, entre avril et juin 1994, pour que 800 000 Tutsis soient massacrés au Rwanda dans l'indifférence la plus totale, et ce, malgré les nombreux cris d'alarme du général Roméo Dallaire, chef de la mission de l'ONU au Rwanda. La communauté internationale savait, mais a refusé de s'impliquer. Bof, il n'y a rien d'important en Afrique... En 2004, alors que les gouvernements du monde entier n'envoyèrent que des dignitaires de second ordre aux célébrations entourant le 10e anniversaire du génocide, on commence, bizarrement, à s'intéresser au Rwanda. Des rapports, des livres, des documentaires (Shake Hands with the Devil, basé sur le livre du général Dallaire et Ghosts of Rwanda de PBS), c'est comme si la honte nous avait finalement rattrapés et qu'il faille maintenant parler de l'évènement pour le purger de notre inconscient collectif ravagé par les remords. Une sorte de "excusez-nous" à l'échelle planétaire qui arrive une décennie trop tard au moment même où l'ONU refuse d'admettre qu'il y a, en ce moment même, un génocide au Soudan.

Quand les entités organisées font preuve d'hypocrisie et d'apathie face à une démonstration de violence et de souffrance qui dépasse l'entendement, il ne reste que quelques hommes d'exception et de principes pour se dresser devant l'injustice et nous rappeler qu'il y a encore de l'espoir pour l'humanité. On pense à Oscar Schindler (Schindler's List), au général Dallaire et aussi à Paul Rusesabagina, dont l'histoire vécue nous est racontée ici dans l'excellent "Hotel Rwanda".

Paul Rusesabagina est gérant du luxueux Hôtel des Mille Collines à Kigali, capitale du Rwanda. L'hôtel, qui accueille majoritairement des touristes étrangers, sert également de lieu de rencontre aux journalistes, diplomates et politiciens locaux. Quand l'avion qui transporte le président rwandais est abattu, la colère gronde et les rebelles du Interhamwe se mettent à chasser les "coquerelles" tutsi, sous l'oeil indifférent et parfois complice de la milice hutu. Paul, qui est Hutu, mais dont la femme est Tutsi, devra mettre à profit ses contacts et faire preuve de courage et de détermination pour protéger sa famille et les 1200 Tutsis qui viendront chercher refuge à l'hôtel.

Peut-on traiter adéquatement du génocide rwandais en se concentrant sur le point de vue d'un seul homme, aussi admirable soit-il? En faisant ce choix, le réalisateur Terry George se devait d'inclure des scènes clefs pour expliquer les origines du conflit, cerner les parties en cause et surtout, rendre l'horreur quasi indescriptible qui a jeté le pays dans le chaos. Malgré la complexité des éléments historiques et politiques, il s'en tire assez bien dans les deux premiers cas, même si le spectateur qui n'est pas familier avec le conflit pourra facilement s'y perdre. Par exemple, bien que l'on puisse voir des Tutsis chercher refuge dans la zone contrôlée par le FPR (Front Patriotique Rwandais, opposé aux forces gouvernementales et aux rebelles du Interhamwe), son implication dans le conflit est à peine esquissée. Dans le dernier cas, le résultat est mitigé. En dépit de l'inclusion de deux ou trois scènes très fortes qui soulignent le barbarisme des Hutus et la folie généralisée, on ne parvient pas à saisir l'ampleur inimaginable du massacre. Je peux par contre comprendre le choix de limiter les scènes de violence pour éviter la cote "NC17" (17 ans et +) et ainsi bénéficier d'un auditoire plus large, mais l'impact du génocide en ressort diminué.

Puisque Paul Rusesabagina a agi à titre de consultant sur le film et que Terry George avait de nombreux documents d'archives à sa disposition, les évènements sont dépeints avec justesse et réalisme. La réalisation est assurée, mais laisse toute la place au déroulement d'une histoire tellement forte qu'elle n'avait aucun besoin d'être alimentée de prouesses techniques. Don Cheadle (Paul Rusesabagina) et Sophie Okonedo (Tatiana, la femme de Paul) offrent des prestations dramatiques remarquables qui se sont méritées des nominations aux Oscars. Le reste de la distribution est exemplaire et Nick Nolte (le général Oliver, qui fait ici référence au général Dallaire) joue avec justesse un personnage dépassé par les évènements.

Côté technique, l'image est claire, les couleurs vives et les contrastes et le niveau des détails sont à point. L'image est parfois légèrement granuleuse, mais les problèmes d'accentuation des contours et d'artefacts dus à la compression sont minimes. En général, l'aspect vidéo est quasi impeccable. La qualité sonore est également au rendez-vous. Les dialogues sont clairs, la séparation des canaux est nette et les nombreux effets ambiophoniques supportent admirablement l'ambiance lors des scènes d'action. Les menus sont simples et élégants, animés de scènes du film se déplaçant dans de petits cadres de gauche à droite de l'écran derrière le regard déterminé du principal protagoniste, et accompagnés d'une musique envoûtante aux accents africains.

Quelques suppléments viennent agrémenter cette édition. En premier lieu, une piste audio commentaire avec le réalisateur et le héros de l'histoire, Paul Rusesabagina. Bien qu'on en apprenne davantage sur le contexte historique et qu'il soit fascinant d'entendre ce dernier nous parler de son expérience personnelle, le tout devient à la longue un peu répétitif. Le compositeur et musicien Wyclef Jean intervient également à la fin du film pour nous parler de sa contribution. Une deuxième piste nous offre les commentaires de Don Cheadle pour certaines scènes choisies. Son propos est intéressant, mais veuillez noter que ces scènes sont présentées en format panoramique non anamorphique. Par la suite "A Message for Peace: The Making of Hotel Rwanda" nous amène dans les coulisses du tournage et nous propose des entrevues avec les artisans du film et avec quelques personnes qui ont vécu le génocide. Sage décision, cette revuette privilégie l'aspect humain aux détails techniques. Dans "Return to Rwanda", on suit Paul Rusesabagina (qui vit aujourd'hui en Belgique) et quelques membres de sa famille, alors qu'ils visitent plusieurs des endroits représentés dans le film. Ce segment émouvant est le plus intéressant du lot et rappelle le retour du général Dallaire au Rwanda dans "Shake Hands with the Devil". Pour terminer, on retrouve la bande-annonce du film ainsi que celles d'autres productions de MGM.

Bien que j'aurais personnellement préféré une structure plus ouverte et moins restrictive qui aurait permis de montrer plusieurs points de vue et d'explorer le génocide rwandais en profondeur, il est indéniable que "Hotel Rwanda" demeure un excellent film soutenu par les prestations convaincantes de Don Cheadle et de Sophie Okonedo. Vu la qualité technique et les suppléments adéquats, je vous le recommande fortement.


Cotes

Film8
Présentation7
Suppléments7
Vidéo8
Audio8