À sa sortie en salle, "Happiness" a probablement créé une des plus grandes controverses du cinéma américain contemporain. Même si les sujets abordés dans le film sont variés, et peuvent amuser autant que faire réfléchir, les détracteurs du réalisateur Todd Solondz n'en ont retenu qu'une chose: un des personnages principaux est un pédophile. Encore plus choquant, ce même personnage est tout de même une bonne personne, et le film n'en fait pas un monstre; même que le ton est plutôt humoristique. Il n'en fallait pas plus pour choquer, voir même insulter le délicat public américain...
"Happiness" raconte donc l'histoire d'une volée d'individus, tous à la recherche de leur bonheur personnel (qu'ils le savent ou non...). Les personnages gravitent autour de trois soeurs. La première, Joy (Jane Adams), est une artiste incomprise, alignant menus boulots les uns après les autres, sans direction précise. Du côté sentimental, elle accumule les défaites et les malchances. La seconde soeur, la magnifique Helen (Lara Flynn Boyle), est une écrivaine de renom à qui aucun homme ne peut résister. Et c'est pour cette raison qu'elle est attirée par un étranger qui lui fait des appels obscènes (Philip Seymour Hoffman). La dernière, Trish (Cynthia Stevenson), est le symbole même de la femme qui a tout. Deux enfants, une maison, un bon travail, un riche mari psychiatre. Mais elle est loin de se douter que ce même mari (Dylan Baker) est un pédophile actif, qui drogue les amis de ses enfants pour plus facilement en abuser. Bref, tous ces personnages agissent et interagissent ensemble, nous montrant de très différents volets de la vie.
Encore plus que la recherche du bonheur, Todd Solondz prend un malin plaisir à nous montrer la méchanceté innocente des gens. Par exemple lorsque Joy met fin à sa relation avec Andy, ce dernier lui demande quelle en est la raison et s'il n'y a pas quelqu'un d'autre dans sa vie. Elle, de lui répondre "No, it's just you" le plus sincèrement et innocemment du monde. On a droit aussi à une performance exceptionnelle de Philip Seymour Hoffman, qui joue le pervers faisant les appels obscènes. De le voir faire ses coups de téléphone sur le magnifique trio "Soave sia il Vento" (extrait de "Cosi fan Tutte") est des plus dérangeants, mais aussi hilarants. Chaque scène est mémorable: que ce soit celle où un père veut payer une prostituée à son fils de 11 ans ou celle où Helen annonce qu'elle n'en peut plus d'avoir tous les hommes à ses pieds. La performance de Jon Lovtiz, même si très concise, est aussi excellente. Bref, ce film est un petit bijou tant au niveau du dialogue que du scénario. Par contre, le message véhiculé par le film, même si fait à travers de l'humour sordide, est loin d'être positif...
Pour ce qui est de la qualité vidéo, elle est décevante à tout point de vue. Premièrement, il est important de souligner que ce transfert est exactement le même que celui présenté sur l'édition précédente (Trimark). Pour commencer, le transfert n'est pas anamorphique, ce qui a pour conséquence une nette perte de détails. On note aussi beaucoup de défauts causés par la piètre qualité du matériel source (rappelons-nous que "Happiness" est un film indépendant, et que la pellicule ne devait pas être nécessairement d'une grande qualité). On note aussi une saturation des couleurs. Du côté de la compression, on remarque quelques petites taches numériques de temps en temps, mais rien de trop dérangeant. Les noirs sont bien profonds, mais bloquent régulièrement. On ne constate aucun fourmillement dans les arrière-plans. Bref, pour cette seconde édition, il aurait été nécessaire de refaire un transfert plus soigné, surtout pour un film de cette envergure.
Du côté de la piste sonore, on nous propose uniquement une piste Dolby Stéréo, fort probablement l'encodage présenté en salle. Encore une fois, cette piste est identique à celle de l'édition précédente. Puisque l'intérêt du film, et de la bande sonore, repose uniquement sur les dialogues, ce choix est entièrement justifié. Ainsi, les dialogues sont toujours intelligibles, et le niveau de la musique est toujours adéquat. D'ailleurs, mentionnons que le choix des pièces musicales est extrêmement judicieux, et apporte beaucoup à l'environnement sonore. On dénote une certaine ambiophonie dans quelques scènes, toujours de façon subtile, mais efficace. Bref, une piste sonore adéquate pour le film.
Cette édition est extrêmement décevante du point de vue des suppléments. On n'y retrouve que la bande-annonce du film, ainsi que des biographies et filmographies des cinq acteurs les plus connus, et du réalisateur. On retrouve aussi les bandes-annonces de Slam et d'Another Day in Paradise, deux autres films produits par "Trimark Pictures". Une piste de commentaires de Todd Solondz aurait grandement été appréciée, voire même une entrevue. On est tout de même en présence d'un DVD "Signature Series". Les menus sont particulièrement réussis, même si très austères. Chaque menu comporte une musique de fond, et certains sont animés. Les transitions entre les menus sont aussi animées. Il s'agit exactement des mêmes menus que sur l'édition précédente; on n'a d'ailleurs même pas pris la peine de remplacer le logo de Trimark par celui de Lions Gate...
Cette édition DVD est loin d'être à la hauteur du film qu'elle présente. De plus, il s'agit à tout point de vue de la même édition déjà parue. Il aurait été nécessaire, au minimum, d'ajouter des suppléments et refaire le transfert de façon anamorphique. À part pour un coup publicitaire, il est difficile d'en voir la pertinence.
| Film | 10 |
| Menu | 5 |
| Suppléments | 1 |
| Vidéo | 4 |
| Audio | 7 |