Adaptation des romans éponymes écrits par le regretté Douglas Adams, ce "Hitchhiker's Guide to the Galaxy" représente un sublime condensé rythmé et énergique de la série des cinq romans. Mené de la même façon qu'Alain Chabat l'a fait avec son Astérix et Obélix: Mission Cléopâtre, Garth Jennings s'amuse avec le matériel disponible afin d'offrir un guide galactique inspiré et joyeux qui, malgré un contexte tout ce qu'il y a de plus dramatique, ne manque pas de panache et de messages ensevelis sous une couche de comédie, d'absurdité et d'effets spéciaux au point.
Arthur (Martin Freeman) est un homme ordinaire menant une vie ordinaire dans une Angleterre ordinaire. Un matin, il se retrouve face à une équipe de démolition venue démolir sa maison pour y faire passer une voie expresse. Son ami, Ford Prefect (Mos Def) lui confie alors un terrible secret: la fin du monde se produira dans dix minutes. Sous le choc de la nouvelle (sa maison davantage que le monde), Arthur se rend au Pub du coin pour boire ses émotions. Ford le rejoint et paie la tournée à tout le monde présent jusqu'au moment où d'ignobles vaisseaux spatiaux ressemblant davantage à des édifices jaunis apparaissent un peu partout dans le monde. Ford et Arthur se "téléportent" en faisant du "pouce intergalactique" juste avant de voir la planète désintégrée. Cet événement, revendiqué par les Vogons (une race pas jolie à voir ou à entendre), n'est que le premier acte d'un projet visant à faire passer une voie intergalactique expresse et la planète était sur leur chemin. Recueillis par un vaisseau volé par le Président de la Galaxie Zaphod Beeblebrox (Sam Rockwell), les antihéros se retrouvent sans planète, sans espoir et sans l'ombre d'un doute, dans de beaux draps. Parcourant la galaxie, ils doivent échapper aux Vogons, récupérer une arme pour le compte d'une secte nommée le Mouchoir Géant tout en trouvant la réponse à la grande question de la vie (car l'ordinateur original programmé pour cette tâche a fourni une réponse plutôt vague en la forme de: 42).
Il y avait plusieurs manières de causer l'échec le plus cuisant pour l'entreprise, mais Garth Jennings s'en tire avec une superbe maîtrise des éléments conviés par le script co-écrit par Douglas Adams lui-même (il y travaillait déjà au moment de son décès en 2001). Sa réalisation est énergique, dotée d'un rythme intelligent, laissant la place à l'absurdité et la comédie lorsqu'elle se pointe (donc souvent). L'interprétation, notamment par Sam Rockwell et Zooey Deschanel, mérite une attention particulière puisque le premier livre un comique et survolté Président de la galaxie à deux visages (dans le sens très littéral du terme) et la seconde joue une attachante et irrésistible belle rescapée de la Terre. Warwick Davis (pour le corps) et Alan Rickman (pour la voix) prêtent leur talent à l'androïde Marvin, une créature robotisée maniaco-dépressive aux dialogues tellement négatifs qu'ils en sont tordants. Les créatures peuplant les mondes visités sont bien faites et correspondent à une idée générale des descriptions faites dans les livres. L'histoire prend bien en considération les multiples événements des cinq livres tout en respectant cette règle sacro-sainte du cinéma: il n'est pas obligatoire d'être un érudit d'Adams pour voir le film (message subliminal: voir le film). Les effets spéciaux sont, pour la plupart, crédibles et servent au scénario plutôt qu'à "flasher". Ils sont bien imbriqués dans le métrage en offrant une impression épique là où le roman était plus introspectif. La comédie et l'absurde sont bien balancés. Ils offrent des moments cocasses d'une belle inventivité, notamment le fusil "point de vue" qui permet d'adopter instantanément le point de vue de quiconque a tiré. Les situations loufoques ne manquent pas et les parallèles avec la société actuelle n'en sont que plus accrus.
Côté suppléments, on est pas mal servi. Des jeux, des commentaires intéressants, des scènes coupées, ratées ainsi qu'un générateur d'improbabilité infinie (en visionnant le film, vous comprendrez). Seul le minuscule documentaire sur le tournage du film aurait gagné à être plus long, car il n'effleure même pas la grandeur du projet ou les problèmes ayant pu survenir. Les menus sont à l'effigie du Guide galactique, donc simples et faciles à naviguer, colorés et enjoués. Il y a également un article supplémentaire du Guide galactique faisant mention de Dieu et du doute sur son existence. Tordant. Sont absents des extras: la bande-annonce et un documentaire compréhensif sur les enjeux réels du film ainsi que sa future place comme film culte.
Joli travail que la compression DVD puisque l'on ne voit aucune tache, poussière ou égratignure quelconque durant le visionnement. La couleur est belle et la balance de la saturation respectée, les ombres et lumières faisant leur travail sans encombrer. Les pistes sonores offrent un beau moment de basse surtout lors de la première apparition des vaisseaux Vogons (pour leur poésie, ç'est un peu plus difficile (N.B.: voir le film)).
En terminant, "The Hitchhiker's Guide to the Galaxy" est un film léger, manquant de logique (donc collant aux propos du film), confiné dans un esprit totalement british à l'humour du même type. Mené par une équipe d'acteur et technique qui sait s'y prendre avec talent, le film a tout lieu de ravir, faire rire et plus encore. Douglas Adams, salut et merci pour tout le poisson (encore une fois: voir le film).
| Film | 9 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 8 |