Pensez à une version plus prétentieuse de Saw (le gore amoindri, par contre) combinée avec l'ésotérisme étudié de Donnie Darko et vous obtenez "Nightmare". Dylan Bank démontre avec son premier film qu'il possède un rare excès d'imagination et d'ambition. Le long-métrage est une véritable boîte à idées, un de ces films qui capte l'attention du spectateur dès la première minute. Ode ambiguë au cinéma d'auteur, ce thriller psychédélique devrait plaire à tout bon amateur de marginalité, risquant par contre de laisser les cinéphiles conformistes à froid.
Le long-métrage propose un scénario décousu, oscillant de façon nébuleuse entre rêve et réalité. L'idée principale tourne autour d'un jeune étudiant en cinéma (l'excellant Jason Scott Campbell) qui découvre, le lendemain d'une aventure d'un soir, une vidéocassette dans son appartenant qui le dépeint avec sa compagne en train d'assassinez des gens. Troublé, il choisit de faire de cette histoire la prémisse de son prochain film étudiant.
"Nightmare" relève beaucoup plus du thriller que du film d'horreur. Le long-métrage contient son lot de scènes sanglantes et troublantes, mais le scénario construit à la façon d'un roman policier risque de plaire davantage aux amateurs de suspense qu'à ceux d'horreur plus viscérale. La réalisation stable, mais soignée de Dylan Bank rappelle définitivement le style d'Hitchcock, mais le jeune cinéaste parvient tout de même à innover en utilisant d'ambitieuses prises de vue.
L'un des points forts de "Nightmare" réside dans l'audace débridée du réalisateur. Pour un premier film, Dylan Bank n'a étonnement pas froid aux yeux: les scènes de nudité sont nombreuses et explicites, sans jamais tomber dans la gratuité. Les acteurs (pour la plupart inconnus) sont d'une ahurissante crédibilité. Il n'y a qu'à penser à la scène d'ouverture, où Jason Scott Campbell utilise un intense langage physique pour démontrer la folie de son personnage. "Nightmare" est un film qui divisera inévitablement l'audience: certaines personnes risquent probablement de confondre son incroyable assurance avec arrogance. Mais n'est-ce pas le cas avec tous les véritables films marquants?
La pochette jaunâtre présente les protagonistes du long-métrage dans un intense état de peur et de questionnement. Le menu est animé avec différents moments-clés du film, sous une (ironique) musique classique. Les caractères sont parfaitement lisibles, et le tout est bien navigable.
Pour une production indépendante datant de 2005, la qualité vidéo de "Nightmare" est plus qu'acceptable. Le niveau de grain est plutôt faible (hormis durant quelques scènes nocturnes) et la palette de couleurs est variée et réussie, bien que l'image tire quelquefois légèrement sur le jaune. La majorité des défauts se trouvent plus au niveau technique qu'au niveau du transfert (éclairages trop évidents, faux raccords, etc.) La piste sonore est sobre, mais efficace, et les effets sonores de bourdonnements sont bien rendus. Les suppléments sont peu nombreux, mais captivants: une fin alternative (supérieure à l'originale, selon mon avis) ainsi qu'une entrevue de dix minutes avec certains créateurs du film sympathiques comme tout. Ajoutons à cela plusieurs bandes-annonces.
"Nightmare" ne fera certainement pas l'unanimité chez les cinéphiles, et c'est cette volonté de choquer et de troubler les spectateurs qui crée tout le succès du film. Du cinéma indépendant à l'état pur, quoi.
| Film | 8 |
| Présentation | 8 |
| Suppléments | 7 |
| Vidéo | 6 |
| Audio | 7 |