Mega Python vs. Gatoroid
Entertainment One / Syfy

Réalisateur: Mary Lambert
Année: 2011
Classification: 14A
Durée: 91 minutes
Ratio: 1.78:1
Anamorphique: Oui
Langue: Anglais (DD51), Français (DD51)
Sous-titres: Anglais
Nombre de chapitres: 12
Nombre de disques: 1 (DVD-5)
Code barres (CUP): 774212106798

Ce DVD est disponible chez: Amazon.ca

Selon Jimmy Chartrand
30 juillet 2011

Les séries B, Z, Grindhouse et compagnie ont la cote. Le projet fou de Tarantino et Rodriguez a beau avoir floppé au box-office, il a marqué son époque et relevé de manière singulière le filon à exploiter de ce côté. Du coup, si les Machette et autres Hobo With a Shotgun se font sentir de partout, il y a des films comme "Mega Python vs. Gatoroid" qui s'imposent pour prouver qu'il y a encore de la place pour la véritable série B moderne. Mieux, ce dernier réussit exactement là où des opus comme Mega Shark vs. Giant Octopus échouait puisqu'il ne s'est pas seulement donné comme mandat de faire un film volontairement mauvais, mais plutôt d'en faire un qui soit également diablement divertissant.

Parce qu'on doit le mentionner, depuis quelques temps, à l'écart de Hollywood qui se lance dans toutes sortes de tentatives tel le Piranha d'Alexandre Aja pour faire revivre les vagues d'antan, un nombre impressionnant de films à créatures au budget plus que modeste font leurs apparitions. On parle des Mega Piranha, Sharktopus, Dinoshark, Dinocroc vs. Supergator, Megashark vs. Crocosaurus, bref nommez-les! Tous des films où tout sonne faux, de l'absence de scénario qui ne réinvente et n'amère rien jusqu'aux interprétations et dialogues, sans oublier au passage le maillon qui s'avère toujours le plus faible et le plus méritant: les effets spéciaux informatique qui évoquent le pire des années 90.

Pourtant, le film qui nous s'intéresse, tout en adhérant à la tendance, fait figure d'un cas à part puisque ce téléfilm d'origine va curieusement au-delà. Après avoir déterminé que c'était probablement un des pires films des dernières années, un sentiment étrange se produit en nous et à mesure que notre cerveau et toutes particules de réflexions se font dévorer par l'absurdité qui se déroule sous nos yeux, voilà que le long-métrage finit par devenir de plus en plus plaisant. On réalise que le rire forcé qu'on avait préparé finit par devenir de plus en plus sincère et que le scénario n'est après tout peut-être pas si manquant que ça tellement plus on y repense, plus les flashs, les situations et les moments s'avèrent trop "merveilleux" pour être vrai.

Du coup, l'ensemble devient un fantasme de gens qui vivent dans le passé (n'était-ce pas le but en ramenant au premier plan d'une "icones pop des années 80" - dont personne ne se souvient - alors que l'aspect profondément kitsch use de ses charmes et que la nullité du CGI finit par devenir une bénédiction. La réalisation de Mary Lambert s'avérant trop efficace dans sa façon d'autant utiliser avec aisance des ressorts habituels du film d'horreur typique (mais en mode "low-budget / amateur"), tout en mélangeant prises de vues et éléments réalistes avec ceux complètement ridicules et incompatibles.

