Hollow Man
Director's Cut
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Paul Verhoeven
Année: 2000
Classification: 18A
Durée: 119 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Martin Gignac
19 décembre 2007

Dans le cinéma de Paul Verhoeven, tout peut arriver. Le réalisateur hollandais, qui se spécialise dans la science-fiction, l'horreur et la nudité souvent gratuite, a accumulé presque autant de bas que de hauts. Après des débuts très intéressants dans son pays natal, c'est l'immigration vers les États-Unis avec une enfilade de succès où les Robocop, Total Recall et Basic Instinct ont triomphé. Ces trois productions, aussi risibles qu'efficaces et divertissantes, jurent avec les trois suivantes, que ce soit le navet Showgirls, la propagande humoristique un peu primaire de Starship Troopers et l'inégal "Hollow Man".

Ce dernier titre qui est sorti en 2000 reprend le canevas connu et éprouvé de l'homme invisible. Un scientifique narcissique (Kevin Bacon), qui a déjà testé une formule d'invisibilité sur des animaux, décide de devenir le cobaye de sa propre invention. Ce choix douloureux et difficilement réversible lui fera perdre peu à peu la tête. Surtout lorsque ses collègues - son ex flamme (Elisabeth Shue) et son nouveau petit ami (Josh Brolin) - décident d'aviser les autorités pour arrêter ce projet dément. Avant qu'il ne soit trop tard, mieux vaut éliminer les témoins gênants qui ne cherchent qu'à gâcher une idée brillante...

Ce mélange de genres qui se termine dans la farce ressemble à une mutation de Dr. Jekyll et Mr. Hyde. La première heure est suffisamment intéressante pour tenir en haleine. Des expériences qui ne tournent pas rond, des humains qui cherchent à trouver des solutions et des drames psychologiques en sourdine. Le tout est dominé par la prestation généralement convaincante de Kevin Bacon, un acteur caméléon qui est crédible dans sa rupture psychotique avec la réalité.

Tout d'un coup, la prémisse s'envole et elle finit par brûler comme Icare. Devant les possibilités infinies de son scénario, Verhoeven a préféré emprunter la voie de la facilité. Que fait l'homme devenu invisible? Il ne pense qu'au sexe, au pouvoir et à la quête de sensations fortes. À partir de là, le scénario chute dans le grotesque, empruntant les chemins trop déchiffrés des multiples explosions, des morts soudaines, de la violence inutile et d'une course contre la montre pour la survie. Entre une Elisabeth Shue sans saveur et un Josh Brolin beaucoup plus à l'aise dans un No Country For Old Men, le seul plaisir est d'observer ces superbes effets spéciaux jouer avec les éléments, séduisant aisément la rétine au passage. Ou de comparer le tout avec le supérieur The Fly de David Cronenberg.

Comme c'est souvent le cas pour des œuvres très moyennes, les qualités vidéo et audio sont au rendez-vous. Les images sont ici fabuleuses. Les couleurs sont splendides, les éclairages donnent une nouvelle profondeur au récit et les contrastes ne viennent jamais gâcher le plaisir de ce noir ambiant où une entité invisible se terre dans l'ombre pour mieux trucider sa proie. Seul le blocage se veut perceptible sur quelques chemises. Les pistes sonores en Dolby Digital 5.1 en français et en anglais sont de très bonne qualité. Les différents haut-parleurs sont envahis par des bruits de cages qui tombent, d'animaux qui rugissent, d'avion, d'eau et de verre qui se brise. Les voix sont cependant mal calibrées. Il faut souvent élever le volume pour tout bien saisir. Pour régler la situation, l'insertion de beaux sous-titres jaunes peut être une bonne idée. La trame sonore de Jerry Goldsmith est intrigante dans ses sonorités atmosphériques et soporifiques lors des airs plus populaires.

La pochette et le boîtier en carton piquent rapidement la curiosité. Quelques visages humains émanent d'une brume dominée par les yeux vides d'un masque, d'un fantôme. Le menu principal du DVD reprend cette idée sans y inclure la moindre mélodie ou le seul mouvement. En apparence, les suppléments sont peu nombreux. Il y a tout d'abord un documentaire de 15 minutes sur la production où les acteurs discutent de leurs personnages et le scénariste s'exprime sur le cinéaste. Il y a beaucoup trop d'extraits du long-métrage pour apprendre quelque chose de nouveau. Il y a ensuite trois scènes comparées pour montrer l'efficacité des effets spéciaux et la nécessité d'avoir des fonds verts. Rien de très élaboré, mais c'est généralement intéressant. Le tout se termine par le bonus "Fleshing Out the Hollow Man" qui ouvre la porte sur 15 nouveaux segments qui expliquent l'aura du cinéaste à Hollywood, l'idée de l'invisibilité, la création des effets virtuels, le costume du singe, l'utilisation de l'eau, de la fumée, etc. Un plaisir éphémère qui ne se perd heureusement pas dans les détails inutiles.

Sans être aussi catastrophique que sa banale suite qui n'a pratiquement aucun rapport avec l'original, "Hollow Man" est une commande plus ou moins satisfaisante où les effets spéciaux grugent littéralement le scénario. Kevin Bacon est relativement en forme et Paul Verhoeven sait toujours créer des comédies à partir de drames, mais l'ensemble, qui débute relativement bien, ne peut qu'échouer sur un îlot convenu peuplé d'explosions et de cadavres. Et ce n'est pas cette édition "Director's Cut" avec ces "8 minutes de scènes jamais vues en salles" (il n'y a rien de réellement significatif) qui peut changer quoique ce soit au produit final. Pour se relever de cet échec public et commercial, le réalisateur a dû attendre de nombreuses années avant d'accoucher de l'excellent Black Book. En voilà un retour inespéré!


Cotes

Film5
Présentation5
Suppléments7
Vidéo9
Audio8