En 2002, un jeune réalisateur, Eli Roth, se faisait connaître grâce à la bénédiction du grand Peter Jackson et de son tout premier film d'horreur, Cabin Fever. Ce premier essai fut une réussite malgré des influences parfois trop prononcées et peu subtiles. Trois ans plus tard, avec l'approbation et les nombreux dollars de Quentin Tarantino, Roth nous présente son deuxième long-métrage, "Hostel".
Souvent employé pour résumer un film d'horreur efficace, l'expression "avoir le cœur solide pour regarder ce film" ne s'est jamais aussi bien appliquée que pour "Hostel". Deux Américains partent pour l'Europe avec leur sac à dos pour s'amuser durant le congé estival. Voulant réaliser certains fantasmes adolescents, ils se font tirer l'oreille pour aller à Bratislava, une ville où les femmes sont sexy, nombreuses et aguichantes. À peine arrivés à leur auberge, les trois hommes constatent rapidement que la réputation de la ville est honorée puisqu'ils sont accueillis chaudement par deux "canons féminins". Ces dernières useront rapidement de leurs charmes pour faire d'eux des victimes d'un marché visant à assouvir les bas instincts de certaines gens prêts à payer un montant important pour faire souffrir un être humain jusqu'à la mort...
Dégoûtant!, gorissime! et violent! Eli Roth remonte la barre du cinéma d'horreur et le pousse au maximum de ce que l'on peut voir en tant que spectateur sans toutefois se sentir fou et dérangé de vouloir regarder ces moments sadiques et cruels. La première demi-heure ressemble beaucoup plus à Eurotrip qu'à un film d'horreur. C'est lorsque l'on présente les sévices faits sur les victimes que le spectateur devient déstabilisé. Un des moments forts est sans aucun doute lorsqu'un des américain peut s'échapper, mais doit marcher avec de profondes coupures faites aux talons d'achille. Roth utilise alors le gros plan pour répugner au maximum le spectateur et montrer alors la partie inférieure de la cheville qui reste sur le sol contrairement au reste de la jambe. Tiré d'un fait vécu, le film se serait inspiré d'une légende urbaine selon laquelle un américain aurait été tué moyennant un montant payé par un riche homme d'affaires qui voulait le voir souffrir mortellement. Écrit et réalisé par Eli Roth, Hostel est beaucoup plus gore, horrifique et intelligent que Cabin Fever, le premier du réalisateur. Par contre, le culte que Roth porte pour Tarantino est encore trop présent et on aimerait voir beaucoup plus du sien durant certaines scènes. Il semble que ce ne sera pas pour son prochain film qui pourrait être le deuxième chapitre de la franchise puisque les deux (Roth et Tarantino) ont eu des discussions avec Sony pour un scénario qui promet d'être encore plus dégoûtant!
D'après moi, cette édition ne sera certainement pas la dernière puisqu'on a l'impression que la valve des bonis semble avoir été ouverte de façon restreinte. "Hostel - Unrated Cut" nous présente une édition, qui selon la jolie pochette cartonnée, n'a pas été coupée au montage. Ayant vu la version présentée en salle et celle-ci, j'ai eu de la difficulté à reconnaître les ajouts au point de me demander s'il y en a vraiment eu et pourtant on sait que le réalisateur a coupé quelques bouts dérangeants pour la sortie en salle. Le documentaire présent dans la partie bonis est génial puisqu'il nous invite sur le plateau de tournage et nous montre certains trucages. Les effets spéciaux produits pour les coupures au talon méritent plusieurs étoiles d'ingéniosité. On voit aussi les étapes de maquillage de l'Asiatique martyrisée, qui représente plusieurs heures de travail. Une autre partie intéressante permet une certaine interactivité avec le cinéphile où l'on peut décider les angles de visionnement pour la scène "Kill The Car" où une bande de jeunes se plaît à sauter et briser une voiture. La partie bonis comprend aussi quatre pistes de commentaires indépendantes du réalisateur, de Tarantino, des producteurs ainsi que d'Harry Knowles du site aintitcoolnews.com. L'exercice d'écoute fut intéressant pour la piste de commentaires avec Eli Roth qui raconte, avec une certaine légèreté comment le projet a pris forme et explique de façon plus profonde certaines scènes. Il est par contre ennuyeux, long, et ardu de devoir écouter trois autres fois le film pour les autres pistes. Pourquoi ne pas avoir réuni tout ce monde pour en faire une seule? Pour ce qui est de la piste sonore francophone, traduite en sol québécois, elle est véritablement efficace, n'oubliant aucun bruit susceptible d'amplifier l'ambiance angoissante du film. La qualité visuelle est aussi impressionnante, maîtrisant les contrastes qui nous permettent souvent d'apprécier les effets spéciaux à leur juste valeur.
Eli Roth est sans aucun doute un jeune réalisateur doué puisqu'il signe ici un excellent film gore. Reste à savoir pour le cinéphile qui, bombardé de scènes d'une cruauté humaine désarmante et sadique, se demande s'il n'a pas un petit côté de folie pour apprécier ce genre de cinéma. Et puis qui a dit que les amateurs de film d'horreur étaient des gens normaux?
| Film | 7 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 9 |
| Audio | 9 |