Lorsque se rencontrent les milieux de la "musique" rap et de l'horreur, beaucoup des résultats sont proche de l'agonie cinématographique. Dans ce cas-ci, nous sommes loin de s'écrier ce que Neil Armstrong a si fièrement dit lors du premier alunissage humain. Voici donc le récit de ce qui est un petit pas pour l'homme, mais un bon de géant à reculons dans la nouveauté.
L'introduction (tu parles, presque quinze minutes du film) se passe dans le vieil Ouest sauvage, où un prisonnier, ayant commis des atrocités sans nom, attend la potence. Bond en avant dans le temps pour en arriver à notre époque (?) alors que Rapturious (Robert Oppel), un jeune rappeur blanc ayant eu sa percée dans le milieu, vit des moments difficiles d'inspiration, nécessaire à la création de son nouvel album. Son attachée de promotion et gérante (Debbie Rochon) essaie de lui témoigner le plus de support possible, excepté que l'artiste semble davantage reclus, perdu dans sa consommation quotidienne (ben voyons!) et son triste passé qui semble vouloir le rattraper (ça aussi, rien de neuf!). Affichant une attitude biaisée ou complètement fausse-route, Rapturious est en proie à des hallucinations dans lesquelles il tue des personnes et où, entre la copulation avec son agente et deux meurtres, perçoit un visage diabolique lui soufflant des indices de quelque chose qu'il aurait fait dans un passé lointain.
La majeure partie du film se passe de logique. On accentue sur le présent la douleur ressentie par le rappeur plutôt que l'association infernale débutée avec la consommation de drogue. Pire encore, au lieu de poursuivre dans cette voie, on jette le concept pour le préserver en illusion jusqu'à la toute fin qui, une fois rendu là, n'a plus vraiment d'importance puisque le spectateur aura vite compris la véracité de la chose. Seulement, l'intérêt du spectateur doit être soutenu et dans un tel foutoir bâclé, difficile d'y trouver son compte. En fait, les apparitions trop courtes et parcimonieuses (petit budget oblige) du démon et la scène où Rapturious consomme avec sa gérante une liaison en baignant dans le sang et les tripes (littéralement) constituent les seuls véritables moments dignes d'un script n'allant jamais au bout de ses idées. Robert Oppel, qui incarne le personnage éponyme du film, doit certes être un fan de Johny Depp parce qu'il ne cesse de multiplier les faciès rappelant l'acteur. Le talent les sépare doublement, car Oppel se contente de poser sans réellement offrir une prestation qui va au-delà d'une caricature vide de sens. La réalisation est quelque peu déficiente aussi, montrant des signes de discordance entre le flash-back d'introduction et le reste du film. Pour l'interprétation générale, notons seulement que dans un univers de rappeurs, se battant, parlant, vivant comme si la vie était une chanson écrite à l'avance, coupe directement tout lien avec un spectateur inconnu à ce type de scène. Et les longueurs? Il y en a beaucoup trop sur ce film de 98 minutes. Un minimum de cohérence psychologique n'aurait pas été de refus non plus. Après la jeune fille possédée de The Exorcist, la télévision de Poltergeist et la douche de Psycho, voici la drogue démoniaque... misère.
Au côté des suppléments, nous retrouvons des images entre les prises qui, à défaut de documenter, donnent l'impression d'un album de finissant. Une piste de commentaires par le réalisateur est la pièce de résistance, là où l'on apprend réellement les enjeux se passant à l'écran et les contraintes d'un petit budget (n'est pas Transformers qui veut!). La pertinence est au rendez-vous, l'information aussi. Ce qui aurait été d'ordinaire intrigant est remisé au placard avec une (trop) courte revuette d'à peine cinq minutes sur la production du film et des scènes coupées. Laissez-moi seulement ajouter: lorsque j'aurai tourné mon film, cinq minutes ne sera pas une durée envisageable pour informer le spectateur.
L'image est nette. En fait, de jour, c'est très beau, mais lors des contrastes de la nuit, ça se gâte un peu. Il y a quelques nuances de brun dans le noir, ce qui déconcerte un peu. La compression n'est pas "nickel-chrome" non plus : en fait, l'image poussiéreuse et manquant parfois de définition créé une barrière de plus pour entrer dans cet univers qui, somme toute, aurait pu s'avérer original. La bande-son en Dolby Digital 5.1 représente bien les tourments vécus par le personnage lors de ses multiples hallucinations, s'emparant des hauts-parleurs de derrière subtilement comme ceux de devant lors des scènes plus bruyantes. Les menus sont comme la pochette : immobiles et sans musique. On a droit à un collage, un fond d'écran presque. Pas la plus belle incursion dans le domaine.
En définitive, il est difficile de recommander ce film puisque moi-même n'ai pas l'impression d'y avoir compris grand chose. Le fait de se sentir de prime abord exclu d'un tel univers n'aide pas non plus à trouver son compte. Si vous êtes des amateurs du genre, ça devrait rencontrer vos exigences. Pour le reste, demandez au policier sur le coin de la rue et il vous dira : "Circulez, y a rien à voir". Pour moi, c'est vu.
| Film | 3 |
| Présentation | 6 |
| Suppléments | 4 |
| Vidéo | 7 |
| Audio | 8 |