"Hanna" de Joe Wright croule sous tout sauf de l'essentiel: un scénario qui fait du sens, qui oblige le spectateur à s'intéresser à la quête de ses personnages. Au lieu de cela il reçoit une orgie de bruits. Une grosse série B qui s'ignore? Peut-être bien.
Hanna (Saoirse Ronan) habite avec son père (Eric Bana) dans un endroit reculé de la planète où les neiges semblent éternelles. Elle passe son temps à s'entraîner et à chasser des animaux. Un jour la jeune adolescente se sent prête. À quoi? À peser sur un bouton qui fera apparaître toute la cavalerie lourde. Pour apprendre la vérité sur ses origines et être enfin libre, elle se doit d'affronter une méchante agente (Cate Blanchett) et ses hommes de main qui feront n'importe quoi pour retrouver son paternel.
Un film comme "Hanna" étonne. Comment un grand cinéaste comme Joe Wright, qui a offert par le passé le magistral Atonement et les très bons Pride & Prejudice et The Soloist, a décidé de s'embarquer dans cette galère sans prendre soin de voir si l'histoire était satisfaisante? On sent le réalisateur vouloir s'échapper de son moule et essayer quelque chose de nouveau. Un geste qui l'honore. Mais qui risque bien de se retourner contre lui.
Un peu comme Neil Jordan dans In Dreams, le créateur verse dans la surenchère la plus élémentaire. Il a voulu faire un conte moderne et il multiplie les clins d'oeils à Alice aux pays des merveilles,Le petit chaperon rouge et Hansel & Gretel. Terry Gilliam était déjà passé par là pour The Brothers Grimm. Sauf qu'ici, ces métaphores n'ont pas toujours raison d'être. Il s'agit d'une façon de combler le vide, car au-delà du verni, il n'y a rien.
L'effort en est un de contrastes. Une introduction lente, blanche et pratiquement muette qui donne le temps de respirer. Avant le déferlement de violence, d'hémoglobine et de fureur. Un jeu constant sur le son qui ne laisse jamais tranquille un instant. À cet effet, la musique des Chemical Brothers s'avère tout à fait dans le ton, n'étant cependant pas aussi exceptionnelle que celle de Daft Punk dans Tron: Legacy. Le tout est au service d'une réalisation réglée au quart de tour, parfois un peu trop tonitruante et tape-à-l'œil, qui peut néanmoins compter sur d'impressionnants plans séquences et quelques excitants moments d'action.
Les éléments techniques sont pratiquement irréprochables. Les images sont magnifiques à regarder et elles donnent le goût de voyager. Le degré de détails est impressionnant, tout comme la riche palette de couleurs qui font triompher le bleu et le vert. Les contrastes, parfaitement au point, font une bouchée de ce blocage qui peut arriver à l'occasion. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 offrent l'ambiance souhaitée, faisant ressortir des multiples enceintes des bruits de balles, d'animaux et de différents moyens de transport. Les voix sont claires, le doublage francophone plutôt recommandable, et il y a de très visibles sous-titres blancs en option.
La pochette attire difficilement le regard. Il y a la protagoniste qui est tout emmitouflée, tenant dans ses mains un arc. Le menu principal est beaucoup plus élaboré, offrant un fluide montage de plans qui déroulent sur une mélodie très rythmée. Les bonus comportent des bandes-annonces, une fin supplémentaire superflue, des séquences retranchées qui ne servent à rien, une analyse intéressante de la scène où Hanna s'échappe de la prison et une très pertinente piste de commentaires de Joe Wright qui développe en profondeur ses choix de mise en scène. En faisant abstraction de ce dernier supplément, le reste s'avère assez superficiel.
Malgré ses quelques tours de magie sur le plan de la réalisation et de la musique, ce n'est pas suffisant pour ne pas être lassé bien avant la fin par cette intrigue capricieuse, ces commodités scénaristiques (pourquoi l'héroïne est incapable de bien viser avec ses flèches alors qu'elle a passé sa vie à s'entraîner? Comment quelqu'un qui n'a pas connu les révolutions technologiques est capable de tout trouver sur l'Internet en l'espace de quelques minutes) et cette interprétation figée malgré la présence de très bons comédiens. Peut-être que le metteur en scène aurait dû la jouer encore plus à la façon de la série B (comme il le fait timidement lors du segment de l'évasion ou par l'entremise d'un personnage secondaire qui mimique le Chapelier Fou) au lieu de se prendre terriblement au sérieux. Cela aurait évité d'offrir un énième Salt ou The Long Kiss Goodnight sur l'acide, un divertissant efficace, mais assez vide de sens.
| Film | 5 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |