House of the Dead
Artisan Entertainment

Réalisateur: Uwe Boll
Année: 2003
Classification: 18A
Durée: 90 minutes
Ratio: 1.85:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DTS61,DD51,DD20), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres: 18
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca Archambault.ca

Selon Simon Bergeron
21 juin 2007

Un paroxysme est un moment durant lequel un événement ou une personne atteint sa capacité maximale, sa limite. Dans cette optique, on peut voir s'opérer un paroxysme dans la "carrière" de Uwe Boll: en effet, dès son premier méfait, il donne un statut à Ed Wood Jr. de réalisateur de prestige. Les films de ce dernier n'avaient aucunement la prétention de changer le monde tandis que son homonyme du 21e siècle prend son matériel avec tant de sérieux que l'ensemble en devient souffrant. Le sous-titre "le jeu ne fait que commencer" laisse déjà présager du pire. Si les films du sieur Romero sont dorés d'une aura de légende, il semblerait que Boll ne se contente que d'être fan du réalisateur, préférant placer sa caméra où bon lui semble plutôt que de tenter de retirer un iota pertinent d'un script inepte, au mieux. Dire que le tout est une "adaptation" d'un jeu vidéo relève de l'euphémisme puisque le seul lien tangible est le titre de ce foutoir suprême. En frais de film basé sur un média pixellisé, il s'agit du pire exemple.

L'histoire est encore plus malodorante que les poissons d'Ordralfabétix tant la psychologie en carton des personnages dépasse l'entendement humain, guidés de force par un scénario abracadabrant: sur une île abandonnée aux rumeurs mystérieuses, une bande de jeunes qui ne pense qu'à s'envoyer en l'air organise un rave (en plein jour??) et fête jusqu'à plus soif. Débarque alors une marmaille de joyeux mangeurs de chairs sortis tout droit des pires ateliers de maquillages jamais vus qui, dès qu'attachés à une proie, se contentent de mimer des morsures. Un autre groupe de jeunes, ayant manqué le bateau pour l'île (ben voyons) soudoie un capitaine nommé Kirk (hommage ou dommage?) de changer son cap, ce qu'il fait bien entendu. Arrivés sur les lieux, les jeunes au quotient guère plus élevé qu'un géranium décident de partir à la recherche de survivants (pourquoi pas s'improviser super héros pendant qu'on y est?). Il ne faut pas long avant que l'un d'entre eux se fasse bouffer et devienne à son tour mangeuse de chair. S'ensuit une utilisation surchargée du "bullet-time" cher à Matrix et de zombies à canarder jusqu'à une finale encore plus improbable que la preuve d'honnêteté en politique.

Film bâtard, "House of the Dead" ne mérite même pas d'être affublé de l'expression "tellement mauvais qu'il en est bon" pour les raisons énumérées plus haut. Les acteurs sont laissés à eux-mêmes, interprétant chacun le clone du suivant doté de la même personnalité excepté pour quelques changements de sexe. Les erreurs techniques sont telles que Plan 9 From Outer Space a l'air sérieusement bien préparé, à commencer par un zombie qui se fait éclater pour se rendre compte qu'il s'agit d'un mannequin, des perches preneuses de son visibles tout au long des scènes coupées, ces erreurs de raccord durant lesquelles la pluie devient torrentielle ou carrément absente, etc. La liste continue, mais je vais arrêter ici. C'est dire, les menus sont plus réussis que le film, excepté pour cette musique de détraqué qui joue sans cesse. Uwe Boll ferait-il exprès pour dégoûter un cinéphile du 7e art? On serait tenté de le croire à en juger les choix "artistiques" déraisonnables faits par le monsieur convaincu d'offrir une œuvre d'auteur (y a qu'à écouter les commentaires pour en juger). Les dialogues sonnent éteints et le livret présent dans le boîtier dépeint le co-scénariste comme un écrivain ayant voulu rendre hommage aux films de peur du passé (est-ce que je peux arrêter de rire?). Durant le film, un personnage ayant subi une brûlure au visage se fait poser l'équivalent d'une serviette hygiénique sur la joue, et on est sensé le prendre en pitié (en tout cas, pour avoir signé dans ce film, oui)?

Côté extras, c'est une joie (merci, sarcasmes) de constater que les mêmes soins ont été accordés qu'au scénario. Tout d'abord, des scènes coupées d'un intérêt plus que minable, une revuette "Stacked for Zombat" durant laquelle on se rend bien compte que le co-scénariste croit dur comme fer que de faire jouer des actrices du film à un jeu d'arcade va leur donner la même expérience que Spielberg a fait endurer à ses acteurs durant Saving Private Ryan. "Behind the House" prend plus de temps à s'entretenir avec les maîtres du genre (Romero, Savini, etc.) plutôt que de réellement s'attarder à la production, une bande-annonce mal fichue, quelques bandes-annonces supplémentaires et des pistes de commentaires. Uwe Boll et le co-scénariste Mark A. Altman semblent littéralement croire qu'ils ont fait le Lord of the Rings des films de Zombies, même si ce dernier affirme que "ce n'est pas Citizen Kane" (encore heureux). On aurait préféré un documentaire s'attardant aux maladies des producteurs à dénicher si piètres incapables pour tourner une telle bouillie hétérogène. La compression du film ne se fait pas réellement sentir excepté dans ces séquences copiées de Matrix à l'aspect sablonneux et d'une pellicule parfois sous-exposée. Le son, bien qu'en Dolby DTS 6.1, ne parvient pas à faire lever l'intérêt puisque le film est, d'emblée, un amalgame de chaos sonore et artistique faisant la plus mauvaise utilisation des chaînes entendues à ce jour (une honte pour un son si prestigieux).

Le carnet de charges du réalisateur est bien rempli, malgré tout: des fusils, du gros gore bien gratuit, quelques protubérances mammaires féminines arrosées d'un zeste de décor macabre. Le hic, et c'est là le plus important, est qu'il faut un minimum de cohérence à tout ceci. Rarement un film de mort-vivant n'aura été si indigne (preuve à l'appui: au premier visionnement, je me suis endormi). Uwe Boll, nom désormais en rouge sur ma liste noire, est probablement le seul être capable de transformer l'or en plomb. Autres titres à éviter pour passer une meilleure soirée: Alone in the Dark, Bloodrayne et plusieurs autres à venir. Les producteurs semblent lui confier les adaptations de jeux vidéo afin d'enterrer le genre, ce qui risque bien d'arriver.


Cotes

Film0
Présentation4
Suppléments3
Vidéo6
Audio5