"Event Horizon" fait partie de ces films dont je gardais un souvenir flou. Je me rappelais vaguement d'une ambiance oppressante, d'une imagerie trouble et de prestations solides pour un film de genre, mais je ne parvenais pas à identifier exactement pourquoi il me semblait que le film m'avait fait bonne impression. Je pensais avoir mis le doigt dessus quand j'ai vu le nom du cinéaste Paul Anderson, mais je me suis ravisé lorsque j'ai réalisé qu'il ne s'agissait pas de Paul T. Anderson (Boogie Nights, Magnolia), mais bien de Paul W. S. Anderson (Mortal Combat, Resident Evil)... Oups! Est-ce que j'étais sous l'influence de substances illicites lors du visionnement ou se pouvait-il que ce tâcheron hollywoodien ait accouché d'un long métrage digne de ce nom?
Le Dr William Weir (Sam Neill) a développé un système de propulsion gravitationnel qui, en créant de petits trous noirs, permet de déformer l'espace-temps et d'accélérer les voyages interstellaires. Lorsque l'Event Horizon, équipé de l'invention de Weir, est envoyé vers Neptune, il disparaît sans laisser de trace. Sept ans plus tard, après avoir reçu un signal qui semble venir du vaisseau perdu, le capitaine Miller (Laurence Fishburne) et son équipage partent en mission à bord du Lewis & Clark dans le but de faire enquête. Avec le Dr Weir à bord comme observateur, ils retrouvent l'Event Horizon, mais quelque chose ne tourne pas rond. Le vaisseau semble possédé par une présence maléfique, les membres de l'équipage sont en proie à des hallucinations et le Dr Weir se comporte de façon étrange...
Mélange de Alien et de maison hantée dans l'espace, "Event Horizon" n'invente rien, mais parvient à soutenir une atmosphère accablante qui rappelle certains films d'horreur asiatiques. Le film utilise la peur de l'inconnu comme toile de fond et le malaise s'installe rapidement chez le spectateur par l'entremise des décors gothiques parsemés de longs couloirs sombres et menaçants. Le rythme est délibéré et la tension, qui augmente au gré des visions qui affligent les personnages, culmine dans la dernière demi-heure alors que les effets visuels deviennent de plus en plus terrifiants. Le film délaisse les à-côtés humoristiques et l'aspect romantico cul-cul pour se concentrer sur l'essentiel: donner la chair de poule à l'auditoire. À cet égard, "Event Horizon" est diablement efficace. Les prestations ne sont pas mémorables, mais Sam Neill et Laurence Fishburne parviennent à donner une certaine profondeur à des personnages qui, dans les mains d'acteurs moins talentueux, auraient pu facilement sombrer dans le ridicule ou les stéréotypes. Neill joue l'inexorable descente vers la démence du Dr Weir avec nuance et retenue jusqu'à l'explosion de folie finale, alors que le charismatique Fishburne n'a aucun mal à s'imposer en capitaine autoritaire et sûr de lui. Le reste de la distribution est adéquate dans des rôles plus accessoires.
Le volet technique est particulièrement impressionnant. La présentation vidéo est sans faille apparente. L'image est claire et propre, le niveau des contrastes et des détails est excellent, et l'étalement des noirs est parfait. Je n'ai noté aucun problème d'artefacts dus à la compression ou d'accentuation des contours. La piste audio en Dolby Digital 5.1 est l'une des meilleures qu'il m'ait été donné d'entendre. La séparation des canaux est nette et la piste est très dynamique, tout en gardant un parfait équilibre entre la musique, les dialogues et les effets d'ambiance. Ces derniers sont nombreux et, avec l'apport du haut-parleur des graves, ajoutent grandement à l'atmosphère de mystère et de terreur qui habite le film. De l'excellent travail. La présentation est standard et le boîtier double ne contient pas d'encart. On a malheureusement droit à une couverture bilingue, ce qui rend la lecture du recto du boîtier difficile étant donné la quantité d'informations inscrites. Je préfère de loin les couvertures réversibles, avec un côté en français et l'autre en anglais. Les menus, animés d'extraits du film et agrémentés de la musique rythmée aux accents techno, rendent bien l'ambiance générale du film.
De nombreux suppléments sont offerts sur cette édition. Sur le premier disque, on retrouve une piste audio de commentaires avec le réalisateur et le producteur Jeremy Bolt. Beaucoup d'anecdotes, un soupçon de critique et de nombreux détails sur différents aspects du tournage rendent l'écoute de cette piste agréable, sans toutefois en faire un incontournable. Le second disque débute avec un documentaire de plus de cent minutes sur la production divisé en cinq parties, qui abordent différents aspects, dont la préproduction, le look du film, le casting, les décors, le maquillage, les effets spéciaux, le montage, la musique et la postproduction. Les entrevues avec différents intervenants sont appuyées par des extraits du film, mais on retrouve peu de séquences prises pendant le tournage. C'est un peu long, parfois un peu aride et redondant, mais ça couvre tout de même de façon exhaustive tous les éléments reliés à la production. Ensuite, l'option "Secrets" nous propose trois scènes coupées/étendues avec le commentaire optionnel du réalisateur. La dernière intitulée "Extended Burning Man Confrontation" permet au réalisateur d'aborder les différentes coupures apparemment imposées par le studio. Puis, "Unseen Event Horizon" nous propose "The Un-Filmed Rescue Scene", un prologue non tourné du film sous forme de scénarimages, ainsi qu'une galerie photo intitulée "Conceptual Art". Les commentaires du réalisateur sont encore une fois disponibles sur ces deux segments. Enfin, "The Point of No Return" nous offre quatre courtes revuettes qui nous entraînent sur le plateau de tournage. Deux bandes-annonces du film viennent compléter les suppléments.
"Event Horizon" est sans aucun doute le meilleur film de Paul W. S. Anderson. Certains diront que ça ne veut pas dire grand-chose vu la médiocrité du reste de sa filmographie, mais il demeure que le film atteint son but premier avec efficacité, c'est-à-dire nous offrir un mélange de science-fiction et d'horreur qui nous fout la trouille. Il s'agit, à mon avis, d'un film qui a été injustement vilipendé lors de sa sortie et qui, avec le temps, prend presque des allures de film culte. Puisqu'on a droit à une édition de haut niveau, tant au niveau des aspects techniques que des suppléments, je le recommande fortement aux amateurs de films de genre.
| Film | 7 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 8 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |