Shake Hands With The Devil
Les Films Séville Pictures

Réalisateur: Roger Spottiswoode
Année: 2007
Classification: 14A
Durée: 113 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51, DD20), Français (DD51)
Sous-titres:
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
2 février 2008

À l'été 2000, un homme est retrouvé complètement saoul sous un banc de parc dans la région d'Ottawa. Cet homme était le général Roméo Dallaire, ex-chef de mission du maintien de la paix de l'ONU au Rwanda. Ce militaire obéissant aux ordres de non-intervention, forcé d'assister, impuissant, au massacre de 800 000 Tutsis, de civils Hutus et de dix de ses hommes lors du génocide de 1994, était devenu un homme suicidaire, ravagé par les remords, le désespoir et la honte d'avoir failli à la tâche. Cet homme noble et droit, qui s'était retrouvé isolé dans un océan d'indifférence, de sauvagerie et d'incompétence diplomatique, portait maintenant en lui tout le poids de la bêtise humaine et se voyait réduit au rang de cas psychiatrique.

Après dix ans de combats avec ses démons intérieurs, le général Dallaire publie Shake Hands with the Devil: The Failure of Humanity in Rwanda, un témoignage exemplaire de dignité et de compassion où il raconte l'horreur, la folie et son difficile retour à la vie civile. Suivra le documentaire du même nom, réalisé par Peter Raymont, qui suit les traces du général, alors qu'il retourne au Rwanda pour la première fois, 10 ans après le génocide. Toujours basé sur le livre du général Dallaire, voilà que nous arrive "Shake Hands with the Devil", un long-métrage réalisé par le canadien Roger Spottiswoode, où Roy Dupuis se glisse dans la peau du général et nous fait revivre son parcours au Rwanda, de l'impossibilité de maintenir une paix inexistante, à l'apathie de l'ONU et de la communauté internationale face aux massacres, jusqu'aux efforts désespérés déployés pour témoigner de l'enfer et protéger quelques 30 000 innocents.

Comme dans Hotel Rwanda, où l'on voyait les événements se dérouler au travers des yeux et des efforts de Paul Rusesabagina, manager de l'Hôtel des Mille Collines à Kigali, pour sauver la vie de centaines d'innocents, "Shake Hands the Devil" se concentre sur un personnage central. La perspective est cependant plus large puisque le général Dallaire a été en contact avec toutes les parties en cause. Le film réussit d'ailleurs assez bien à cerner le rôle des différents intervenants (l'ONU, le gouvernement en majorité hutu mené par les militaires après la mort du président, les milices hutu du Interhamwe, les victimes tutsi et les rebelles du FPR de Paul Kagame). Cependant, vu la complexité des événements, certains personnages (diplomates, officiels de l'ONU, etc.) sont peu développés et les motivations qui se cachent derrière leurs décisions ne sont qu'effleurées. L'horreur du génocide envahit lentement l'écran, alors que se multiplient les scènes où l'on voit (ou on imagine) des innocents sauvagement assassinés à coups de machettes, des cadavres mutilés qui jonchent les routes où sont empilés à l'arrière des camions et dans les fosses communes. Ces séquences viennent troubler la beauté stupéfiante des paysages rwandais, comme si le diable en personne avait décidé de venir foutre le bordel dans le jardin de dieu.

La force du film est sans contredit le portrait sidérant du général Dallaire, déchiré entre le devoir et ses convictions et lentement envahi par le doute et une rage à peine contenue devant autant de folie et de futilité. La prestation de Roy Dupuis est impressionnante, car en deçà de sa ressemblance frappante avec le général, il habite totalement son personnage dans les moindres aspects.

Le transfert est de bonne qualité, même si la pellicule est parfois granuleuse. L'image est claire et propre et le niveau des contrastes et des détails est adéquat. Les couleurs apparaissent parfois un peu délavées, mais c'est probablement le look voulu par le réalisateur. Je n'ai noté aucun problème d'accentuation des contours ou d'artefacts de compression. La piste audio est du même niveau, mais manque un peu de dynamisme et un meilleur apport des enceintes arrière aurait contribué à rendre l'environnement sonore plus immersif. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. La présentation et les menus sont de facture standard et une photo autographiée de Roy Dupuis et du général Dallaire est incluse à l'intérieur du boîtier. En guise de suppléments, on retrouve une revuette sur la production et deux pistes audio de commentaires, la première avec le réalisateur et le général Dallaire, et la seconde avec l'équipe technique. Dans tous les cas, c'est aussi intéressant qu'informatif. On aurait cependant souhaité une édition double-disque, incluant le film et le documentaire de Peter Raymont mentionné plus haut.

Dans son livre, le général Dallaire déclare: "Je n'avais aucune compétence politique et aucune formation dans les affaires africaines ni n'étais familier avec l'enchevêtrement des conflits ethniques où la haine l'emporte sur la raison." On peut se demander pourquoi on l'a chargé de cette mission, mais compte tenu des événements qui ont suivi, je doute fort que même un expert des affaires africaines ait pu faire quoi que ce soit pour empêcher le génocide. Bravo pour l'auto critique, mais il faudrait plutôt saluer le courage et la détermination de cet homme d'exception.


Cotes

Film7
Présentation4
Suppléments6
Vidéo7
Audio7