The Grudge
Sony Pictures Home Entertainment

Réalisateur: Takashi Shimizu
Année: 2004
Classification: 14A
Durée: 91 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Français, Espagnol
Nombre de chapitres: 28
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Robert Bélanger
22 février 2005

Profitant de la vague d'excellents films d'horreur à émerger du Japon ces dernières années, cette usine à recyclage nommée Hollywood nous avait offert en 2002, un remake de l'excellent Ringu du réalisateur Hideo Nakata. Et puisque, quand on tient un aussi bon filon on ne le lâche pas si facilement, voilà que l'usine en question récidive avec "The Grudge", presque une copie conforme de Ju-on: The Grudge de Takashi Shimizu. Et ce n'est pas fini, car on aura droit, entre autres, à des remakes de Dark Water (du réalisateur de Ringu, Hideo Nakata) et du fabuleux film coréen A Tale of Two Sisters.

Yoko, une travailleuse sociale, se rend au domicile d'une Américaine invalide pour lui prodiguer des soins. Sans nouvelles de Yoko depuis plusieurs jours, l'agence envoie Karen Sarah Michelle Gellar), une étudiante qui participe à un programme d'échange, pour la remplacer. Karen trouve la maison en désordre ainsi qu'un jeune garçon nommé Toshio qui semble avoir été battu. Karen demande de l'aide, mais quand la police arrive la vieille dame est morte et Karen est en état de choc. Une enquête s'ensuit, qui révélera que la maison est porteuse d'une malédiction depuis qu'un crime violent y a été commis quelques années auparavant.

Au départ, je dois mentionner que je hais les remakes de films étrangers, en particulier ceux de films asiatiques puisque je suis un grand fan de ce cinéma, souvent original et inventif, qui comporte une grande part d'ambiguïté et incite à la réflexion. Malheureusement, le public nord-américain moyen, qui possède à peu près le niveau d'attention d'un poisson rouge, souffre d'une allergie à l'effort et demande des produits prédigérés où tout est expliqué. De toute façon, il ne faut surtout pas lui demander de lire des sous-titres ou de s'identifier à des acteurs qu'il ne connaît pas. Ceci étant dit, le producteur Sam Raimi (réalisateur des Evil Dead et de Army of Darkness) a tout de même eu, ce qui semblait au départ, l'excellente idée de demander à Shimizu de refaire son propre film, au Japon, avec la même équipe de tournage, acteurs Américains en sus. Ni raté ni convaincant, le résultat se situe entre les deux.

Ceux ayant vu l'original (1) ne seront pas trop dépaysés puisque Shimizu utilise essentiellement le même environnement, la même structure narrative à la Pulp Fiction où différentes intrigues s'entrecroisent dans le désordre chronologique, et que Toshio et Kayako sont personnifiés par les mêmes acteurs. Malheureusement, malgré le fait que certaines scènes aient été rajoutées pour souligner l'isolement causé par le choc des cultures, la caractérisation des personnages principaux est peu élaborée et les acteurs américains ne sont pas très convaincants. Sarah Michelle Gellar a l'air soit perdue soit effrayée et Jason Behr, son copain, aurait pu être remplacé par un caniche puisque son personnage n'existe que pour s'assurer que Karen reviendra dans la maison à la fin du film. Les autres rôles tenus par des Américains sont essentiellement génériques et seule Grace Zabriskie (la femme invalide) s'en tire avec les honneurs. Par contre, Yoko Maki (Yoko) et le vétéran acteur japonais Ryo Ishibachi (en détective de police) sont excellents. Par ailleurs, une grande partie du plaisir dans ce genre de film consiste, pour le spectateur, à essayer de mettre toutes les pièces du casse-tête ensemble. Bien qu'une partie de l'ambiguïté demeure, ce scénario américanisé utilise certaines scènes, redondantes ou inutiles, pour expliquer l'origine de la malédiction (déjà expliquée dans le prologue sous forme de texte) et pour clarifier certains aspects (Bill Pulman qui réapparaît à la fin). Ceci ayant pour effet de diluer une partie du suspense.

En fin de compte, c'est le sens visuel hors du commun du réalisateur qui sauve le film. Shimizu excelle dans l'art de créer une ambiance trouble. Sa caméra est toujours bien placée et il utilise efficacement l'alternance de zones sombres et éclairées dans des environnements restreints pour amplifier l'aspect claustrophobe des lieux. Son attention aux détails ainsi que l'efficacité avec laquelle il compose l'imagerie macabre et sinistre qui imprègne le film viennent ajouter à l'angoisse ressentie par le spectateur. Il faut d'ailleurs être attentif, car bien que cette imagerie se développe parfois lentement sous nos yeux, certains éléments visuels n'apparaissent qu'une fraction de seconde et se situent souvent aux extrémités du cadrage.

"The Grudge" est donc un film à deux têtes. Vous serez parfois terrifiés et, à d'autres moments, vous pourrez facilement deviner ce qui va suivre.

La présentation vidéo est très bonne. L'image est claire et le niveau des contrastes et des détails est excellent, même lors des scènes les plus sombres. Shimizu a choisi une palette de couleurs tirant sur les tons terreux qui sied bien à l'ambiance générale et celle-ci est bien rendue. On note parfois un léger problème d'accentuation des contours, mais rien de bien grave. La qualité audio est également au rendez-vous. L'atmosphère oppressive est supportée par de nombreux effets ambiophoniques qui viennent s'ajouter à l'imagerie visuelle troublante pour offrir un environnement des plus immersif. La trame musicale de Christopher Young est par contre trop envahissante et télégraphie souvent les moments où vous êtes supposés bondir de votre siège. Les dialogues sont clairs et sans distorsion apparente. Les menus utilisent un montage très serré d'extraits du film accompagné d'effets sonores. Simple et très efficace.

Pour débuter les suppléments, on retrouve une piste de commentaires avec les producteurs Sam Raimi et Rob Tappert, le scénariste Stephen Susco et les acteurs/actrices Sarah Michelle Gellar, Ted Raimi, Jason Behr, Clea Duvall et KaDee Strickland. Bien que l'atmosphère soit très détendue et que les participants rigolent un bon coup, ça reste tout de même intéressant et informatif. On en apprend beaucoup, par exemple, sur les différences entre la façon de travailler des Japonais par rapport à celle des productions américaines. Par la suite, "A Powerful rage: Behind the Grudge" nous amène dans les coulisses du tournage. Puisque chaque entrevue est accompagnée d'une scène du film et que les interventions se limitent souvent à des trucs insipides du genre "untel est bon! untel est gentil!", on aurait pu dire les mêmes choses en 15 minutes au lieu de 50. Par contre, il demeure intéressant de voir Shimizu et son équipe au travail et de voir comment ils ont composé avec la barrière des langues. La revuette "Under the Skin" nous offre une explication scientifique sur le phénomène de la peur, c'est-à-dire pourquoi les gens aiment avoir peur et comment le corps réagit dans ces circonstances. Ce segment est quant à moi, d'un intérêt limité. Plusieurs bandes-annonce viennent compléter les suppléments.

Étant donné la piètre qualité de la production hollywoodienne en ce qui concerne les films d'horreur, ceux qui ne sont pas familiers avec les films asiatiques du genre vont peut-être conclure que "The Grudge" est l'un des films les plus terrifiants qu'il leur ait été donné de visionner. Les autres, comme moi, n'y verront qu'une version édulcorée et une pâle copie de l'original.

(1): Takashi Shimizu a réalisé 4 films dans cette série. Deux pour la télé en 2000 ("Ju-on" et "Ju-on 2") et deux pour le cinéma en 2003 ("Ju-on: The Grudge" et "Ju-on: The Grudge 2"). Puisque "Ju-on: The Grudge" est essentiellement un remake du premier film tourné pour la télé, c'est à celui-ci que l'on fait référence quand on parle du film original.


Cotes

Film6
Menu7
Suppléments7
Vidéo8
Audio8