Des remakes, des "slashers" pour ados, des adaptations bancales de jeux vidéos et un essoufflement du genre en Asie. Ah misère... La vie est dure pour les amateurs purs et durs de films d'horreur qui n'ont pas eu grand-chose de juteux et d'original à se mettre sous la dent ces dernières années. Heureusement que Rob Zombie (House of a 1000 Corpses, The Devil's Reject), James Wan (Saw, quoique les suites sentent la formule), Danny Boyle (28 Days Later), Alexandre Aja (Haute Tension) et l'australien Greg McLean (Wolf Creek) ont réussi à stimuler mes bas instincts sanguinaires parce que j'étais à deux doigts de sortir ma caméra vidéo et la tronçonneuse et d'aller mutiler mes voisins. Le Hostel d'Eli Roth? Bof, à part les nichons... Par contre, comment oublier ce moment de jouissance dans le très nul House of Wax où l'exécrable Paris Hilton se fait empaler. Je suggère d'ailleurs un remake québécois avec Anne-Marie Losique. Quoi d'autre? "The Descent" bien entendu, du réalisateur britannique Neil Marshall, sans contredit le meilleur film d'horreur de 2006.
Après une descente de rivière avec des copines, Sarah (Shauna Macdonald) est victime d'un accident de la route qui cause la mort de son époux et de sa petite fille. Un an plus tard, le groupe d'amies, mené par Juno (Natalie Mendoza), se réunit à nouveau pour aller explorer un réseau de cavernes situées dans les Appalaches. Piégées et désorientées à la suite d'un éboulement, elles s'enfonceront de plus en plus profondément en espérant trouver un autre accès vers l'air libre. Mais leur amitié sera mise à rude épreuve et elles découvriront qu'elles ne sont pas seules dans cet environnement inhospitalier...
Après un début remarqué en 2002 avec l'excellent Dog Soldiers, Neil Marshall confirme son immense talent pour foutre la trouille avec "The Descent". La recette utilisée est à peu de choses près identique: scénario économique, approche directe, rythme soutenu et six personnages du même sexe qui font face à une menace aussi furtive que sinistre. Seule différence, l'humour venait parfois désamorcer la tension et permettait au spectateur de respirer un peu dans Dog Soldiers, alors que "The Descent" est impitoyablement glauque et angoissant.
Plusieurs éléments contribuent à l'efficacité de ce film qui rend hommage à des classiques tels Deliverance, Carrie, Alien et The Shining. Les personnages sont suffisamment développés (et différents) pour qu'on s'y attache et dès le départ, quelques scènes clefs nous indiquent que mensonges et secrets viendront plus tard alimenter les conflits, en particulier entre la fragile Sarah et la junkie d'adrénaline Juno. Le sentiment d'inconfort est déjà installé et la tension augmente progressivement alors que le groupe, enveloppé par la noirceur, accède aux entrailles labyrinthiques de la caverne et se voit forcé de ramper dans des tunnels exigus, tantôt humides et tantôt poussiéreux. L'atmosphère claustrophobe aura déjà réussi à clouer le spectateur sur son siège quand les vilaines bestioles, humanoïdes gluants au faciès de chauve-souris parfaitement adaptés à leur environnement, font leur apparition. Ensuite vient le chaos, un assaut ininterrompu sur les sens où poursuites effrénées et combats sanglants se succèdent, accompagnant la descente de Sarah vers la folie jusqu'à la scène finale, sombre et nihiliste.
Soutenu par une distribution crédible et une maîtrise technique exemplaire de la part d'un jeune cinéaste qui concocte des films d'horreur pour les amateurs de films d'horreur, "The Descent" est une réussite presque totale. On lui pardonnera donc aisément quelques failles mineures: les effets numériques approximatifs à l'entrée de la caverne, la "rambo-isation" soudaine de Sarah (quoiqu'il y avait matière à péter les plombs) et la combinaison montage rapide/caméra hyper nerveuse qui rend l'action difficile à suivre pendant certaines scènes de combats.
