Hellboy
Director's Cut
Columbia TriStar Home Entertainment

Réalisateur: Guillermo del Toro
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 132 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 3 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Alexandre Martin
19 décembre 2004

Seulement quelques mois après la sortie sur DVD du film Hellboy, Columbia nous propose un coffret très complet, nous présentant la version du film que le réalisateur, Guillermo del Toro, aurait voulu nous présenter. Contrairement aux éditions du même genre, comme Lord of the Rings ou Daredevil, les changements apportés au film, même s'ils totalisent près de 15 minutes, sont subtils. Néanmoins, le résultat final est amélioré, permettant au film de s'apparenter encore plus au "comic book" de Mike Mignola.

Mike Mignola a longtemps travaillé comme dessinateur pour des compagnies de comics dites conventionnelles ("mainstream"). Son oeuvre est varié, et comprend plusieurs numéros de Batman, X-Men, Spider-Man et autres. Bien que son style est loin de plaire à tous, il a tout de même réussi à se constituer un bassin de "fans" solide et fidèle. Personnellement, quand j'étais jeune, je détestais au plus haut point les dessins de Mike Mignola; le simple fait qu'il était dessinateur faisait en sorte que je n'achetais pas le comic en question. Ses personnages sont ciselés, toujours avec des prises de vues caractéristiques. Les proportions sont rarement respectées, avec des torses plus grands et des membres plus courts. Le niveau de détail est minimaliste; les personnages sont toujours dans la pénombre, voire même le noir total. Bref, les dessins de Mike Mignola sont certainement un goût acquis.

Après avoir illustré les histoires des autres pendant de nombreuses années, le désir lui est venu de tenter sa chance avec ses propres idées de scénario. C'est ainsi qu'est née sa création, "Hellboy", sous la bannière Dark Horse, une maison d'édition qui, sans être alternative, est beaucoup moins en vue que Marvel, DC et Images. Dès sa sortie, le personnage Hellboy a eu un énorme succès, et depuis, Mike Mignola s'y consacre presque entièrement, se contentant de faire des couvertures de comics pour les autres compagnies (ce qui est nettement plus payant). De mon côté, ayant atteint une certaine maturité artistique (je pense, du moins...), j'apprécie grandement tout ce que fait Mignola, et je ne rate aucune aventure de Hellboy.

Comme c'est présentement la tendance, Hellboy a donc été porté à l'écran. À la barre, on retrouve Guillermo del Toro, un habitué du genre puisqu'il a aussi réalisé un autre film de superhéros, Blade II. Pour jouer le rôle-titre, le réalisateur a choisi un de ses complices de longue date, Ron Perlman; ils avaient collaboré pour deux autres films, Blade II et Cronos. Dans ce cas, le choix de l'acteur est tout simplement parfait; Perlman a littéralement le physique de l'emploi. Pour del Toro, "Hellboy" est un projet spécial puisqu'il est un fanatique du comic, et rêvait d'en faire un film depuis longtemps. Ainsi, contrairement à plusieurs films du genre où le réalisateur n'a souvent aucune idée dans quoi il se lance, del Toro a une connaissance parfaite de tout l'univers de Hellboy. Pour reprendre ses dires, c'est donc un film de "geeks", pour les "geeks", fait par des "geeks".

Le film débute à la fin de la guerre de 39-45, alors que les Nazis tentent un ultime effort pour faire basculer l'issue de la guerre. Pour ce faire, ils se tournent vers l'occulte; Grigori Rasputin (Karel Roden), cette étrange figure mystique de la Russie, a pour mission de détruire le monde en ouvrant un portail interdimensionnel afin de faire traverser des démons. Heureusement, le professeur Trevor "Broom" Bruttenholm (John Hurt) veille, et à l'aide de l'armée américaine, il a tôt fait de contrecarrer ses plans. Néanmoins, le portail reste suffisamment ouvert longtemps pour qu'une créature s'en échappe. Cette dernière, encore bébé, tombe sous la protection de Broom; et c'est ainsi que Hellboy voit le jour. Maintenant plus vieux, Hellboy (Ron Perlman) fait partie du BPRD ("Bureau for Paranormal Research and Defense"), une division du FBI dirigée par Broom. Avec ses collègues Abe Sapiens (Doug Jones, avec la voix de David Hyde-Pierce), une créature mi-homme mi-poisson et Liz Sherman (Selma Blair), une pyromane avec des dons naturels, il est responsable de gérer toutes les situations hors de l'ordinaire. C'est donc lui qu'on appelle lorsqu'un nouveau monstre, originaire d'une mystérieuse statue, terrorise New York. Les choses se corsent lorsque Hellboy apprend que c'est Rasputin et ses assistants Nazis, Ilsa (Bridget Hodson) et Kroenen (Ladislav Beran), qui sont responsables de ce monstre, et qu'ils prévoient en faire naître toute une horde. De plus, Rasputin a des plans diaboliques pour venger son échec passé, et, bien évidemment, Hellboy en fait partie intégrante...

Le film s'inspire évidemment des comics "Hellboy". Le recueil d'où est tiré le scénario est principalement le tout premier volume, Seeds of Destruction. Plusieurs éléments sont aussi tirés des histoires Wake the Devil et The Right Hand of Doom. Mais, évidemment, puisque del Toro est un "geek" auto-avoué, plusieurs clins d'oeil à d'autres histoires plus courtes sont présents tout le long du film. Quelques fois, ce ne sont que des designs de personnage qui sont empruntés (Hellboy Junior, par exemple), mais d'autres fois, ce sont des concepts en entier. On n'a qu'à penser à l'histoire "The Corpse", qui est représentée dans le film par le passage avec Boris the Corpse: même si le rôle de ce dernier dans l'histoire est complètement différent à celui qu'il tient dans la bande dessinée, l'idée de guide est similaire. Étant donné que ce comic (un seul numéro!) est un des plus populaires auprès des fans de "Hellboy", le choix de l'inclure dans le film est incontestable.

Tel que le mentionne del Toro dans son commentaire, la version originale du film est parfaitement valable, mais cette nouvelle version apporte davantage au niveau des personnages et de leurs relations interpersonnelles. En tout, près de 13 minutes de scènes supplémentaires sont ajoutées. Plus spécifiquement, on nous présente des scènes entre Broom et Hellboy qui permettent de mieux nous faire comprendre leur relation "père-fils". La relation entre Liz et Hellboy est aussi approfondie, de même que celle entre Liz et John Myer. Toutes ces scènes ne sont pas nécessaires à l'histoire, mais elles apportent une nouvelle dimension au film (en plus de peut-être permettre à votre copine de tolérer le film, le cas échéant...). Il est amusant de noter que ces relations n'existent pas du tout dans la bande dessinée; elles sont des extrapolations de la part de del Toro. Cependant, dans les suppléments, Mignola les appuie, en spécifiant que ce sont d'excellentes idées auxquelles il n'avait pas pensé.

Pour ce qui est de l'aspect esthétique du film, il s'apparente grandement à l'ambiance de la bande dessinée. Tout comme dans cette dernière, le traitement des couleurs est dans les tons de bleus et noirs, avec seule couleur le rouge frappant de Hellboy. Le style est parfaitement respecté, et les extrapolations esthétiques faites pour le film préservent l'idéologie des personnages. L'ambiance sonore est aussi en parfait accord avec l'image; c'est, finalement, ce qu'on s'imaginait comme musique lors de la lecture des comics.

Visuellement, le DVD nous offre un superbe rendu de l'image. Étant donné l'esthétisme poussé du film, c'est un tour de force. La très difficile palette de couleur est reproduite avec justesse, sans aucun problème de compressions. Les tons de noirs sont parfaitement dégradés, ce qui est particulièrement important du fait que le film se déroule en presque totalité dans le noir. On ne remarque pas non plus de problèmes pour ce qui est de la compression. Il en est de même pour les artefacts issus du transfert ou du matériel source; on n'en dénote aucun.

