Après le succès culte de son premier film Re-Animator en 1985, Stuart Gordon a décidé de réadapter une autre nouvelle du mythique H.P. Lovecraft. Le résultat, nettement inférieur, ressort deux décennies plus tard en DVD sous le nom de "From Beyond : Unrated Director's Cut".
La métamorphose et la transformation des corps sont encore à l'honneur. Une machine révolutionnaire appelée Le Résonateur permet de rendre palpable ce qui ne l'est pas. Suite à un test qui a mal tourné, le dangereux docteur Edward Pretorious (Ted Sorel) disparaît sans laisser de place. Ayant observé le désastre, son collègue Crawford Tillinghast (Jeffrey Combs) est vite interné à l'asile. Pour faire la lumière sur toute cette situation, la séduisante Katherine McMichaels (Barbara Crampton) le fait libérer à une seule condition : il devra recréer l'expérience qui l'a rendu fou.
Sur papier, l'idée est plus que fascinante. Les livres de Lovecraft sont des bijoux horrifiques qui traumatisent instantanément. Quant à lui, Gordon a une vision particulière des rouages de la société et il n'hésite pas à faire appel aux mêmes acteurs (Combs, Crampton) que son premier succès Re-Animator. Malheureusement, le résultat ne peut que décevoir. Les écrits de l'auteur totalisent à peine sept pages et c'est ce que le réalisateur a utilisé en introduction. Pour le reste, il a tout inventé presque de A à Z. Ainsi, au lieu de se retrouver avec des atmosphères démentielles, lourdes et effrayantes, le cinéaste derrière "Dolls" a préféré verser dans l'exubérance.
Le récit ne fait donc pas peur. Les mutations du méchant scientifique passent par des effets spéciaux aujourd'hui datés qui étaient plus que réussis en 1986. Le climat n'est non plus au suspense ou à la découverte. Au contraire, tout est matière au rire et à la dérision, le tout étant principalement amené par la composition amusante de Combs et la participation plus qu'énergique de l'acteur Ken Foree. Et lorsque la simili horreur n'est pas loin, il y a toujours une once de sexe dans l'air. Ici, elle est plus montrée que suggérée. À cet effet, Crampton est un symbole de domination, instruments en sus. Pour la véracité de son personnage, il va falloir revenir. Mais elle est sexy et dans ce genre de production, c'est tout ce qui est important.
La musique de Richard Band n'a pas perdu de son mordant. Elle est imprévisible, purement descriptive, soutenant admirablement les situations, les amenant dans de nouvelles directions. Elle sait cependant s'éclipser dès qu'un des protagonistes se met à parler. Combinez le tout à de très belles images et c'est la totale. Ici, les éclairages naviguent dans les couleurs éclatantes dominées par le rouge, le vert et le bleu. Les contrastes, fondamentaux pour ce genre de sujet, s'avèrent tout à fait flamboyants.
Plusieurs erreurs sont présentes sur le boîtier. Tout d'abord, il n'y a aucun sous-titre en français. Il y en a seulement en anglais et en espagnol et l'écriture blanche est très facile à lire. Pour contrebalancer cette déception, deux bonnes nouvelles. La piste sonore anglophone n'est pas en Dolby Digital 2.0 mais en 4.0. Il y a donc davantage de bruits qui s'évadent des différentes enceintes. De plus, il y a une piste sonore supplémentaire en français mono. La traduction laisse souvent à désirer, sauf que cette décision permettra de rejoindre un public encore plus large.
La pochette et le menu principal du DVD sont aux antipodes. La première offre un image très réussie qui glace le sang. Le croquis, montrant une sorte d'Alien avec une tête de mort dans la bouche, rappelle énormément le style propre de HR Giger. Le deuxième, quant à lui, est présenté sans musique ni mouvement. Il n'y a qu'un homme transformé qui est loin d'être très séduisant. Les suppléments, nombreux, mais peu substantiels, se divisent en quatre catégories distinctes. Il y a tout d'abord des comparaisons entre les scènes finales et les dessins de production. Cinq séquences sont ainsi juxtaposées. La seconde section présente son lot de courts documentaires. Il y a une entrevue un peu inutile avec le compositeur de la musique, un avec le monteur (c'est cette fois plus pertinent de découvrir ce qui a été rajouté à la version initiale) et le cinéaste explique l'utilité de faire de films d'horreur dans un monde post 11 septembre 2001. À la fois intéressant et superficiel. Un montage de photographies se déroule sur une mélodie lugubre et une piste de commentaires assez disjonctés met en vedette les voix de Gordon, de Combs, de Crampton et du producteur Brian Yuzna (l'homme qui a réalisé les Beyond Re-Animator et Bride of Re-Animator). Ces quatre personnes décortiquent l'œuvre avec beaucoup d'humour et de passion, expliquant de nombreux enjeux importants ou non. Léger et c'est tant mieux.
"From Beyond :Unrated Director's Cut" part d'une prémisse classique pour verser rapidement dans l'absurde et la violation de tabous sexuels. Malheureusement, arrivé à peine quelques mois après l'excellent Re-Animator, la recette sent le réchauffé tant les ingrédients finissent par se ressembler. Après un premier récit qui a marqué les esprits, la carrière de Gordon n'a fait que s'évaporer dans l'air, atteignant son deuxième gros succès avec Fortress en 1993, un long-métrage sans grande valeur nutritive. Entre l'horreur et la science-fiction, il a néanmoins pu survivre à la vague, ressuscitant sa carrière en 2005 avec son corrosif Edmond. Pour un nouveau départ, cela en est tout un.
| Film | 5 |
| Présentation | 4 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 8 |
| Audio | 7 |