Le transfert proposé par cette édition est excellent. Heureusement, puisqu'il s'agit d'un aspect essentiel pour pouvoir apprécier le film à sa juste valeur. Il faut noter ici que pour accentuer le réalisme, les seules sources lumineuses utilisées pendant le tournage étaient celles que transportaient les personnages. C'est à dire: torches, fusées de signalement, bâtons phosphorescents et caméra vidéo équipée d'une lampe infrarouge (brillante idée, ces sources sont de différentes couleurs, ce qui permet d'identifier plus facilement les membres du groupe lorsqu'ils sont forcés de se séparer). L'image est propre, les couleurs et les zones d'ombre et de lumière sont parfaitement contrôlées, tout comme le niveau des contrastes qui révèle des détails qui seraient demeurés invisibles sur un transfert de moindre qualité ou dans des conditions de visionnement non optimales. Plusieurs critiques ayant visionné le film en salle se sont d'ailleurs plaints que le film était beaucoup trop noir et qu'on n'y voyait pratiquement rien. Vive le DVD!
C'est tout aussi concluant côté sonore. Et c'est encore une fois important puisque le rendu du volet audio (tous les effets sonores ont été conçus et enregistrés lors de la postproduction, le "squish squish" des pas dans des cavernes en mousse de polystyrène, ça ne fait pas très réaliste!) contribue largement à l'efficacité du film. La piste est donc très dynamique, la séparation des canaux est nette et les nombreux effets ambiophoniques, combinés à l'excellente trame musicale de David Julian rendent l'expérience très immersive. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente.
La présentation est standard et le boîtier simple (sans encart) est inséré dans une jaquette cartonnée qui reproduit les éléments recto/verso du boîtier. L'affiche nord-américaine orne la couverture, mais à mon avis, elle n'est pas très réussie. Par contre, les menus, animés d'extraits du film par l'entremise d'une caméra vidéo gisant sur le sol et agrémentés d'effets sonores, sont vachement bien foutus et nous plongent immédiatement dans l'atmosphère terrifiante du film. Au rayon des suppléments, c'est presque la totale! Deux pistes audio de commentaires qui se complètent à merveille (réalisateur et équipe technique, réalisateur et actrices), une revuette exhaustive qui aborde en détail tous les aspects du tournage, des scènes coupées et étendues, des scénarimages avec comparaisons de scènes, une galerie photo et les biographies des acteurs et de l'équipe technique. En fait, il s'agit sensiblement de la même brochette de suppléments que l'on retrouve sur l'édition spéciale double-disque en provenance du Royaume-Uni. Sauf qu'ici, on a rajouté une intéressante entrevue avec Neil Marshall, pertinemment intitulée "DescENDING", où le réalisateur nous parle des deux versions de la scène finale. La version originale, qui est celle que l'on retrouve sur cette édition (yé!), et la version alternative, qui nous laisse avec une (bien faible) lueur d'espoir pour l'héroïne et qui a été présentée en salles en Amérique du Nord. En réalité, il s'agit tout simplement d'une version tronquée, qui se termine environ une minute plus tôt que l'originale.
J'ai vu des tonnes de films d'horreur et je suis rarement effrayé. La dernière fois remonte probablement à Ringu ou à Ju-on: The Grudge (l'original japonais, pas le remake). Quand j'ai visionné "The Descent" pour les besoins de cette critique, c'était la troisième fois que je voyais le film. J'ai encore eu la chair de poule et je ne suis même pas claustrophobe! Alors, procurez-vous cette édition quasi impeccable, éteignez les lumières, montez le volume, cramponnez-vous à votre fauteuil et laissez-vous envelopper par la noirceur alors que vous sentirez les murs se refermer sur vous. Ne paniquez pas! Attendez au moins que les bestioles se pointent... Bou!
| Film | 8 |
| Présentation | 5 |
| Suppléments | 9 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |