L'âge d'or du cinéma d'horreur est un passage inévitable lorsque l'on découvre les chefs-d'œuvre d'aujourd'hui (Exorcist) ainsi que les navets intemporels (Plan 9... en tête). Au début des années 30, Fox, désireux de concurrencer avec Universal, alors toute puissante grâce à ses Frankenstein, Dracula et autre Wolf Man, décida donc de produire ses propres films basés soit sur des émissions radiophoniques ou des romans populaires (les adaptations étaient très populaires jusqu'aux années 60-70). Dans le créneau, on retrouve donc un Béla Lugosi, un Vincent Price et un J. Carrol Naish (illustre inconnu dans mon existence, je dois avouer).
Trois œuvres estampillées Fox dont les vedettes crèvent l'écran dans des rôles à la mesure de leur... démesure. Le premier raconte l'histoire d'un magicien apprenant l'existence d'un maniaque (Lugosi) désireux de détruire Londres, qu'il doit arrêter à tout prix. Le second met en scène l'éternelle belle Gene Tierney aux côtés de Vincent Price dans "Dragonwyck", dans lequel une jeune femme fuyant la religion croit trouver l'échappatoire rêvée en se présentant chez son cousin (Price). Le dernier et non le moindre du coffret et dont la durée dépasse l'entendement (58 minutes, tu parles!), montre une variation intéressante sur le Docteur Jekyll et Mister Hyde.
Bien entendu, lorsqu'on mentionne horreur, il s'agit ici davantage d'une perversion de la science qu'une exploitation physique du terme, comme Saw ou Hostel pour ne nommer que ces récents gallos. Le rythme des films s'en retrouve donc instable et chante parfois faux, ce qui n'empêche pas certains comédiens de briller dans des rôles qui n'auraient su faire à quiconque. Béla Lugosi est génial dans le rôle de Roxor et Vincent Price n'a pas d'égal pour interpréter Nicholas Van Ryn. Le dernier s'oublie presque aussitôt qu'on a terminé le visionnement. Certains acteurs manquent cruellement de charisme, notamment Chandu, joué avec la finesse d'une barre de métal par Edmund Lowe, lequel n'avait aucune chance face à Lugosi (ironiquement, la série télévisée employa Lugosi pour interpréter Chandu). Ici, on le voit bien, l'ambition des films d'horreur se faisait dans la démesure des décors. La demeure de Van Ryn dans "Dragonwyck" est superbe dans ses moindres recoins. Le grain et le noir et blanc de la pellicule achèvent de lui donner une allure de classe jumelée avec un brin de sinistre. Les scénarios ne sont, la plupart du temps, qu'un aléa justifiant une utilisation parfois excessive d'effets spéciaux ou de maquillage, ce qui donne lieu à plusieurs clichés comme la naïveté et les dénouements faciles et expéditifs. Un réel plaisir survient à chaque nouveau visionnement puisque l'on se retrouve comme transportés à cette époque ancienne dans laquelle les véritables géants de Hollywood étaient ceux qui faisaient peur, qui terrorisaient le spectateur de leur simple présence à l'écran. Nommez-moi seulement un acteur d'aujourd'hui capable d'y arriver sans la moindre touche de maquillage.
Au banc des suppléments, on retrouve une bonne dose de revuettes s'attardant majoritairement au tournage des films respectifs ainsi que des pistes de commentaires offertes par des biographes et autres professionnels sachant de quoi ils parlent, ce qui donne une foule d'informations inconnues et amusantes à un rythme très appréciable. Des galeries d'images, des bandes-annonces et, pour "Dragonwyck", une piste musicale isolée (on n'avait pas vu cela depuis des lustres). On aimerait voir davantage que les rares images prises sur le plateau, mais étant donné la période et compte tenu du fait qu'il s'agit de seconds canons méconnus de la majorité, force est de constater l'effort et la qualité de la restauration, dont nous pouvons apercevoir un court segment sur chaque film et des revuettes levant le voile sur plusieurs faits juteux.
L'image, tel que mentionné plus haut, a été restaurée pour chaque film. En effet, les nuances de gris s'adaptent parfaitement à chaque texture, offrant un fini granuleux presque parfait et dénué de la majeure partie de ses égratignures et poussières de la version précédente. Les ombres et lumières, parfois surexposées, donnent de bons contrastes riches. Pour le son, aucune piste sonore française n'est en vue (dites donc, en plus de ne jamais offrir de 5.1, Fox boude le français maintenant? Il va bientôt falloir que je me paie les Zone 2 à ce train!), et le mono tant anglais qu'espagnol (allons donc, il n'y a que les espagnols qui doublent les films, me direz-vous?) donnent du fil à retordre en ce qui a trait à la qualité des effets sonores et des dialogues. Il est vrai que l'on peut entendre une bonne différence entre l'ancienne version (disponible seulement en VHS) et celle-ci, mais pas suffisamment pour crier à la rédemption complète. Quant aux menus, la page principale reprend le morceau musical le plus adéquat et un collage d'images simpliste, rappelant bien que l'on a affaire à un film âgé, fait du bien à l'œil fatigué des montages rapides façon MTV. Le tout est fixe et les autres pages sont muettes... un véritable handicap pour le DVD de nos jours.
Petit joyau de découverte, ce coffret est tout indiqué puisque l'Halloween approche à grands pas. Bien qu'il est presque impensable de ressentir à nouveau de la peur face à ces vues pelliculaires, le charme des années 30 et 40 opérera toujours sans avoir pris une ride. Il serait difficile de refuser, non?
| Film | 8 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 5 |