Essential Killing
Entertainment One

Réalisateur: Jerzy Skolimowski
Année: 2010
Classification: 14A
Durée: 85 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais/Polonais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français
Nombre de chapitres: 16
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 774212106842

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
18 août 2011

Film inclassable que ce "Essential Killing". Alors que certains ne se retiennent aucunement à crier au tour de force et au génie, montrons plus de retenue à cette expérience singulière des sens où le public se voit confronter à une véritable lutte. Soit, d'un côté celle d'un personnage pour sa survie et de l'autre, le spectateur face à son intérêt.

Plus près de l'expérimental qu'autre chose, impossible de classer ce long-métrage parmi un James Bond ou n'importe quel film d'action typique. Pourtant, la prémisse du film ferait certainement baver tous ceux désireux de faire un excellent film d'action, un suspense ou même un film d'horreur. C'est simple, notre protagoniste, Mohammed, est fait prisonnier des Américains du jour au lendemain où humiliations et maltraitances sont au rendez-vous. Ensuite, par un heureux hasard de circonstances, il se retrouve libre, mais comprend rapidement le coût de cette soi-disant liberté alors que s'enchaîne une course interminable et, comme on s'en doute, l'inévitable nécessité de tuer pour survivre.

Qualité autant que défaut donc de Jerzy Skolimowski d'avoir voulu imposer à son oeuvre un sentiment particulier. Ainsi, de son début en plein dans l'action et de sa fin en plein dans le flou, le cinéaste ne cesse d'enrober constamment son long-métrage de séquences difformes ou même déformées. Entre hallucinations, imaginations et souvenirs, notre personnage pratiquement muet, s'exprimant presque essentiellement de respirations et de cris de douleur ou de défensive, perd toujours un peu plus ses esprits pour nous entraîner en ce qui semble être une sorte de folie.

Il faut dire que ce n'est pas un train de vie recommandable et qu'après les horreurs qu'il a subi, il ne peut certainement pas bien fonctionner. Pourtant, encore sur la testostérone du moment, l'homme qui nous intéresse ne se fait jamais prier pour devenir une machine à tuer et entre les courses effrénées, les poursuites et autres confrontations se déroulant autant de près que de loin, on a droit à des scènes d'une violence aussi brutale que directe qu'à d'autres moments d'une tension inébranlable.

Seulement voilà. En n'arrivant jamais à exprimer son ton ou même son point de vue, on perd le fil et parce que ce n'est ni Run, Lola Run ou tout autre film de poursuite qui se respecte, on perd le fil et on finit gravement par s'ennuyer. Certes, les magnifiques paysages ont certainement de quoi nous envoûter un instant, mais parce qu'il est impossible de s'attacher ou de s'intéresser au personnage principal, ce, malgré la performance fort dévouée de Vincent Gallo, on ne trouve rien où véritablement s'accrocher. Ça en devient d'autant plus frustrant quand le film semble sans cesse réitérer qu'il n'est pas supposé rien exprimé de précis, ni mener à un endroit précis, à défaut de mettre sur la table nombre incalculable de débats, de sujets chauds et de réflexions.

Notons quand même que la technique, à défaut d'un peu trop s'éparpiller, sans sort quand même bien et pardonne à plusieurs moments plusieurs lacunes narratives (que d'autres décrivent comme du génie..). Le visuel est vivant, loin d'être uniforme, et arrive très bien à passer autant du désert terreux, aux intérieurs en passant par les endroits enneigés. Le sang est également toujours bien capté pour toujours offrir un contraste fort qui fait pratiquement toujours forte impression au regard. Plusieurs plans captivent notre intérêt et parviennent à faire ressortir une épatante spontanéité d'ensemble bien rendu par un montage vif et soigné. Même chose pour la bande son qui se permet quelques fantaisies (comme le bourdonnement suite à une explosion) tout autant qu'un mariage réussit avec l'astucieuse trame sonore de Pawel Mykietyn.

Pour la présentation, si la pochette attire le regard par le fort contraste entre le X rouge géant et le fond grisâtre, on ne trouve rien de particulier à y dire, mis à part que le choix des images est "bien" et que le synopsis derrière pourrait difficilement autant mieux résumer entièrement les 85 minutes composant le film. Le menu DVD principalement animé est classique, sobre et fort efficace. Mis à part une bande-annonce du film en question, aucuns suppléments ne se trouvent sur le DVD, ce qui aurait été intéressant pour découvrir la démarche du réalisateur qui semble ici avoir été primordial pour accoucher d'un film aussi détonnant.

En somme, "Essential Killing" est une expérience savante qui peut certainement cumuler en de très bons moments d'action, de suspense et surtout, de poursuite, mais parce qu'il ne semble jamais être vraiment plus que cela, il s'enfonce également rapidement dans les méandres de notre esprit qu'on préfère oublier. Dommage et pas aussi essentiel qu'on se l'aurait tenu pour dit.


Cotes

Film5
Présentation5
Suppléments-
Vidéo6
Audio6