Cela s'améliore surtout lorsqu'on réalise que le tout se veut également une satire par moment étonnante des films auxquels il semblait au préalable s'acoquiner. Les stéréotypes deviennent des gags brillants et les dialogues pour leur part réjouissent les oreilles qui n'en peuvent plus de se gâter. À ce titre, quel virage détonnant que de cette aguichante shériff rousse du secteur (à la protubérante poitrine), confronter constamment la blonde nunuche typique, maigrichonne, aux allures de top-modèle, mais également, féroce activiste écologiste. (Vous ne l'aviez pas vu venir, non?) Un combat à petite échelle qui s'emboîte dans celui à grande échelle qui met du coup en danger toute la population, conséquences de leurs caprices d'idiotes filles. Et puis inutile de le nier, d'entendre des répliques tel "We need a bigger gator" ou "We're just giving steroids to gator, what's crazy about that?" n'est qu'un grand bonheur, tout comme de voir ces impitoyables chasseurs qui ne pensent qu'à être machos et boire de la bière en toute occasion, mais après avoir frôlé la mort (!), cela n'étant qu'un faible nombre de bonnes idées (!) parmi tant d'autres.

Ainsi, d'un point de vue technique, en toute ironie avec la qualité des effets spéciaux, le film est pourtant impeccable. Le montage est efficace, les images tirent grand parti des lieux, capturant avec aisance la vivacité colorée des lieux, la lumière du jour autant dans la jungle, près des lacs ou en ville évoquant la chaleur de la Louisiane, en plus d'un soin sonore qui peut de façon étonnante cumuler autant frissons que sursauts. (Le sifflement des serpents, fort efficace, peut même par moment pardonner leur visuel). De plus, la trame sonore accompagne diablement bien le film, surtout dans ses sélections musicales souvent détonantes comme cette mémorable séquence de la transformation des créatures avec sa sonorité aussi pop que bollywoodienne.

Côté interprétations, ce n'est qu'un plus. Tout le monde se dévoue tellement à l'exercice qu'on ne peut qu'embarquer dans cette folie avec eux, la complicité étant indéniable et leur présence toujours autant notable à l'avant qu'à l'arrière-plan (il faut vraiment tout surveiller, les détails sont foisonnants et leur crédibilité faussée, une découverte). De plus, des participations notables comme celle de Kathryn Joosten ajoutent certainement au plaisir d'ensemble.

Pour la présentation, un soin fort généreux a été apporté. Non seulement la couverture bénéficie d'une illustration aussi attirante que fort réussie (peu représentative du film en soit certes, mais était-ce vraiment le but?), mais en plus, la pochette est entièrement bilingue, ce, même si quelques traductions font par moment un peu défaut. Même le menu DVD principalement animé ne sent pas l'empressement et égaie.

En ce qui a trait aux suppléments (seulement en anglais), rien de notable. Plusieurs bandes-annonces d'autres films de EOne et une du film en question qui s'avère peut-être même plus mauvaise que le film en soi. Une courte revuette sur la production est également disponible et elle semble être construite comme les pires versions qu'on pouvait offrir jadis. Ça n'aide d'autant pas le long-métrage alors que plus on s'enfonce dans les commentaires des artistes et artisans piètrements montés, plus ceux-ci se mettent les pieds dans les plats en vantant un film qui ne mérite pas autant leur enthousiasme. Par exemple, lorsque le responsable des effets spéciaux nous parle du processus, jamais ne nous dit-il que le look raté était volontaire, semblant s'exprimer comme si le résultat était des plus réussis.

Enfin, ne vous méprenez pas. "Mega Python vs. Gatoroid" est un très mauvais film. Cependant, en tant que tel, quand on se lance dans l'écoute on sait à quoi s'attendre et on sait que le plaisir viendra de par ce que ce n'est pas très bon. Et la surprise, elle viendra justement de ce tournant en réalisant qu'au fond de tout, en faisant preuve d'une auto-dérision des plus intelligentes, le film nous prendra au revers pour nous surprendre et nous apprendre à nous y plaire. Pour cela, le film deviendra un plaisir coupable rétro avec un soupçon d'aujourd'hui qui en fera quelque chose de surprenamment savoureux quand on ne sait plus quoi prendre pour nous divertir. C'est donc probablement contagieux, soyez-en avertis!


Cotes

Film5
Présentation7
Suppléments2
Vidéo6
Audio7