Une énième version de Frankenstein, voilà ce que l'on nous sert, mais attention, pas n'importe laquelle puisque cette fois, il s'agit de la version télévisée diffusée en 1973 lors du 40ème anniversaire de la première apparition de la créature interprétée brillamment par Boris Karloff. Pour célébrer le tout, un programme en deux parties semblait l'idéal. Remplaçant Karloff sous la carcasse du monstre, c'est ici Bo Svenson qui prête ses traits au maquillage limité tandis que Robert Foxworth donne vie au docteur fou convaincu de pouvoir jouer à Dieu sans en payer le prix.
Aussi connue soit l'histoire, voici néanmoins un résumé : Victor Frankenstein est obsédé à la création de la vie. Bien que ses collègues du comité des médecins ne soient pas de cet avis, le praticien réputé part de son plein gré à la pleine lune à la recherche d'un cadavre à ressusciter. Durant cette opération, son équipe de trois personnes est surprise par la présence des autorités et l'un des membres est tiré à vue. De retour dans son laboratoire, Frankenstein est témoin des derniers mots de son ami mourant. Hanté par les remords, ils lui donneront le courage et la folie nécessaires pour parvenir à son entreprise hasardeuse de recréer la vie. Le résultat est presque réussi, excepté que la créature ne possède pas la mémoire et les manières de sa vie précédente. Frankenstein décide malgré tout de lui enseigner suffisamment avant de montrer sa découverte scientifique au monde. Cependant, tout être a des besoins et ceux de la créature ne sont pas différents : il veut sortir, connaître le monde, voyager, aimer, etc. Le mastodonte ne connaît toutefois pas sa véritable force, causant davantage de tragédie que de bien, négligé par son créateur. C'est la créature qui, sur le lit de mort de sa bien-aimée "morte-ressuscitée" jurera que jamais le docteur ne trouvera le bonheur tant qu'il sera en vie, que sa vengeance n'aura pas de limite. Contre toute attente, c'est dans un cimetière, tenant son créateur mourant dans ses bras, que lui sera enseignée sa dernière leçon de vie : pardonner.
Mis à part quelques défauts apparents, dont une cinématographie paresseuse et des décors caricaturant les approximations de l'époque victorienne, cette adaptation possède de réels efforts valant la peine d'être soulignés. L'ambiance minime procure une tension grimpant à mesure que se poursuit la spirale dans laquelle s'engouffre le docteur Frankenstein, devenant à la fin presque insupportable lors de la finale touchante lorsque l'homme ranimé pardonne enfin à son créateur les erreurs commises. Cette allégorie trouve son sens dans le questionnement de l'homme envers un Dieu, métaphore employée tout au long du film et juxtaposée de manière astucieuse par l'interprétation de Robert Foxworth et Bo Svenson (respectivement le créateur et la créature) ainsi que leurs tourments respectifs. On est loin des productions de plus haut budget dont l'excellent Mary Shelley's Frankenstein réalisé par Kenneth Brannagh, mais l'ambition du téléfilm ne tente pas d'utiliser plus que ce dont elle peut, utilisant avec parcimonie les effets d'horreur, superflus à l'histoire, et les cruautés diverses de la créature. On se permet même quelques divergences d'avec le conte original de l'auteure, mais tout colle dans l'ensemble et la plupart des scènes jouent bien malgré une interprétation frôlant la caricature.
Côté suppléments, nous avons droit à des spots publicitaires télévisés de l'époque, dont un montage des deux parties, mettant l'eau à la bouche des spectateurs et deux bandes-annonces courtes, mais efficaces. La pièce de résistance, hormis le film lui-même, est la piste de commentaires dirigée par nuls autres que Robert Foxworth et John Karlen, dont les propos plein de nostalgie ne perdent pas une minute à révéler les conditions et les anecdotes fusant le métrage. C'est peu, mais c'est déjà beaucoup en terme d'une production prévue pour la télévision, un honneur que peu de programmes aussi âgés reçoivent. C'est donc un beau travail et un grand pas vers la nostalgie d'antan.
L'image est en format plein écran et un peu poussiéreuse, témoin d'une compression quelque peu exagérée. On dénote souvent une définition moindre de l'image, malgré une préservation de qualité certaine. Les couleurs sont revenues à leur beau fixe, les "fantômes" des lumières vacillantes n'ont plus lieu d'être et l'action demeure précise et bien définie sans dépasser le cadre. Le son demeure également un peu problématique, datant d'avant l'époque du numérique. Cependant, il serait faux de croire que l'ensemble sonne mal puisque l'on n'entend que très rarement de cacophonie, de chaos sonore. Le menu principal est animé et musical tandis que les autres pages sont fixes et muettes. On nous entraîne dans un menu facile de navigation, pas très intuitif, mais témoignant d'un savoir-faire correct. Fait à noter, la liste des chapitres ne contient aucune image, mais plutôt les titres correspondants à ceux-ci.
Bel effort, cette mouture ne relève malheureusement pas les questions soulevées si brillamment par l'auteure de la nouvelle originale, mais en profite pour soulever des questions davantage inquiétantes quant à l'existence de Dieu, son abandon envers la race humaine et le chemin vers le pardon. Doté d'interprètes de talent, il va sans dire que cette production vaut largement le détour, ne serait-ce que pour cette facture nostalgique.
| Film | 7 |
| Présentation | 7 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |