Universal Studios vient de mettre sur le marché une deuxième vague de films d'horreur soulignant l'œuvre des pionniers des films de série B qui ont fait frémir bien des gens entre les années 1931 et 1946. Si une première intitulée Monster Legacy Collection se voulait un hommage à Dracula, Frankenstein et Wolfman, cette seconde nous présente les autres créatures d'épouvantes un peu moins connues, mais tout de même aussi effroyables pour l'époque. Intitulée "Monster Legacy Collection - Wave 2", cette série relate les péripéties de l'homme invisible, de la créature du lagon et de la momie, mais malheureusement elle ne comprend pas de méga coffret incluant les films et un buste des trois créatures. Nous devons donc nous procurer chacun des mini coffrets individuellement et dans le cadre de cette revue, j'ai le privilège de vous présenter celui de l'homme invisible.
C'est dans l'imaginaire du grand auteur H.G. Wells (The Time Machine, War of the Worlds) que naît le personnage de l'homme invisible en 1897 et c'est au grand comédien Claude Rains (Casablanca) que reviendra l'honneur d'incarner Jack Griffin, ce scientifique qui fera la découverte de la formule menant à l'invisibilité. Universal nous présente donc cinq films sur l'homme invisible effacé dans un splendide coffret de deux DVD conservant l'esthétisme et la présentation de ses prédécesseurs.
"The Invisible Man" - 1933
Réalisé par le grand James Whale ("Frankenstein"), ce film raconte l'histoire de Jack Griffin, grand scientifique plutôt téméraire qui quitte son emploi pour mieux se concentrer sur ses propres recherches et il se met à tripoter des substances qu'il aurait dû laisser tranquille. Se retrouvant invisible suite à ses manipulations audacieuses, il cherchera le moyen de retrouver son image, mais étant privé d'un endroit où il peut se concocter un antidote, il sera victime des effets secondaires de sa transformation et la gentillesse qui le caractérisait fera place à la démence.
Ce film est un classique du genre horreur. Habilement réalisé et combinant un juste mélange de suspense, d'horreur et d'humour, il dispose d'une bonne distribution et surtout d'une histoire qui est restée fidèle à l'œuvre originale et qui est bien adaptée. Les effets spéciaux sont d'une grande efficacité malgré les 70 ans d'âge et je n'ai pas de difficulté à croire la frayeur des gens en voyant ce film dans les années 1930. Ce film est un incontournable pour les maniaques de films d'horreur.
"The Invisible Man Returns" - 1940
Geoffrey Ratcliffe (Vincent Price) est un meurtrier, accusé à tort du meurtre de son frère et qui doit être exécuté pour son crime. Mais ce dernier disparaît le matin de son exécution, aidé par sa copine et surtout par le Dr Frank Griffin (John Sutton), le frère de Jack Sutton, inventeur de la formule donnant l'invisibilité. Ce nouveau look discret lui permettra d'investiguer sur les causes réelles de la mort de son frère. Pendant qu'il enquête, son collaborateur, le Dr Frank Griffin cherchera à trouver l'antidote à l'invisibilité et surtout à la démence qui y est associée.
Grâce à un scénario intéressant et surtout un rythme rapide, ce film conserve toute sa fraîcheur et le sentiment d'urgence qui en découle crée un climat de tension très efficace. De plus, l'ajout de Vincent Price dans la distribution du film est une valeur ajoutée non négligeable. Les effets spéciaux demeurent efficaces et innovent. On voit le sceau de l'invisibilité être rompu lors d'une pluie, lors d'une pause cigarette et lors de la scène finale. Cette dernière est vraiment très réussie pour l'époque. Cette suite est de très haut niveau et mérite amplement d'être visionnée.
"The Invisible Woman" - 1940
Un scientifique (John Barrymore) cherche des cobayes sur lesquels tester sa nouvelle formule d'invisibilité. sa grande surprise, une femme (Virginia Bruce) se présente et c'est sur elle qu'il fera l'expérience ne sachant pas qu'elle recherche l'anonymat total pour régler une rancune personnelle avec son ancien patron. Elle s'éprendra du patron du scientifique (John Howard) et tout ce beau monde se verra impliqué dans un jeu de chat et de souris avec une bande de gangsters qui désirent s'approprier la formule d'invisibilité pour des fins plus mercantiles.
Ce film est plus une comédie qu'autre chose. L'invisibilité étant assumée par une femme, on met un peu plus l'accent sur le fait qu'il faut être nu pour être invisible amenant un petit côté voyeur au film. Les moments forts du film sont certes celui où notre invisible femme démontre une partie de sa féminité en enfilant des bas de nylon et celui où notre héroïne décide de faire passer un mauvais quart d'heure à son ancien patron despote. Le fait que le film soit orienté vers la comédie sauve la mise, mais cet effort est bien en deçà des deux premiers opus.
"Invisible Agent" - 1942
À l'approche de la Deuxième Guerre mondiale, l'ennemi allemand commence à porter une attention particulière à Frank Griffin (John Hall), petit fils d'un célèbre scientifique qui avait travaillé à la formule d'invisibilité. Ce dernier reprendra le sarrau et deviendra un invisible agent secret pour les forces alliées. Dépêché en Allemagne, il travaillera avec une ravissante espionne (Ilona Massey) dans le but de découvrir les plans d'invasion de l'ennemi, mais ils auront à composer avec le flair et l'instinct du baron Ikito (Peter Lorre) qui ne donne pas dans la dentelle.
Même si on a l'impression d'être face à un film d'espionnage, il n'en est rien. Le ton est beaucoup plus léger et allie comédie, romance et suspense. Il n'y a rien d'horrifiant là dedans, croyez-moi. Quelques effets spéciaux sont bien faits, mais généralement parlant on a droit à une histoire linéaire souffrant d'une distribution moyenne (sauf pour Peter Lorre) et qui n'amène rien qu'on ait déjà vu.
"The Invisible Man's Revenge" - 1944
Robert Griffin (John Hall) est un aventurier qui a été laissé pour mort par ses partenaires d'expédition dans une mine de diamants et qui, après 5 ans de convalescence retrouve la mémoire et s'enfuit vers l'Angleterre pour se venger. Retrouvant ses anciens complices, il demande son dû et en guise de dédommagement, il désire avoir Julie, la fille d'un des complices. Pour arriver à ses fins, il demande l'aide du docteur Drury (John Carradine) qui a inventé une formule donnant l'invisibilité. Griffin compte bien sur cette nouvelle discrétion pour régler ses comptes.
Ce film est la preuve cinématographique qu'il était temps que l'homme invisible disparaisse. Le scénario est complètement ridicule et la distribution est très moyenne. Il est clair que l'on tente d'extirper les dernières gouttes de l'agrume de l'invisibilité. Les effets spéciaux sont encore une fois à la hauteur et on découvre de nouvelles façons de montrer certaines parties du corps de l'homme invisible. Dans le cas présent, c'est en se lavant le visage avec de l'eau.
La qualité vidéo de ce coffret est généralement bonne. Entièrement tournés en noir et blanc, les films proposent une image relativement propre où quelques impuretés demeurent. Des noirs profonds et des blancs assez clairs nous montrent une belle gamme de teintes de gris. L'image demeure généralement granuleuse, mais vraiment rien pour nous agacer. Je dois admettre que la qualité vidéo de ces films est très surprenante considérant l'âge. L'audio propose des trames mono (Dolby Digital 2.0) et les dialogues sont facilement perceptibles, mais parfois accompagnés de légers bruits de fonds. La musique d'ambiance s'intègre bien au mixage sonore et tout le débit sonore passe par les enceintes avant.
Le menu est statique et il est très représentatif de l'univers de l'homme invisible. L'apport d'une musique sombre et de murmures diaboliques relève la qualité du produit. À noter que le premier disque contient le premier film de la série ainsi que les suppléments alors que le deuxième est réversible et contient les quatre derniers films de la série.
Les suppléments résident entièrement sur le premier disque. Pour commencer, nous avons droit à la trame de commentaire du film "The Invisible Man" fait par l'historien Rudy Behlmer. On a droit à une tonne d'information sur le film et sur son tournage en plus d'avoir une biographie de la plupart des comédiens faisant partie de la distribution. Il nous parle également de la façon dont étaient faits les effets spéciaux. Cette trame est très intéressante, sans temps mort et il est clair que l'orateur connaît son sujet à fond. Suit une revuette d'une trentaine de minutes intitulée "Now You See Him: The Invisible Man Revealed". On nous parle du roman de H.G. Wells, du réalisateur James Whale et de quelques segments du film Amazon Women on the Moon fait en 1987 et qui se veulent un hommage à ce genre de film. Très informatif, on met malheureusement trop l'emphase sur James Whale et pas assez sur les films sur l'évolution des effets spéciaux utilisés pour recréer l'invisibilité. Une galerie de photos complète ce segment. À noter également que la bande-annonce du film "Invisible Agent" est présente sur le deuxième disque. Un encart recto verso donnant le synopsis des films est également inclus dans ce coffret.
Le coffret "The Invisible Man" est offert dans une présentation aussi soignée que ses prédécesseurs. Si les deux premiers films sont très intéressants, la qualité du scénario se dégrade malheureusement assez rapidement dans les derniers opus. Des incohérences flagrantes, mais inoffensives apparaissent quand on met les films bout à bout (le nom de la substance toxique qui cause la démence passe de "monocaine" à "duocaine") mais les films de série B de cette époque ne tenaient vraiment pas compte du passé et du futur. Je vous recommande fortement ce coffret sur ce personnage effacé du 7e art. Pour environ 30 $, vous avez droit à cinq films de qualité vidéo et audio très acceptable, des suppléments intéressants et le tout inclus dans un coffret d'une texture cartonnée et glacée à l'effigie de l'homme invisible et enveloppé d'une jaquette cartonnée à fenêtre plastifiée rehaussant l'allure du personnage. J'aimerais souligner le très beau travail de la firme Universal pour la conception des coffrets compris dans la "Monster Legacy Collection".
| Film | 8 |
| Menu | 6 |
| Suppléments | 6 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 5 |