Le volet sonore est tout aussi excellent. La piste Dolby Digital 5.1 est très dynamique en intensité: subtile par endroits et tonitruante quand il le faut. On note une excellente présence du canal de fréquences extrêmes-graves, qui vient appuyer plusieurs scènes. L'ambiophonie est correctement exploitée, avec une sollicitation constante, mais subtile de tous les canaux. On note aussi beaucoup d'effets directionnels aux endroits appropriés, toujours mixés convenablement. La musique, élément primordial à l'atmosphère du film, est bien intégrée et ne vient jamais couvrir les dialogues. Bref, une piste sonore exemplaire.

Tout comme le film, cette édition DVD est dédiée aux "geeks", et est donc bourrée de suppléments. Tout d'abord, sur le premier disque, celui contenant le film, on nous propose une introduction, faite par Guillermo del Toro. Aussi, un "oeuf de Pâques" est présent sur la page principale, où del Toro nous explique pourquoi il a l'air d'un "moron" [sic] lors de son introduction. On nous offre ensuite une piste de commentaires, faite par le réalisateur, Guillermo del Toro. Cette piste est fort intéressante puisqu'il nous pointe les nouveaux éléments de cette version du film, en expliquant ses choix artistiques et pratiques. On nous offre aussi la possibilité d'écouter le film uniquement avec la musique, avec quelques commentaires sporadiques du compositeur Marco Beltrami. L'idée des commentaires est excellente, puisqu'on peut ainsi mieux comprendre les intentions du compositeur et donc mieux apprécier la musique. On nous propose ensuite trois modes interactifs pour l'écoute du film. Le premier présente les scénarimages tout au long de l'écoute. La comparaison est intéressante, mais puisque les dessins ne sont pas faits par Mignola, l'intérêt est moindre. Le second mode permet de voir des "DVD Comics" à plusieurs endroits du film, nous permettant d'en savoir plus sur des points connexes à l'histoire générale. Bien qu'on prétende que ce sont des comics, seulement 2 des 8 segments sont réellement sous la forme de bande dessinée avec phylactères. Les autres consistent simplement en un texte qui défile devant des images. Le troisième mode nous permet de voir les détails "derrière la caméra" de la réalisation de huit scènes du film. Bien que ce soit grandement intéressant, les segments sont relativement longs, ce qui perturbe un peu l'écoute du film. Cependant, il est à noter que ces suppléments interactifs peuvent être visionnés de façon linéaire et individuelle, dans la section "Special Feature" du disque. Une section DVD-ROM permet aussi de voir le scénario original, le livre de notes du scénariste ainsi que celui de del Toro. Cette section est conçue pour les ordinateurs fonctionnant sur système Microsoft Windows: cependant, il est possible de manuellement fouiller dans les fichiers du DVD, si l'ordinateur fonctionne sous un autre système d'exploitation. Il est à noter que les suppléments de ce DVD sont, à quelques exceptions près, identiques à ceux de l'édition précédente; le seul élément manquant est la série de bandes dessinées "Gerald McBoing Boing".

Le deuxième disque, uniquement consacré aux suppléments, est le même que celui qui nous est offert sur le DVD de la version écourtée du film. Le premier élément qu'on nous offre est une introduction, cette fois faite par l'actrice Selma Blair (qui semble être plutôt indifférente à la chose...). Le disque est séparé en trois sections; la première, intitulée "Egg Chamber", regroupe les suppléments consacrés à la conception du film. Tout d'abord, on retrouve trois scènes retranchées du montage original du film, avec la possibilité de les écouter sous des commentaires de Guillermo del Toro. Il est à noter que ces trois scènes se retrouvent dans la présente version du film (d'où le sobriquet "Director's Cut"...). On retrouve ensuite un très complet documentaire sur la conception du film, similaire à celui qu'on retrouve sur les DVD édition de luxe Lord of the Rings. On y voit tous les aspects de la production, allant de la conception des personnages, la rédaction du scénario, la photographie principale (presque jour par jour!) et la postproduction. Le documentaire, d'une durée de prés d'une heure et demi, est très complet et très intéressant à écouter. Cette section est finalement complétée par 15 minibiographies des personnages, écrites par del Toro.

