Inside
Dimension Extreme
Alliance / Weinstein Company

Réalisateurs: Julien Maury, Alexandre Bustillo
Année: 2007
Classification: NR
Durée: 82 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Français (DD51), Anglais (DD51)
Sous-titres: Anglais, Espagnol
Nombre de chapitres:
Nombre de disques: 1 (DVD-9)

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Simon Bergeron
11 décembre 2008

Ho là, les français, ils sont déchaînés du bulbe! Sans rire, c'est avec un esprit sans compromis que nos voisins d'outre-mer nous ont pondu ce huis clos bien terrifiant, cette histoire de torture qui va définitivement mettre la série complète de Saw aux rebuts et ce n'est pas peu dire tant les personnages souffrent physiquement et moralement. Une dure épreuve à passer et un 82 minutes vachement bien scénarisé en plus. La classe, quoi.

Sarah est en proie à une perte d'énergie. Plus rien ne la fait sourire ni ne la distrait, hormis les moments pendant lesquels la jeune femme se concentre sur son enfant à naître. En effet, quatre mois après un accident de la route qui a coûté la vie à son mari, mais qui lui a miraculeusement laissé la chance de garder son bébé, le rejeton est tout ce qui compte pour elle. Un soir de Noël, alors qu'elle est seule à célébrer, elle reçoit une visite étrange: une femme d'allure aussi jeune qu'elle la tient captive dans sa propre demeure. Désespérée et désireuse de porter l'accouchement à terme, Sarah se bat pour la survie alors que l'intruse sadique, non contente de seulement la torturer, se débarrasse de tous et chacun qui se mettent en travers de la route.

L'un des réalisateurs ayant travaillé comme rédacteur à la revue "Mad Movies" (je la lis depuis 16 ans non-stop et c'est génial!) depuis plusieurs années, le lot de pellicules indigestes que le bonhomme a dû subir lui ont certainement donné l'envie de redorer le blason du cinoche français. Et un peu qu'il a réussi. Il s'est emparé d'un thème cher à Polanski (n'échappe pas à l'écho de Rosemary's Baby qui veut) et l'a fait sien. Ainsi, les personnages sont de véritables humains, habités de sentiments et de passés respectifs qui s'affrontent avec force et rage. Le duo Béatrice Dalle et Alysson Paradis fonctionne avec horreur (donc à merveille si on veut). Les deux s'imposent comme de puissants piliers dont le film repose sur leurs épaules, mais elles savent maintenir la pression et livrent une performance nuancée et profonde. L'une est une force indestructible, l'autre et un objet immobile... vous imaginez l'impact? Tout autour d'elles s'effrite forcément. Le passé de Sarah subit un changement radical et la transforme littéralement façon cocon.

Les dialogues demeurent piquants et judicieusement bien équilibrés pour la majorité et confèrent au métrage un rythme qui fait paraître les 82 minutes comme 120 (ce n'est pas une mauvaise chose lorsque l'ambiance parvient à ralentir le temps). On ne s'ennuie pas une seconde dans ce film. L'équipe d'acteurs entourant les deux jeunes femmes livre des performances brèves, mais adéquates. Question: comment une femme seule peut se débarrasser de policiers? Réponse: voyez le film. Et il ne faut pas croire que parce qu'une femme est enceinte qu'elle ne se fera pas défourailler la gueule ou qu'elle ne répliquera pas, ça non! Quelques invraisemblances peuvent s'être glissées ici et là, mais le tout reste indéniablement ancré dans la réalité et c'est là l'aspect le plus terrifiant exploité avec brio. Ce casse-tête de chair et de sang n'est pas en reste puisque personne n'est épargné. L'ambiance sombre menée de main de maître par la lumière et les cadrages lyriques provoquent des malaises chez le spectateur, qui ne sait à quoi s'attendre, puisqu'à partir du moment que commence le film, nous sommes en terrain inconnu: un film d'horreur sacrément réussi. On suspecte cependant la Dimension d'avoir retravaillé (entendre "coupé") quelques passages dans un nouveau montage voulu plus gore, donc effrayant et c'est là le seul point faible du film: une durée trop courte. Mais mieux vaut ça que l'inverse, non (rappelez-vous Cursed de Craven)?

Côté bonus, on perd presque tout ce que la double galette française avait à offrir (et Dieu sait qu'elle en avait!). Ne reste plus qu'une revuette (de 50 minutes tout de même) et la bande-annonce du film. On entre beaucoup dans les détails de la production, mais les véritables cerveaux ne sont presque jamais interviewés. Autre problème est qu'aucun nom en sous-titre n'apparaît lors du supplément, ce qui est gênant puisqu'on a aucune chance de reconnaître qui fait quoi. C'est mince, mais on n'est pas en Zone 2, quoi.

Le visuel est bien, mais aurait pu bénéficier du traitement réservé en terrain natal (il était carrément irréprochable). On perd quelques détails dans la noirceur et quelques gestes et actions ici et là s'en retrouvent plus flous. La palette majoritairement rouge demeure quand même honnête et déverse avec générosité toutes ses nuances dans le film. Le son se tire bien d'affaire aussi, mais n'a encore une fois pas son homologue français en DTS. Ainsi, des voix hors-champ s'amenuisent et une partie de l'ambiance malsaine et musicale (excellentes compositions de François-Eude Chanfrault) est perdue corps et bien, noyée dans une édition voulue "extrême" donc axée purement gore. Le doublage anglais est à éviter à tout prix: les mots ne suivent jamais (ou alors très peu) les mouvements respectifs des lèvres et l'ambiance semble avoir été retravaillée pour servir davantage la pochette que le film. Alors pour éviter le boxon, mettez-la en français.

"Inside" (À l'Intérieur, donc) est une réponse puissante, un conte horrifique sur les relations mères-enfants ainsi qu'une douloureuse incursion dans les limbes sinueuses et lyriques d'un nouveau cinéma français: sans compromis. Qu'on se le dise, le duo Bustillo-Maury fera d'autres merveilles comme celle-là, on n'en doute pas. Vive la France!


Cotes

Film9
Présentation6
Suppléments6
Vidéo7
Audio7