Après son retour de la première Guerre du Golfe, le marine américain Anthony Swofford décide d'écrire un livre sur ses expériences. Très critique envers la couverture sensationnaliste des médias et l'approche enthousiaste, mais naïve des journalistes qui suivent les troupes pas à pas, il dénonce le fait que cette vision amène le spectateur plus près de la guerre, mais pas plus près des troupes. Il accouchera donc de "Jarhead", un compte rendu candide de sa vie de marine et une dénonciation de la futilité de la guerre et du sens aléatoire de la victoire. Porté à l'écran par le talentueux réalisateur Sam Mendes, "Jarhead" délaisse les scènes de bataille et les considérations politiques pour se concentrer sur le quotidien souvent monotone et répétitif des ces "jarheads", surnom donné aux marines en raison de l'apparence que leur donne leur coupe de cheveux.
"Jarhead" nous fait suivre Anthony Swofford (Jake Gyllenhaal), depuis son séjour ardu au camp d'entraînement jusqu'au service actif où, affublé de son arme de tireur d'élite, il se retrouvera avec son unité dans les déserts torrides du Moyen-Orient, en attente d'une mission qui tarde à venir. Loin de leurs proches, abrutis par l'ennui et écrasés par la chaleur dans un pays qui leur est étranger, "Swoff" et ses camarades tuent le temps dans la routine, le cynisme et l'humour, espérant que la venue d'un ennemi qui demeure invisible leur permettra d'évacuer la tension qui s'accumule en eux et qui risque de les faire dérailler.
"L'Ennui", voilà comment aurait pu s'intituler "Jarhead" qui, après une scène d'ouverture (l'incontournable "boot camp") qui rappelle celle de Full Metal Jacket, se concentre sur les tourments psychologiques de "Swoff" et sur ses rapports avec ses congénères. Ceux qui ont critiqué "Jarhead" en disant qu'il n'avait ni structure ni intrigue n'ont pas vraiment compris. Le film pose la question suivante: que peut-il bien se passer dans la tête d'un soldat que l'on a déshumanisé et dressé à obéir et à réagir alors qu'il n'a rien d'autre à faire que d'attendre et penser? Combien de fois par jour un jeune homme de vingt ans peut-il s'entraîner par une chaleur écrasante, tirer sur des ennemis inexistants, démonter et remonter son fusil, se masturber et relire les mêmes lettres avant que le couvercle de la marmite ne saute? "Jarhead" est donc un film sur l'ambiguïté face à soi-même, l'aliénation, l'ambivalence envers l'amour et la mort et la frustration sexuelle qu'éprouvent ces marines quand on les prive d'exutoire.
Le film est porté par l'excellent Jake Gyllenhall, qui offre une prestation nuancée teintée d'ironie et de mélancolie, et par les performances convaincantes de Peter Sarsgaard et de Jamie Foxx. Le réalisateur Sam Mendes souligne la monotonie en insufflant au film un mélange de tristesse et de chaleur que viennent parfois briser quelques scènes plus enjouées ou d'autres où l'horreur de la guerre refait surface. La cinématographie est parfois saisissante et les scènes où le groupe de marines doit traverser un secteur du désert où les puits de pétrole sont en flammes sont à couper le souffle. Il y a bien quelques longueurs dans "Jarhead", et ces démonstrations de machisme et de langage cru pourront en rebuter plusieurs, mais ça demeure un film authentique, souvent intense, qui réussit à nous faire entrer dans la tête de ces soldats dont on a souvent une image préconçue, imprécise ou déformée. Jeunes et immatures, ils se voient confier une tâche ingrate, parfois à la limite de l'absurde, et doivent évoluer dans des environnements hostiles quels que soit leur niveau de stress ou leur état d'esprit. À cet égard, le film est une réussite.
La transfert anamorphosé de "Jarhead" est excellent. La clarté aveuglante du désert et de son ciel immaculé aurait pu facilement laisser apparaître la moindre poussière et le grain de la pellicule, mais il n'en est rien et l'image demeure claire et propre. Le niveau des contrastes et l'étalement des noirs sont à point et révèlent le moindre détail à l'intérieur des casernes au début du film, bien qu'on aperçoive à l'occasion un léger flottement de l'image dans les matelas et sur les murs. Les couleurs ne sont pas très vives dans "Jarhead", mais celles-ci sont rendues de façon uniforme et naturelle. On note cependant un peu de pixellisation, alors que les puits de pétrole sont en flammes et que les teintes rouges et orangées se mêlent à la fumée noire, mais ces scènes ont dû être particulièrement difficiles à restituer. La piste sonore est dynamique sans être exagérément agressive et propose un environnement sonore enveloppant. Le mélange de musique et d'effets ambiophoniques est bien équilibré et l'enceinte des graves vient appuyer l'ambiance aux moments voulus. Les dialogues sont clairs et sans distorsion. La présentation est standard et les menus, accompagnés de musique, sont animés d'extraits du film et faciles à naviguer.
Du côté des suppléments, cette édition propose deux excellentes pistes audio de commentaires. La première, avec le réalisateur Sam Mendes, offre une foule d'anecdotes et de détails concernant tous les aspects du tournage, alors que la seconde, avec le scénariste William Broyles Jr. et l'auteur Anthony Swofford, s'attarde aux différences entre le livre et le scénario. Ces deux pistes se complètent à merveille. Dans "Swoff's Fantasies" on retrouve quelques scènes qui se déroulent dans l'imaginaire de "Swoff"et qui se sont retrouvées sur le plancher de la salle de montage. Par la suite, on retrouve onze scènes coupées, dont une séquence d'ouverture alternative avec l'acteur Sam Rockwell. Puis, "News Interviews in Full" nous offre les versions longues des scènes où les marines sont interviewés par une journaliste. Veuillez noter que l'on peut visionner ces trois segments avec ou sans les commentaires du réalisateur et du monteur Walter Murch. Pour terminer, quelques bandes-annonces précèdent le film, mais elles ne sont pas accessibles à partir de la section des suppléments.
Si vous espérez voir un film d'action, "Jarhead" n'est pas pour vous. Pas de furieux combats, pas d'héroïsme, pas de jugements, pas de sermons et pas de politique. Comme Troy, l'ami de "Swoff" lui dit à un moment donné: "F*** politics. We're here. All the rest is bull****". "Jarhead" nous offre le portrait réaliste et saisissant du psyché, des angoisses et de la perte de l'innocence d'un jeune marine. C'est suffisant.
Cette critique fait référence à l'édition simple de "Jarhead". Il existe également une édition double disque (officiellement discontinuée) qui propose une présentation plus soignée, incluant un livret de photos et de nombreux suppléments additionnels. Cette version est cependant beaucoup plus dispendieuse (au moins 15 dollars de plus!) et, puisqu'il s'agit d'une édition limitée, elle commence déjà à se faire rare alors dépêchez-vous si elle vous intéresse!
| Film | 8 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 5 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 9 |