La section suivante, intitulée "Kroenen's Lair", on nous présente l'évolution de la conception de quelques scènes du film. Chaque segment est introduit par le réalisateur. Pour la première scène, on nous présente les croquis de Del Toro, suivis des scénarimages de la scène; en mortaise, on voit le résultat final. On nous présente ensuite quatre scènes sous forme d'animatiques; il est possible de les voir en les comparant au résultat final, ou plein écran. Ensuite, on nous présente des "Board-o-matic", c'est-à-dire des scénarimages animés avec des effets spéciaux sonores et des voix. Encore une fois, il nous est possible de les écouter en les comparant à la scène du film. Finalement, on nous présente des comparaisons avec les scénarimages; cette fois, il est possible d'utiliser le bouton "angle" de la télécommande pour passer de la version plein écran à la comparaison. Il est à noter que des oeufs de Pâques sont présents pour chacun de ces menus; on les fait apparaître en dirigeant le curseur vers le bas lorsque le bouton "Back" est illuminé. La section suivante de ce DVD nous présente les maquettes des monstres du film. On peut voir les maquettes en rotation, ainsi que quatre zooms différents. Finalement, la section "Bellamie Hospital" nous présente les neuf publicités de la télévision ainsi que les deux bandes-annonces, en plus d'une galerie d'affiches. Cette dernière est séparée en deux sections, présentant les prototypes proposés et les choix finaux. On peut aussi voir dans cette section les bandes-annonces d'autres films.

Sur le troisième DVD, lui introduit par Ron Perlman, on retrouve tout d'abord le commentaire vidéo fait par les acteurs. Ce commentaire était présent sur la première édition du DVD, mais ne l'est pas sur la présente, du fait que ce n'est pas la même version du film. Ce qui est intéressant est qu'on a filmé les acteurs pendant qu'ils enregistraient la piste; c'est ce qu'on nous montre, avec le film en mortaise. Bien que ce soit momentanément amusant, il aurait été plus intéressant qu'on nous propose ceci sous forme de multi-angles, avec le film sur un angle et les acteurs sous l'autre. La section suivante, "Production Workshops" présente des segments sur différentes facettes de la réalisation du film. Le premier segment, sous les commentaires de del Toro, nous montre la séance d'éclairage test de Hellboy. Les autres nous instruisent sur certains effets du film: les maquettes, les effets faits par ordinateurs (CGI) et le feu de Liz. On nous propose ensuite d'écouter un résumé de la séance de question réponse à laquelle ont participé Guillermo del Toro, Mike Mignola et Ron Perlman lors du colloque de comics Comic-Con 2002. Il est très instructif d'entendre les réponses des participants deux ans avant la complétion du film, et d'ainsi pouvoir comparer avec le produit fini. Ensuite, le scénariste/dessinateur Scott McLoed (l'auteur de Understanding Comics), nous donne un cours rapide sur le format de comics, et ce qui caractérise les comics indépendants comme "Hellboy". Le DVD est complété par une très complète et exhaustive galerie de dessins du film (quelques-uns avec des commentaires de Mignola), de même que des bandes-annonces de films du même genre.

Les menus des DVD sont très bien conçus. Le menu principal et le premier niveau de sous-menus sont animés, avec de très jolies transitions, de même que des effets sonores et de la musique. Ils sont clairs et bien hiérarchisés et ont une excellente navigation, malgré une multitude de choix. À tout point de vue, c'est une réussite. Le coffret comprend aussi un petit livret, reproduisant le journal de Rapsutin (le livre utilisé par Ilsa dans le film pour retrouver son maître). Une page explicative à la fin, écrite par Mike Mignola, donne des précisions sur ce que représentent les dessins du livret.

Columbia TriStar (maintenant Sony Pictures) nous offre ici un excellent coffret, pour un film qui, au fond, n'en méritait peut-être pas tant. Les suppléments qui n'étaient pas présents lors de la première édition sont intéressants, mais ne justifient pas à eux seuls l'achat de ce coffret. De toute façon, l'attrait principal de ce coffret est évidemment la version du réalisateur du film, et les amateurs purs et durs ne pourront certes pas y résister. Bref, pour paraphraser Guillermo de Toro, voici un DVD de "geeks", pour les "geeks", par des "geeks"!


Cotes

Film7
Menu10
Suppléments10
Vidéo9
Audio9